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Evénements I
Cinema I Billet d'humeur


Cinéma

Mis à jour 6/05/2016

Par Nicolas Beguin.

: passez votre chemin
: peu d'intérêt
: pas mal
: très bon film
: grand film
: chef-d'œuvre

Le fils de Saul
A trois on y va
Big eyes
Birdman
Les gazelles
Situation amoureuse : c'est compliqué
Monuments Men
Gravity
Gatsby le magnifique
Sous surveillance
Iron Man 3
Les gamins
40 ans mode d'emploi
Cloud Atlas
Happiness Therapy
Skyfall
The Dark Knight Rises
The Amazing Spider-Man
Le grand soir
The dictator
Un bonheur n'arrive jamais seul
Sur la route
De rouille et d'os
The Avengers
Le Prénom
Radiostars
Sur la piste du marsupilami
Les infidèles
Torpedo
Another happy day
La vérité si je mens 3
L'amour dure trois ans
Parlez-moi de vous
Mission : impossible - Protocole fantôme
Des vents contraires
Carnage
Toutes nos envies
Intouchables
La source des femmes
Drive
The Artist
Polisse
La guerre est déclarée
Super 8
Harry Potter et les reliques de la mort, partie 2
Very bad trip II
The tree of life
Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence
Thor
Animal Kingdom
La fille du puisatier
Minuit à Paris
Sucker Punch
World invasion : Battle Los Angeles
True Grit
Jewish Connection
Black Swan
La chance de ma vie
Le dernier des templiers
Somewhere
Mon beau-père et nous...
Harry Potter et les reliques de la mort (partie 1)
Machete
Welcome to the Rileys
Date limite
The Social Network
Elle s'appelait Sarah
Mange, Prie, Aime
Ces amours-là
Des hommes et des dieux
Le bruit des glaçons
Piranha 3D
Inception
Repo Men
Twilight Hesitation
Shrek 4
La tête en friche
Comme les cinq doigts de la main
Greenberg
Iron Man 2
L'arnacœur
Ghost Writer
Shutter Island
Valentine's Day
In the air
Lebanon
Sherlock Holmes


Le Fils de Saul


Un juré nommé Nemes…

Ecran noir. 
Ambiance sonore : des oiseaux sifflotent. Pas de musique. Juste le chant des oiseaux.
On est dans La Mélodie du bonheur. On imagine aisément des champs verdoyants à perte de vue, ça sent l’herbe fraîche, le printemps, la cour de récré, l’enfance et la liberté. L’image apparaît. Elle est floue. Plusieurs hommes semblent attendre quelque chose dans le fond du plan, au loin. L’un d’eux vient jusqu’à nous. On peut lire en quelques secondes l'épuisement sur son visage. Mais ce qui est le plus frappant, c'est son regard. Il est lointain, absent. Le fond de ses yeux semblent aussi noir que la crasse sur sa peau. Il regarde hors champs. Un nouveau convoi vient d’arriver. Il faut conduire ces gens dans une chambre à gaz. Comme tous les jours. Comme pour tous les convois. Jusqu’à ce que mort s’en suive.

Le Fils de Saul commence comme ça. La vie parle avant la mort. Comme un souvenir lointain. Comme un cri étouffé par le feu et les cris.

Si cette rubrique culturelle reprend vie à compter d’aujourd’hui, c’est pour célébrer une double actualité. D'abord Lázló Nemes - le réalisateur du Fils de Saul - sera membre du jury du 69ème festival de Cannes et, ensuite, j’ai ENFIN vu Le Fils de Saul.

Il y a des films comme ça que nous évitons, que nous repoussons, que nous ne croisons jamais au bon moment. Des films qu’on a toujours voulu voir mais que l’on ne voit pas. Le Fils de Saul, depuis maintenant presqu’un an - il est né à Cannes pour la 68ème édition - me tournait autour, m’évitait, se jouait de moi. Jusqu’à ce que je me rende compte que c’est moi qui en avais peur.

Le choc fut retentissant.

A ce jour, ni le choix du documentaire - Shoah de Claude Lanzmann - ni de la fresque hollywoodienne pétrie à l'héroïsme - La liste de Schindler de Steven Spielberg - ni la trop colorée fable - La vie est belle de Roberto Benigni - n’avaient pu me contenter. 
Aucune d’elle n’avait pour moi la singularité d’être un objet à transporter de génération en génération et qui pourrait être accessible et essentiel à tous.

Le Fils de Saul est devenue cette oeuvre ultime sur la Shoah.

Mais comment réaliser un tel tour de force? Comment est née l'histoire ?

Lors d'un tournage, le réalisateur tombe sur le livre de témoignages, Des voix sous la cendre. 
" Il s’agit de textes écrits par des membres des Sonderkommando du camp d’extermination, enterrés et cachés avant la rébellion d’octobre 1944, puis retrouvés des années plus tard. Ils y décrivent leurs tâches quotidiennes, l’organisation du travail, les règles de fonctionnement du camp et de l’extermination des Juifs, mais aussi la mise en place d’une forme de résistance."

Les Sonderkommando ? Des déportés choisis par les SS pour conduire les convois dans les chambres à gaz, déshabiller les prisonniers, les rassurer, les faire entrer dans les chambres, puis ensuite sortir les cadavres et les brûler.

Lázló Nemes, d'origine hongroise et qui a perdu une partie de sa famille à Auschwitz, tient son sujet et surtout voit ici l'occasion de " rétablir un lien avec cette histoire ".

La trouvaille extraordinaire qu'il va alors faire, c'est que cet homme, Saul, qui est Sonderkommando, va s'imaginer un fils, sous les traits d'un jeune garçon retrouvé mort dans un crématorium et va tenter de lui offrir une véritable sépulture.
Pendant ce temps-là une partie des prisonniers fomente une révolte. Il n'a que faire de sa liberté. L'infime partie d'humanité qu'il lui reste est pleinement, totalement, occupée à enterrer ce jeune garçon.

La lourdeur de l'héroïsme habituel est ici remplacé par une caméra très documentaire. A l'épaule, assez serré, souvent dans de dos, parfois de côté. Beaucoup de plans séquences. Du réalisme. Beaucoup de réalisme. L'idée est de ne pas MONTRER mais de FAIRE SENTIR. Le fond est flou mais pas le son. Il ne filme pas l'immonde machination nazie, il en suit un bout au microscope. Comme si nous rentrions dans le coeur des ténèbres, dans les entrailles de la bête comme pour mieux ressentir son absolue horreur.

Le choix du format 4/3 renforce la proximité avec Saul et les autres personnages. A l'inverse du format Scope, il rapproche les regards. Nous sommes à son contact, en permanence. Nous devenons son binôme. Plus fort que du subjectif, ce parti pris nous plonge avec lui dans son obsession d'enterrer cet enfant. Comme si nous nous tenions la main pendant tout le film. Pas de plans larges, pas de travelling, pas de contre-champs, juste lui et nous.

Le Fils de Saul est mené tambour battant jusqu'à un final qui pendant quelques secondes nous laisse en apesanteur, dans une perplexité qui aurait pu tout gâcher, mais en fait non, elle se transforme, pour que les dernières images viennent toucher ce qu'il y a de plus profond en nous, de plus essentiel et de plus immortel : l'enfance. 

Cette enfance qui vivra pour toujours, envers, et contre tous.


Le Fils de Saul a remporté tous les Prix de la saison 2015/2016 en commençant par le Grand Prix à Cannes pour finir par l'Oscar du Meilleur film étranger à Hollywood. Il est disponible en Blu-ray et DVD.

 





A Trois on y va

Un film de : Jérôme Bonnell
Avec : Anais Demoustier, Felix Moati, Sophie Verbeeck
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h26 min
Date de sortie : 25 mars 2015

Elle court, elle court…

Charlotte et Micha sont en couple et Mélodie est la meilleure amie. Charlotte trompe Micha avec Mélodie. Et puis, pour faire simple, Micha va à son tour tromper Charlotte avec Mélodie. Tout le monde est donc amoureux de tout le monde.

La possibilité d'une île...

Le pitch d' A trois on y va  est trompeur. Là où une tranche plus radicale du cinéma français - Christophe Honoré, Catherine Breillat, Bertrand Bonnello… - aurait attaqué l'affaire de manière plus sensorielle, charnelle et sexuelle, Jérôme Bonnell vient souffler un vent de tendresse et d'infinie douceur sur ce couple moderne aux préoccupations actuelles. Alors attention nouveau mot : le trouple.

Evolution post-moderne du maintenant trop bicéphale couple, le trouple est au couple, ce qu'un trois pièces est à un deux pièces : un territoire avec de plus grands espaces.

Un sujet faussement bobo et parisien, qui en dit long sur une génération qui tente de garder le menton levé, et surtout, qui a besoin de croire en quelque chose. Grand romantique devant l'éternel, le réalisateur du Chignon d'Olga amène son minimalisme et son découpage Nouvelle Vague à l'âme au service de trois comédiens épatants, la palme revenant à Anais Demoustier. Sa beauté blême transperce la pellicule. Tout en retenue, on la voit contenir cette folie douce dans ce corps fragile et pâle prêt à imploser.

En face d'elle, la relève est assurée avec ce drôle de couple joué par Félix Moati, toujours juste et si touchant, et Sophie Verbeeck, personnage rock fracassé par ses envies d'ailleurs et tiraillé par ses démons intérieurs.

On pense obligatoirement à Jules et Jim de Truffaut, et on se laisse aller dans ce chemin où les genres se mélangent eux aussi: A trois on y va prend tour à tour des allures de drame- la solitude de Mélodie, la douleur de Charlotte- devient burlesque - le quiproquo devant la maison quand Mélodie, après être venue rendre visite à Charlotte, se fait expulser part Micha rentré plus tôt et qui pense qu'elle est venue le voir lui -.

Et puis petit à petit le film s'ouvre comme une fleur jeune et fragile. Lentement, dans une mignonnerie assumée et sublimée par une bande originale colorée, ce couple va comprendre la route qu'il va devoir prendre pour se comprendre peut-être enfin.

Ici il n'y a pas vraiment de morale. Mais pas de leçon à donner non plus. La conclusion arrive à point nommée: en forme d'ouverture, elle clôt, comme dans un livre en coton, les pages en plumes d'un conte pour jeunes adultes en manque de repère. Dans une société en démolition, garder un esprit pur et foi en l'amour, est peut-être le temple le plus dur à maintenir debout.

A trois, à deux, à dix, allez-y, on en sort plus léger. Et ça, c'est bien.

 



BIG EYES

Un film de : Tim Burton
Avec : Amy Adams, Christoph Waltz,Terence Stamp…
Distributeur :
Studio Canal
Durée : 1h47 min
Date de sortie : 18 mars 2015

Ouvre les yeux…

San Francisco, début des années 60. Walter Keane connait un succès mondial avec ses toiles représentant des petites filles aux très grands yeux. Supercherie inédite, ce n'est pas lui qui les peint, mais sa femme Margaret. Dans le plus grand secret, elle se laisse duper par un mari manipulateur qui s'attribuera tout le mérite pendant une décennie.

Mais pas trop quand même…

Un jour, un gosse très chevelu et un peu marginal débarque à Hollywood. Il fait ses armes chez Disney - ironie de l'histoire - puis décide de donner vie à son univers si… différent. Ed Wood et Edward aux mains d'argent deviendront vite les emblèmes de sa vision unique, magique et quelque peu gothique. De la noirceur de Batman et de Mr.Jack, à la folie de Beetlejuice ou Mars Attacks, en passant par les poétiques Sleepy Hollow et Big Fish, Tim Burton a réussi l'impossible : devenir populaire avec un style qui ne l'est pas.

Et puis, comme toute patte très reconnaissable, il est devenu une marque. Un exécutant pour l'affreuse Planète des Singes, une parodie de lui-même pour Alice aux pays des merveilles et l'ombre kitch de ses débuts pour Dark Shadows.

Il décide alors d'étirer en long-métrage l'un de ses premiers films courts, Frankenweenie. Rien n'y fait. La magie Burton n'opère plus. Le génial artiste visionnaire s'est fait avaler par le grand méchant loup du mainstream. Alors que faire ?

Changer de peau. Changer de style. Décider de se débarrasser de figures de styles encombrantes - personnages décalés, univers gothique, musique bizarre -. Revenir à de la mise en scène brute. Voilà quoi faire.

Big Eyes est donc censé être le premier film différent, de facture plus classique, d'un réalisateur en pleine recherche artistique.

Malgré tout, il choisit un sujet proche de lui: une artiste qui se voit déposséder de son art. Il embauche ses deux compères à l'écriture sur Ed Wood, Scott Alexander et Larry Karaszewski, et un motif d'art qui lui correspond: les jeunes filles tristes aux yeux immenses.

S'il faut reconnaître à ce Big Eyes son rythme entraînant, la tentative est ratée. Le traitement d'abord: la pauvre Margaret Keane va se faire voler par son mari, il exerce des pressions sur elle, des menaces, tente même de l'assassiner. Une mise en scène plus froide, plus glacial aurait été plus de circonstance. Cet atelier dans cette immense maison de Californie où elle peint dans le plus grand secret, convoque plus la séquestration et l'angoisse de Basic Instinct de Paul Verhoeven, le Gone Girl de David Fincher ou Vertigo de Alfred Hitchcock. Au lieu de tout ça, c'est un éclairage coloré et saturé hors de propos qui vient aplatir le projet. Quant à l'évolution narrative, elle n'appuie pas vraiment sur la prise de conscience tardive de Margaret, nous laisse juste entrevoir un Walter Keane en crise de bipolarité et ne donne aucun relief à l'intrigue.

Pour couronner le tout, le jeu bourré d'outrances de Christoph Waltz est fatiguant et atteint son point culminant lors de la séquence du procès, où il est à la fois son client et son propre avocat. Amy Adams fait le travail mais ne peut tenir la boutique seule, tant la galerie de seconds rôles fait seulement office de vitrine, là où un Wes Anderson aurait donné du corps et de l'envergure au moindre de ses acteurs.

Tim Burton s'étant déjà remis au travail sur l'adaptation live de Dumbo - oui comme l'éléphant de chez Disney - on est en droit de se demander si dans l'avion, il y a vraiment un pilote.

 


Birdman

Un film de : Alejandro Gonzalez Inarritu
Avec : Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton…
Distributeur : Twentieth Century Fox
Durée : 1h59 min
Date de sortie : 25 février 2015

Batman in love,

Un acteur has-been décide de monter une pièce à Broadway pour prouver qu’il est un vrai comédien encore dans le coup.

ou la vertu de la remise en question.

Il se peut que tous les réalisateurs du monde n’aient qu’un film à faire.

Un seul, pas un de plus. Mais pour y parvenir, à faire CE film, ils doivent en faire d’autres, qui sont censés les conduire à leur chef d’oeuvre, à cet accouchement parfait, qui deviendrait leur graal ou plutôt leur meilleur pass pour une retraite dorée sous les cocotiers. Ainsi, les autres films deviendraient des duplicata, comprendre des pâles copies de l’original, où le metteur en scène incarnerait son propre dindon de la farce et où la caricature serait monnaie courante.

Si Stanley Kubrick est officiellement un génie, c’est parce que chacun de ses films a contredit cette théorie.

Alors pourquoi donc jouerai-je au théoricien et au critique du dimanche, en préambule de la critique d’un film objet assez fascinant vu de l’extérieur et quelque peu décevant vu de l’intérieur ?

Parce que l’auteur d’Amours Chiennes, de 21 grammes et de Babel, entre autres, a décidé que stop, il devait casser son cycle créatif à base de petite histoire mêlée à la grande, de fresque mondial racontée en histoires parallèles. Stop le grandiloquent, place au corps à corps avec l’acteur, place au cinéma frontal, coup de poing, au K.O technique.

Alejandro Gonzalez Inarritu vient de gagner l’Oscar du meilleur réalisateur pour son talent, mais avant tout, pour son audace et son courage. Birdman est le fruit d’un travail d’équipe, non d’un trip égo. Michael Keaton joue tout simplement le rôle de sa vie : acteur du Batman de Tim Burton, c’est une véritable mise en abîme qui résonne très fort en le voyant ici perdu dans ses questionnements sur la célébrité. A ses côtés la troupe est exceptionnelle, Edward Norton forme avec Emma Stone de loin le meilleur couple de seconds rôles de l’année.

Enrobét le tout dans des cadrages proprement sidérants du génie Emmanuel Lubezki - Gravity, Tree of life - à base de - faux - plans séquences infinis, de mouvement de caméra aussi discrets que spectaculaires, et d’effets visuels derniers cris, le tour de force est puissant, l’exercice de style complètement maitrisé.

Birdman nous plonge donc au coeur des coulisses d’un théâtre et des va et vient incessants de cette troupe. L’immersion pour le spectateur est totale. L’énergie déployée par la mise en scène est constamment à son paroxysme, c’est plus vrai que nature, ça va vite, c’est dérangeant, c’est nouveau, ce bruit de jazz en fond est énervant mais nécessaire, on en peut plus, ça secoue, on en redemande, c’est agaçant, on ne regarde nul part ailleurs… sauf que voilà.

Comme un Gollum désarçonné par son côté obscur, Michael Keaton, alias Riggan Thomson, va tenter de prendre son envol, de devenir un autre, meilleur peut-être, différent c’est sûr. Et c’est bizarrement à ce moment-là que l’on quitte le théâtre, que l’on sort dans la ville. Birdman aurait du être un huit clos. Scénique et mental.

Le dernier tiers du film casse petit à petit les fondations visuelles pourtant bien ancrées dans votre esprit, détruit le style, annihile la forme, se désolidarise du reste et se termine sur une lourdeur scénaristique jamais souhaitée aux auteurs en herbe.

On en garde une sensation de tromperie sur la marchandise, d’une promesse pas tenue, mais en même temps d’une claque dont la douleur ne peut quand même pas avoir complètement disparue.

Amateurs de sensations fortes, prenez place.

 


Les Gazelles

Un film : de Mona Achache
Avec : Camille Chamoux, Audrey Fleurot, Joséphine de Meaux…
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 1h39 min
Date de sortie : 26 mars 2014

Ce que veulent les femmes

Marie et Eric sont de jeunes trentenaires en couple depuis une dizaine d'années.

Sur le point d'acheter leur premier appartement, Marie décide de tout envoyer ballader et de partir en plein milieu de la nuit. Elle va découvrir un nouveau monde impitoyable : celui du célibat post-trentaine.

Ce qu'en pensent les hommes

Après le faux départ donné par Situation amoureuse : c'est compliqué, le film de Manu Payet, on attendait ces gazelles comme le loup blanc. Et là, plus aucun doute, le printemps est arrivé.

Mona Achache, la jeune réalisatrice, trouve ici un style fort et le ton juste, pour une comédie libre et désinhibée. Portée par la révélation de ce début d'année, Camille Chamoux c'est un peu Charlie Chaplin dans le corps de Géraldine Nackache. Une maîtrise folle de son corps, de ses mouvements et une fraîcheur qui casse tout sur son passage. Entourée de sa bande de copines, ce coeur des femmes vous séduit instantanément. Ça joue vrai, ça parle comme dans la vie : les gazelles est un film évidemment generationnel, mais bien plus encore.

Parce qu'être célibataire à 30 ans ça craint. Mais devenir célibataire à 30 ans, c'est le parcours du combattant à en croire les péripéties rencontrées par Marie. Un chemin de croix traité ici de manière très cinématographique : la découverte d'un nouveau Monde et de ses habitantes - le nouveau groupe de filles qui l'accueille - l'adaptation nécessaire, les rites initiatiques - se taper une cuite et un mec - les nouveaux codes - comment alpaguer un mec en soirée - le retour dans l'ancienne vie avec toutes les métamorphoses et la mélancolie que cela peut comporter.

Une approche quasi documentaire, même, à travers une mise en scène très clinique, très crue, de l'état mental de Marie. Euphorique, malheureuse, bourrée : on passe d'un état à un autre comme on saute dans un jeans pour quitter les lieux, après une nuit passée avec un inconnu. Le montage suit cette hypertension permanente. Beaucoup de cut, de flashbacks rapides et soudains, une B.O pop et coup de poing.

Jamais glamour, Les gazelles sent le vécu. Cette bande de célibataires Nouvelle Vague qui se débrouille comme elle peut à l'image du personnage de Sandra, joué par Audrey Fleurot. Seule à élever son fils, elle doit gérer les collègues folles furieuses à l'agence Pôle emploi où elle travaille, les fiestas à organiser le week-end et les déprimes du dimanche sur fond de je vais finir seule mangée par les chiens et personne ne le remarquera.

Ecrit à trois paires de mains - ce qui nous fait six mains - Camille Chamoux, Mona Achache et Céline Cellam, ont l'intelligence de rendre leur film accessible aux hommes. On a l'impression de regarder par le trou de la serrure sans se sentir à l'écart. Parfois poussé dans la caricature, on découvre leurs angoisses pré-coup de téléphone, leurs techniques de drague, leur épilation express… Bref, une sorte de tuto bobo, sur : une femme de trente ans qui a peur de ne plus savoir faire avec un homme, comment ça marche dans une société en pleine mutation sur l'état de la famille.

Un sujet, donc, complètement dans l'air du temps, une sincérité évidente et des personnages fouillés, qui font de ces gazelles, une petite soeur à la série Girls dont elle est la digne héritière.

A voir en couple, entre copines, mais à voir dans tous les cas.

 


Situation amoureuse : c'est compliqué

Un film de : Manu Payet & Rodolphe Lauga
Avec : Manu Payet, Anais Demoustier, Emmanuelle Chriqui…
Distributeur : Studio Canal
Durée : 1h40 min
Date de sortie : 19 mars 2014

Quelquefois si drôles…

Ben, jeune trentenaire irresponsable, est sur le point de se marier avec Juliette. Le problème s'appelle Vanessa, la bombe du collège qui ne l'a jamais regardé et qui débarque à Paris.

Quelquefois si seules...

Constat simple mais édifiant : la comédie française a du plomb dans l'aile. Nouveau fer de lance d'une génération décomplexée, biberonnée à la sauce Apatow et autres frères Farrelly, Radiostars avait mis un bon coup de pied dans la fourmilière, grâce à la fraîcheur et au sens du timing de son réalisateur Romain Levy. Pote et pilier de cette clique, Manu Payet, acteur, décide sur la pointe des pieds de passer à la réalisation en s'entourant d'un bon technicien, Rodolphe Luga, et d'un bon scénariste, le fameux Romain Levy.

Situation amoureuse : c'est compliqué, affiche donc des intentions louables car sincères : ramener du soleil, à la sauce anglo-saxonne, dans le paysage tout plein de grisaille de la comédie française.

Le film de Manu Payet plante donc de nouvelles bases intéressantes - de jolies et efficaces parties clipées comme la scène du musée, une belle photo bien ensoleillée, un jeu de comédien frais et débridé. A noter qu'Anaïs Demoustier est la révélation du film. Elle qui n'était habituée qu'à des rôles graves, elle crève l'écran de légèreté et de naturel.

Mais passé cette bonne humeur ambiante, il est clair qu'il ne reste plus grand chose à se mettre sous la dent.

Radiostars nous révélait une chose : Romain Levy est un metteur en scène. Un très bon. Situation amoureuse nous dit le contraire pour Manu Payet. Son capital sympathie n'est plus à présenter, ses talents d'acteur non plus, mais pour la réalisation, c'est une autre histoire. Le placement de caméra à la Hélène et les garçons vient gâcher des séquences pas trop mal écrites - la scène au bar avec Sylvain le relou -. Quand au premier quart d'heure et à la dernière demi-heure, ils ressemblent à des chutes de rushs qu'on aurait oublié de monter. Les vannes, elles, tombent souvent à côté et ce "flottement" si particulier à des films cultes comme Supergrave de Greg Mottola ou Vincent François Paul et les autres de Claude Sautet, est une réaction chimique très difficile à obtenir. Parfois ça passe, Juliette se moque des petits muscles de Ben, les rêveries nocturnes de Ben, mais souvent ça casse, les séquences avec le beau-père et celle du mariage frôlent l'accident industriel.

La team Levy a donc compris des choses fondamentales : travailler en équipe, ne pas se prendre au sérieux, ne négliger aucun personnage, mais ne pas oublier une règle essentielle : une bonne idée ne suffit pas à faire un bon film. Et il semblerait que la réponse vienne des filles, avec Les Gazelles, qui déboulent bientôt sur nos écrans comme un torrent de Manzana glacé.

Dans tous les cas, la relève est assurée. Ça va chauffer.

 


Monuments Men

Un film de : George Clooney
Avec : George Clooney, John Goodman, Matt Damon, Jean Dujardin...
Distributeur : Twentieth Century Fox
Durée : 1h58 mn
Date de sortie : 12 mars 2014

Cauchemar en cuisine

En pleine Seconde Guerre Mondiale, un américain, Frank Stokes, va monter une brigade qui se lancera dans la plus grande chasse aux trésors de leur vie : récupérer les oeuvres d'art dérobées par Hitler.

Burn after reading

Prendre du bon temps et rester glamour, tout étant au service d'une noble cause. Voilà en substance le message servi aux journalistes du monde entier pendant une promo qui a vu défiler la horde du Rat Pack façon George Clooney. Casting brillant, hommage aux films de guerre des années 60 sur fond d'histoire vraie : sur le papier, on est conquis d'avance.

Oui mais voilà, une telle histoire méritait un traitement de choix. Décalé et burlesque, façon frères Coen, ou plus sérieux et dramatique, peut-être même façon documentaire. Dans les deux cas, le spectateur est en droit d'attendre de la profondeur mais surtout, une vision. Et là, elle est inexistante. Quand Richard Attenborough dirige sa pléiade de stars dans Un pont trop loin, il les dirige. Son découpage est strict et tenu. Clooney réalisateur nous avait épatés avec sa première réalisation, Confessions d'un homme dangereux, et bluffé avec son très précis et efficace Good Night and Good Luck.

Mais n'est pas qui veut Steven Soderbergh, et ce qui aurait pu devenir un cool Ocean's Eleven à la guerre, n'est qu'un magistral cours de cabotinage. Rien de cool. Rien de fun.

Sans saveur, cette bande de bras cassés de la guerre - aucun n'est militaire - ne trouve jamais le ton de la blague, ni la cohésion de groupe qui aurait fait naître de l'attachement pour chacun des personnages. Le grand Bill Murray traverse le film comme un fantôme, John Goodman semble bridé, et notre Jean Dujardin semble faire ce qu'il peut, mais peine à comprendre s'il doit en faire des caisses, à la The Artist, ou choisir un ton plus grave, façon Un balcon sur la mer. Clooney dirige peu ou mal sa petite tribu.

Ce trou béant de parti-pris nous laisse à la porte : que regarde-t-on ? Certainement pas un film sur la guerre, vu le peu d'intérêt accordé aux reconstitutions et aux scènes un tant soi peu dramatiques. Pas un film comique non plus, puisque les moindres tentatives comiques sont étouffées dans l'oeuf par des répliques balourdes et un scénario décousu. La séquence où le personnage, joué par Matt Damon, marche sur une mine en est l'illustration parfaite : appelant à l'aide, ses compagnons arrivent un par un, lui demandant tranquillement pourquoi il a fait ça. Au lieu d'emmener les curseurs de l'absurde encore plus haut, une pirouette invraisemblable et ridicule vient clore le débat. Quel gâchis !

Alors pourquoi un tel naufrage ? George Clooney le cinéaste, est nostalgique. Il recherche cet ADN si particulier à La Grande Evasion de John Surges ou d'Un train de John Frankenheimer et aux films de bande à la Sinatra. En vain.

Et George Clooney l'homme, est un grand humaniste. Une trop belle occasion de faire passer son message : l'art, peut, dans certains cas, être plus important qu'une vie. Sauf que les pièges et le sujet étaient trop grands, le film trop lourd, trop vaste et ses comédiens capables du pire, quand, dans une si grosse machine, chacun a de mauvaise marques.

Presque, on se referait bien un épisode de Papa Schultz.

 



Gravity

Un film de : Alfonso Cuarón
Avec : Sandra Bullock, George Clooney
Distribution : Warner Bros. France
Durée : 1h30 min
Date de sortie : 23 octobre 2013

Dans l'espace…

L'experte en ingénierie Ryan Stone effectue son premier voyage dans l'espace. Lors d'une sortie de routine, un accident va se produire et sa navette va être pulvérisée. Ne reste que Matt Kowalsky, son binôme, et son courage, pour ne pas céder à la panique et tenter de rester en vie dans le vide infini.

Personne ne vous entendra crier.

Trou noir. C'est en quelque sorte ce qui vous arrive les minutes suivants la projection de la nouvelle bombe à retardement d'Alfonso Cuarón.

Flashback. Dans les années 90 débarque à Hollywood le Tequila Gang : Guillermo Del Toro, Aljandro Gonzàlez Inarritu et le héros du jour, Alfonso Cuarón. Trois réalisateurs mexicains issus d'une immigration cinématographique très en vogue à Hollywood. Alors que ses deux comparses marquent les esprits par une filmographie estampillée auteur - Amour Chienne, Babel, 21 grammes pour Innaritu. L'échine du diable, Le labyrinthe de Pan, Pacifiq Rim pour Del Toro. Cuaron, lui, hésite. Convoqué à Holywood par Sydney Pollack il repart faire son oeuvre la plus personnelle, Y tu mama tambien, au Mexique, puis se retrouve aux commandes d'Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban. Puis en 2006, viendra Les fils de l'homme, son film le plus abouti. A l'inverse de ses comparses, son parcours dans la cité des anges n'est pas aussi lisible. Certains parlent même d'un talent un peu gâché.

Et puis son fils Jonas lui propose d'écrire ensemble un nouveau script. Ce serait une histoire universelle, une histoire qui parlerait d'une femme, immensément petite, face à l'espace, immensément grand. Et puis naquit une expérience spectaculaire : le soap opéra nouvel génération.

Techniquement d'abord, Gravity est brillant : la 3D est saisissante et la mise en scène et la photo de Lubezki sont d'une rare intelligence. Variant plans séquences époustouflants et plans subjectifs dans un ballet d'une fluidité aérienne sans apesanteur, par ailleurs admirablement reconstitué, la caméra n'a plus de limites et peu rentrer dans le casque de l'astronaute, passer en subjectif, ressortir, et aller faire un petit tour à quelques kilomètres de là, le tout, sans que l'on ne soupçonne, et à aucun moment, où sont caché les ficelles du magicien. Le son, véritable personnage, prend une gigantesque part dans l'aspect immersif du film. Dans l'espace, aucun son ne vous parvient aux oreilles. Même quand une navette vous explose dans la tête. Alors ne reste plus qu'assister à un ballet muet de pulvérisation spatiale, mêlée à des battements de coeur, une respiration qui s'emballe, une radio qui émet quand ça lui chante, un indicateur d'oxygène dans le rouge écarlate. Et puis plus rien. Et puis le soleil qui se lève dans le vide et le silence. La bande-son de Steven Price elle, est venue d'un autre système solaire. Elle fait se modifier votre rythme cardiaque, varier la vitesse de pénétration de vos ongles dans les accoudoirs, et accélérer la moiteur de tout votre corps.

Parce qu'au bout de quelques minutes - après ce plan d'ouverture subjuguant, vous devenez l'astronaute Ryan Stone. Sandra Bullock, c'est vous. Evidemment c'est son plus beau rôle, où 98% des émotions doivent passer par son visage. Clooney fait le job comme à son habitude, même si un acteur moins glamour aurait ajouté en intensité et en identification.

Et quid de le couche cosmico-philosophique ? Gravity est avant tout l'histoire d'une femme, qui, victime d'un drame sur terre, préfère peut-être mourir dans les étoiles. Les étapes qu'elle va devoir accomplir - symbolisées par les capsules et les langages par lesquelles elle va devoir passer : russe, chinois - veulent appuyer encore l'aspect universel de l'accession de cette femme vers un état de guérison. Vers un état d'acceptation.

Le seul bémol pourrait donc surgir d'une comparaison immédiate au chef-d'oeuvre de Kubrick, 2001 l'odyssée de l'espace ou au Solaris métaphysique de Tarkovski. Ici l'aspect ésotérique est évidemment plus naïf et le scénario extra simpliste.

Mais l'expérience est ailleurs. Elle est physique. Haletante, épuisante, émouvante, vibrante. Le spectacle immense.

Loin des produits hollywoodiens lambda, c'est une merveille de création originale.

Il ne vous reste plus qu'à accepter le voyage.


Gatsby le magnifique

Un film de : Baz Luhrmann
Avec : Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan…
Distributeur : Warner Bros. France
Durée : 2h22 min
Date de sortie : 15 mai 2013



Gats'bling-bling

New-York en 1922. Nick Carraway, jeune homme simple et sans histoire, va se retrouver plonger au coeur de l'enivrante existence d'un certain Jay Gatsby.

Gatsby or not to be

Dès les premières minutes, une question se pose: pendant combien de temps cette surenchère de mouvements de caméra va t-elle encore noyer notre cerveau meurtri et endolori ?

Baz Luhrmann aime les grandes épopées dramatiques. Après avoir post-modernisé Roméo+Juliette, acidulé le bonbon Moulin Rouge et raté la fresque naturaliste Australia, le voilà plongé dans l'autodestruction amoureuse de Gatsby et de sa folie aussi démesurée que flamboyante. Toujours des personnages hauts en couleurs. Toujours bigger than life.

Sauf que voilà. Là où finesse et subtilité auraient pu se mettre au service du vertigineux, le réalisateur met les deux pieds dans le pataud et le mauvais goût en voulant traduire avec sa caméra le démesuré : travelling, plongée, très gros plan, points de montage convulsifs, surimpression…

La première partie du film est complètement ratée. Le lancement archi-classique vu depuis la Shutter Island, où l'ami de toujours Nick Carraway, tente de laisser une trace de son histoire pas si magnifique avec Gatsby, en regardant à travers la buée des fenêtres, est déjà plombante d'ennui. Puis, très vite, place au grand n'importe quoi d'effets pas très spéciaux: l'étalage de paillettes, de fêtes, de champagne et d'anachronismes mal assumé - Jay Z sur du folk-trot et des images de New York d'hier et d'aujourd'hui - transforme le tout en une pièce montée périmée avant même sa première bouchée. On est dans un abattage de toomucherie.

La psychologie des personnages est terrassée par ce déferlement de couleurs, le jeu de DiCaprio est saccagé par la mise en scène, le poussant même parfois à se caricaturer lui-même. La séquence centrale du film, dans la suite d'un hôtel, va devenir le seul vrai moment intéressant du récit, où enfin la part belle est donnée aux acteurs. Chacun livre une partition vaudevillesque et l'affrontement entre Gatsby et son rival Tom Buchanan va pouvoir prendre toute sa dimension fitzgeraldienne. Enfin Baz Luhrmann pose sa caméra. Enfin la pauvre et tant convoitée Daisy va pouvoir s'exprimer et laisser se dilluer dans la pellicule toute sa beauté et sa pâleur shakespearienne. Il était temps.

Mais le naufrage avorté repart de plus belle. La frénésie autour de l'accident de voiture viendra définitivement nous sortir d'une possible identification aux personnages. On se met à repenser à la version de Jack Clayton de1974, avec Robert Redford dans le rôle de Gatsby, et à se demander quel est, au fond, l'intérêt de cette réédition du roman de Fitzgerald. Un film sur un imposteur qui prend la forme d'une imposture.

En 1926 - soit un an après la publication du roman - et d'après une lettre de Zelda à sa fille Scottie, Francis Scott Fitzgerald aurait quitté la salle lors de la projection de la toute première version muette du film. Il l'aurait qualifié "d'horrible".

Qu'aurait-il bien pu penser de celle-là…


Sous surveillance

Un film de : Robert Redford
Avec : Robert Redford, Shia LaBeouf, Julie Christie
Distributeur : SND
Durée : 2h01 min
Date de sortie : 8 mai 2013


Mon Robert et moi,

Nous sommes en 1969. Alors que le napalm a envahi le Viêt-Nam, une partie de la jeunesse américaine se révolte. Un mouvement extrémiste, le Weather Underground se met à fomenter des attentats contre des symboles américains. La plupart de ces activistes seront arrêtés.

Pas Jim Grant, qui, trente ans plus tard, semble mener une vie normale. Alors que l’une d’entre « eux » va se rendre, un jeune journaliste va remonter le fil de cette étrange histoire et découvrir le vrai visage de ce citoyen pas comme les autres. Il n’aura plus d’autre choix que de devoir disparaître.

Robert ce héros,

Jeune politique idéaliste dans The Candidate ; acolyte au stylo dans la bouche de Carl Bernstein dans Les Hommes du Président ; icône écolo à la chevelure blonde dans Out of Africa ; pêcheur à la ligne dans Et au milieu coule une rivière ; la liste serait longue pour nous rappeler que jamais, ou presque, Robert Redford ne fait du cinéma au hasard. Il s’est fait sienne la maxime, un esprit sain dans un corps sain ; indépendant tu resteras, du cheval dans ton ranch tu feras.

L’acteur et militant du Nouvel Hollywood des années 70, revient avec Sous surveillance, un thriller politique, sur fond de : que sont devenus nos idéaux ?

A 76 ans, papy va devoir faire de la résistance et arrive à nous proposer un scénario habile – surtout dans sa première moitié – changement d’identité, course poursuite mignonne, interro surprise en prison et enquête journalistique avec pleins de feuilles qui trainent partout.

Ajouter à cela une palette d’acteur rétro géniale – Nick Nolte, Susan Sarandon, Richard Jenkis, Chris Cooper – et un duo aux senteurs seventies – Julie Christie & Robert Redford -.

Pour les plus nostalgiques des films d’investigation, c’est jour de fête : l’emballage ultra classique de la mise en scène conserve cette patte old school et laisse la part belle à l’intrigue et aux personnages.

Autre vraie valeur ajoutée, la confrontation entre le jeune journaliste, Ben Shepard, et l’ancien activiste et maintenant rangé et père de famille, Jim Grant, interprété par Bob Redford. Un peu comme si le vieux manitou préoccupé par la survie d’un monde dont les idéaux volent en éclat et dont la morale est parfois trop élastique, parlait avec lui, jeune. Comme pour boucler la boucle. Pour le spectateur, ça donne dans l’idée, Les trois jours du condor mélangé au Fugitif.

Mais dans la forme, on peut rester dubitatif. A voir galoper Bobby dans la forêt, sa caquette de jeunot vissée sur la tête, on peut être en droit de se demander si ce n’est pas le film de trop.

Bien en-dessous de ses modèles, trop mou dans sa deuxième partie, Sous surveillance a par bien des aspects, une dimension direct to video. Dans son look d’abord : on est bien loin de l’esthétisme à la Sydney Pollack. Mais surtout parce qu’on en sort comme quand on n’y est entré : pas différent, pas bousculé.

Sous surveillance nous glisse dessus. Il devait nous frapper fort.

Alors tant qu’à défendre une certaine idée de la politique et du cinéma militant, autant trouvé des rôles de fonctionnaires d’Etat rebelle et indisciplinés, comme dans Spy Game de Tony Scott, qui, bien que cinématographiquement n’étant pas un monument, avait le mérite de nous tenir en haleine et d’apporter une énergie puissante et un souffle dramatique prenant.

N’empêche. Après ses Mille et une vies, le créateur du Festival du film de Sundance, temple mondial et vivier du cinéma indépendant, est plus que jamais accroché à cette indépendance philosophique et cinématographique.

Une qualité rare à Hollywood aujourd’hui, qui ne jure plus que par les franchises et les suites.

Une preuve de sincérité aussi, dans la carrière d’un homme, qui n’a pas encore tout à fait fini de se raconter.


Iron Man 3

Un film de : Shane Black
Avec : Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Ben Kingsley…
Distributeur : Paramount
Durée : 2h11 min
Date de sortie : 24 avril 2013



Enlève ton armure,

Après avoir lutté de toute ses forces contre Loki et son armée au côté des Avengers, Iron Man se sent de plus en plus exposé au mal, et à une attaque imminente. Soucieux de protéger ceux qu'il aime, il est assaillit par le doute et l'angoisse. L'attentat du Mandarin va le pousser à se réinventer et à apprendre à mieux se connaître loin des paillettes et des armures de couleurs.

Je te dirai qui tu es.

Iron Man où la résurrection à l'américaine. Poule aux oeufs d'or depuis deux épisodes, véritable jackpot depuis The Avengers, Robert Downey Jr. est à lui seul l'effet le plus spécial d'une franchise, qui n'a de cesse de faire se parler entre eux, auteurs et blockbusters. Au fond du gouffre pour des problèmes d'addictions diverses et variées, bête noire des réalisateurs, il refait surface en 2005 avec l'excellent Kiss Kiss Bang Bang, de Shane Black. Depuis, il est l'emblème de chez Marvel. Pince sans rire, rock'n roll, cynique, mégalo et beau gosse, il propose une relecture du héros en armure rouge, dans la lignée d'un Jack Sparrow pour la franchise voisine de Disney, Pirates des Caraïbes.

Et parce qu'il doit rester un semblant d'humanité dans les collines d'Hollywood, cette fois-ci, c'est le Shane Black cité plus haut, qui prend les commandes de ce troisième opus. Véritable défi au vu d'un numéro deux raté, dont le scénario restait inachevé au début du tournage. Le réalisateur, auteur du scénario de L'arme Fatale, connait le rythme et les gammes des "buddy movie" - film de duos - sur le bout des doigts. Une dose d'humour, des explosions, de l'amitié, une histoire d'amour et des acteurs un peu barré. Un cocktail pop et vintage, à saupoudrer dans les rouages de l'armurie de Tony Stark et le tour est joué.

Ici, c'est à l'homme sous l'armure que l'on s'intéresse. A ses failles, ses doutes, ses angoisses, ses insomnies.

Le réalisateur ayant lui aussi vécu un destin similaire à Robert Downey Jr. la phase sombre du personnage n'en est que plus facile à explorer pour faire rejaillir encore plus de lumière. Une fois encore, la patte Nolan et son Batman Darknight étant passé par là, l'époque des super-héros lisse et invincible est révolue : place au chaos et à la psychanalyse. D'ailleurs, là où se niche la bonne idée du scénario d'Iron Man 3, c'est de remonter au source du mythe. Ce n'est pas un "prequel" mais juste une manière de remonter le temps pour mieux comprendre d'où vient ce Mandarin, d'où vient cette haine et mieux sentir l'origine du mal. Des relations plus profondes s'installent donc entre les personnages. Une atmosphère plus adulte - toujours désamorcé par l'humour ravageur de Tony Stark - envahit la pellicule.

On assiste donc à plus de scènes intimes entre Tony et sa bien aimée Pepper - magnifiquement interprété par la non moins sublime Gwyneth Paltrow - un face à face dans un bar, une bonne bagarre à main nue à la Mac Gyvers, un nouveau personnage "geek" de 13 ans, des coups de feu échangés à l'ancienne caché derrière des containers sur un cargo. Bref, le retour à un réalisme plus proche de franchise comme Mission Impossible ou James Bond.

N'en déplaise aux puristes, le retour de nouvelles armes n'a d'égal que la grande qualité des effets spéciaux et de séquences à couper le souffle - l'explosion du bunker de Tony Stark à Malibu, le trou d'air de l'avion présidentiel -

C'est donc un numéro trois, qui, si il n'est pas le meilleur de la franchise, est au moins un sérieux rival au premier.

Plus drôle, plus touchant, Shane Black parvient à donner une âme à un super héros, qui, depuis le carton planétaire de The Avengers, n'avait peut-être plus rien à raconter. Il en ressort une vraie exigence artistique d'auteur de cinéma, mise au service d'une des plus grosse machine hollywoodienne, qui s'apprête déjà à manger tout cru le box-office mondial.


LES GAMINS

Un film de : Anthony Marciano
Avec :
Alain Chabat, Max Boublil, Mélanie Bernier…
Distributeur : Gaumont
Durée : 1h35 min
Date de sortie : 17 avril 2013

Antisocial tu perds ton sang-froid...

Pour Gilbert, le mariage est synonyme de dépression. Alors que sa fille Lola s'apprête à se marier avec Thomas, il arrive à l'en dissuader et l'embarque avec lui refaire les quatre cents coups. Trouveront-ils enfin le bonheur ?

Enfin le temps perdu qu'on ne rattrape plus.

Les temps sont moroses et incertains, les déclarations de patrimoine, le nouveau passe temps à la mode, mais Les gamins, eux, débarquent avec une bonne humeur et une fraîcheur digne des Trente Glorieuses. Si vous voulez rire fort, ne pas s'y arrêter serait un tort.

Le premier film du réalisateur, scénariste et compositeur Anthony Marciano, est un peu le doux mélange de l'écriture du mentor Judd Appatow et des farces no limit des frères Farrelly. Saupoudrez le tout de ce courant électrique qui traverse la nouvelle génération des comédies à la française, et vous obtiendrez un objet aussi drôle qu'imparfait, mais tellement sincère.

Jamais tireur d'élite de la vanne, Les gamins installe une énergie débridée, qu'apporte d'une autre façon le sniper de la réplique qui tue, Romain Levy, avec son Radiostars. Mais ici, la toile de fond tissée par le trouble qui habite Thomas, interprété par Max Boublil, est un carburant solide pour faire tenir le film sur ses deux pieds. Vrai rêveur, artiste maudit condamné à jouer dans des mariages, il va se heurter au schéma classique : se ranger avec sa petite copine dans un appartement payé avec l'apport de beau papa et accepter un boulot dans un service de recouvrement.

Fini la vie de gamin insouciant ? Pas dit. Puisque le couple formé par les beaux-parents - Sandrine Kiberlain et Alain Chabat - traverse lui aussi des eaux troubles, la bonne idée va surgir de l'association de malfaiteurs qui va naître entre Gilbert, le beaup qui décide de retourner à une vie de célibataire, et Thomas, le futur gendre.

Les deux compères vont revivre ensemble une vraie crise d'adolescence portée à bout de bras par les rêves de chanteur de Thomas et d'une maquette qui va leur jouer bien des tours.

Qu'est ce qu'on s'amuse à voir Alain Chabat et Max Boublil en Tango et Cash des nuits parisiennes. Duo inattendu et aussi différent que complémentaire, ils sont aussi touchants que drôle: leur complicité est évidente. Cette séquence où les deux fument un joint dans le parc pour enfants est l'exemple parfait de cette liberté dans le jeu et de la réussite technique de l'emballage mise en scène.

Pour le clan des filles, la pétillante et lumineuse Mélanie Bernier joue une Lola lunaire et craquante. Sa mère, jouée par Sandrine Kiberlain, prouve une fois encore, qu'elle peut tout jouer et que la comédie lui va comme un gant.

Question construction narrative, le bon vieux schéma à l'ancienne : je te quitte, je reviens mais tu me quittes, quiproquos plus on se re-quitte, je trouve un nouveau mec mais voilà il ne sera jamais toi… Ajouter à cela une bonne dose de sentimentalisme - Love Actually a inspiré plus d'un auteur ces dix dernières années - il n'y a plus qu'à envoyer la musique.

A noter deux bonnes surprises que, ni la promo, ni les bandes-annonces n'ont réussi à gâcher. Un petit miracle en soit.

Les gamins n'invente donc rien, mais n'en a jamais eu la prétention. Son ambition tient plutôt dans le fait qu'il parvient à nous emmener avec une certaine classe dans un registre subversif, là où la poussière n'est pas invitée. Anthony Marciano garde un pied dans Very Bad Trip de Todd Phillips, et l'autre chez Vincent Paul François et les autres de Claude Sautet. Un mix réussi entre film de pote et une bonne romance - on parle de brocom et de romcom  -  qui ne part pas là, où le très réussi L'arnacoeur de Pascal Chaumeuil, tirait sa filiation uniquement du côté des comédies américaines.

Encore une preuve, qu'en France, les comédies se portent très bien.



40 ANS MODE D'EMPLOI

Un film de : Judd Appatow
Avec : Paul Rudd, Leslie Mann, Maud Appatow…
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 2h14 min
Date de sortie : 13 mars 2013

Viens à la maison,

Pete et Debbie, parents de deux enfants, Charlotte et Sadie, vont devoir négocier le tournant de la quarantaine et tenter de sauver leur couple.

Y'a le printemps qui chante

Apparemment rien de nouveau sous le soleil. Pete, Debbie et les enfants, sont en apparence la famille américaine "tout droit sorti d'une publicité pour une banque". Ils sont aussi beaux que leur grande maison,il y a des gâteaux d'anniversaire en forme de guitare, on fait du vélo, du trampoline et on regarde Bob l'éponge tous ensemble dans le lit very king size.

Sauf que lui produit des disques - qui ne se vendent pas - au lieu de les faire. Elle, commence fermement à s'ennuyer dans cette prison dorée, et eux, ne se regardent plus. De manière assez logique, tout finit par s'en ressentir dans le pantalon.

Alors quoi, encore un énième film sur les états d'âmes d'hommes et femmes en mal de liberté ? Où est l'intérêt de se manger deux heures de problèmes conjugaux ?

Judd Appatow. Si son nom ne vous évoque rien, il n'est jamais trop tard. Il est le pape de la comédie grasse et subversive, le king de l'humour potache et pas sage, mais sous cette apparence superficielle et élitiste, il y a là un regard tendre et acide sur une Amérique qui a le vernis qui craque.

A défaut d'avoir pu faire du stand up, Appatow devient scénariste et sait très vite s'entourer : Ben Stiller, Adam Sandler, Jim Carrey…

Il est découvreur de talents : James Franco, Seth Rogen. producteur de films : Supergrave de Greg Mottola, Mes meilleures amies, de Paul Feig. mais aussi de séries, Girls, et bien sûr, il a la casquette de réalisateur : 40 ans toujours puceau, En cloque mode d'emploi, Funny People.

Comme les grands comiques américains, il est son propre sujet, son quotidien et ses états d'âme, il les passe au microscope de sa caméra.

40 mode d'emploi ne déroge pas à la règle en ce qu'il a de personnel - sa femme et ses propres enfants sont à l'écran, de nombreuses anecdotes sont tirées de sa vie et même le quartier où est tourné le film est le sien - Appatow se sert de ses maux de quadragénaire pour faire la radiographie de sa famille. Il brise des tabous, laisse de grandes pages d'improvisation à ses acteurs, les fait beaucoup parler, toujours, et impose sa patte très reconnaissable, celle d'un jazzman du sentiment où tout est dans le rythme et l'harmonie, entre humour frôlant le vaudeville - la scène d'ouverture sur le viagra - une tendresse quasi documentaire - l'anniversaire en petit comité - et un style débridé dont il est l'inventeur - le week-end en amoureux -.

Le portrait de ce couple en mal d'amour et d'imagination, est tour à tour touchant, drôle, pathétique, mais aussi dur et cynique.

Inspiré de ses modèles James L. Brooks et Woody Allen, il va même chercher chez Cassavetes ce regard clinique sur ses personnages - la scène où Pete pleure dans la voiture - et cette approche pavillonnaire du portrait familial - le quartier devient un acteur -.

Son avatar interprété à l'écran par Paul Rudd, sonne toujours juste et Leslie Mann, sa - vraie - femme, est filmée dans un écrin. A noter que 40 mode d'emploi est un spin off - film qui raconte l'histoire de personnages que l'on a pu voir dans un autre film - tiré de sa deuxième réalisation, En cloque mode d'emploi, qui radiographiait les dommages collatéraux de l'arrivée de la paternité dans la vie de jeunes trentenaires.

Pete et Debbie étaient alors les meilleurs amis du couple en cloque.

Il y a donc dans l'oeuvre de Judd Appatow ce fil tendu, où son évolution d'homme, de père et d'artiste n'a de cesse d'étoffer sa "saga".

Certes moins irrévérencieux, geek et gras que l'ère Supergrave, Judd Appatow n'a rien perdu de sa verve et livre une comédie vivifiante, qui, si elle peut paraitre un peu longue, a le mérite d'être très efficace.



Happiness Therapy

Un film de : David O. Russel
Avec : B radley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert de Niro
Titre original : Silver Linings Playbook
Distributeur : Studio Canal
Durée : 2h02 min
Date de sortie : 30 janvier 2013

Si tu crois un jour que tu m'aimes...

Pat Solatano a tout perdu. A sa sortie d’hôpital psychiatrique, il doit retourner vivre chez ses parents. Il va faire la connaissance de sa nouvelle voisine, la nymphomane et troublante Tiffany. A eux deux ils vont pouvoir comparer leur folie, leur prescription médicamenteuse, et surtout, tenter de réapprendre à vivre.

Et que ce jour-là tu prends du Xanax...

Pour plusieurs raisons Happiness Therapy était un film attendu. La première d’entre elles, c’est qu’un film de David O. Russel est toujours un événement. Depuis son premier long métrage Flirter avec les embrouilles, porté par Ben Stiller, jusqu’à son hilarant et décalé Les Rois du désert, en passant par le loufoque I Love Huckabees et pour finir par le poignant et oscarisable The Fighter, il n’en finit plus de chercher et d’enquêter sur les névroses et les failles de ses personnages.

Attente aussi décuplée par la curiosité que l’on avait de découvrir le beau gosse Bradley Cooper, mondialement connu pour son rôle dans la franchise Very bad trip, endossé un rôle à contre emploi, celui d’un bi-polaire sujet aux pétages de plombs.

Cerise sur le gâteau, son père est interprété par Robert de Niro, et la voisine barrée, par Jennifer Lawrence. Autant vous dire qu’on n’avait pas vu un casting aussi excitant et prometteur depuis longtemps.

Happiness Therapy tient donc toutes ces promesses. Un peu comme dans les films de ses copains géniaux Wes Anderson ou Paul Thomas Anderson, il y a eu une énergie filmique d’une très grande puissance. Chaque cadre, chaque mouvement, chaque point de montage, est posée au millimètre pour obtenir un objet filmique charnel dans ce qu’il a de proche des personnages et d’épileptique, dans sa façon de coller à leurs états.

Et c’est en cela que David O.Russel livre son film peut-être le plus réussi : il parvient à maintenir une vraie tension dramatique entrelacée d’un souffle de comédie. On rit et on pleure en même temps. Comme dans cette scène incroyable où le personnage joué par Bradley Cooper pique une crise car il ne trouve plus son film de mariage, et où tout le quartier est réveillé. Il y a un côté très Nouvelle Vague à signifier les humeurs du personnage par un montage compulsif, tout en conservant une distance dans la mise en scène qui pourrait signifier au spectateur « Vas-y tu peux rigoler, tout ça est fou ! C’est du Vaudeville ! »

Une vraie romcom donc, aussi bipolaire que ses héros, qui forment un couple aussi attachant que bouleversant. Livrant une partition impressionnante, ils sont constamment sur le fil, s’abandonnant à une vérité hallucinante.

Les séquences en musique où Tiffany apprend à Pat à danser, le suspense romantique de la fin, le débit mitraillette avec l’excellent De Niro, les scènes de jogging, pour ne citer quelles, apportent au film toute sa dimension barrée et romantique, décalée et enchanteresse.

Toute la clique des Coppola Roman & Sofia, Spize Jonze son grand copain, et même Gondry and co, use de cette artisanat du sentiment, de cette mise en abyme du gars qui a quitté la route et qui, dans une certaine forme de poésie, va retrouver du sens à son existence.

Une manière de faire du cinéma dans l’urgence, dans la simplicité, et sans artifice.

Un art dans lequel David O.Russel excelle et qui donne à son histoire une proximité évidente avec le spectateur.

Et au cas où on ne le saurait pas encore, Jennifer Lawrence et Bradley Cooper font à présent partie de ceux qui compte et qui peuvent tout jouer. A la différence d’un Ryan Gosling dont il partagera l’affiche de son prochain film, Cooper prouve qu’il a une palette large et pas seulement une seule pose glamour au regard de bad boy.

On peut toutefois avoir à redire par moment sur les virages narratifs. Les quelques « relances scénaristiques » comme les notes de danse et les paris sur les matchs de foot peuvent sembler manquer parfois de subtilité. Mais une fois encore, les personnages sauvent encore et toujours une histoire plus forte que tout.

Alors un conseil, courez vous réchauffer le cœur et la tête devant cette aventure sentimentale, qui vous fera vous sentir en quittant de la salle, encore mieux que quand vous y êtes entrés.


SkyFall

Un film de : Sam Mendes
Avec : Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench…
Distributeur : Sony Pictures releasing
Durée : 2h23min
Date de sortie : 26 octobre 2012

Changer le monde ?

La dernière mission de l'agent 007 va mal tourner. Plusieurs agents vont se retrouver exposés et le MI6 va être attaqué. L'autorité de M va être remise en question par son nouveau supérieur, Mallory. Plus que jamais, elle va devoir se reposer sur James Bond pour retrouver la piste de ce dangereux criminel, Raoul Silva, encore prêt à tout pour dérégler l'ordre du Monde.

Quelle drôle d'idée… Il est très bien comme il est le monde.

Lors de l'entrée, déjà culte, du grand méchant blond Raoul Silva, joué par Javier Bardem, ce dernier demande à James Bond, alors menotté à une chaise, quel est son principal hobby. James, tranquille, lui répond : la résurrection.
Et c'est peu dire. Alors que l'agent secret britannique le plus connu de la planète fête son 50ème anniversaire, il en aura fallu de peu pour qu'il tombe sous les balles de scénari faiblards, des coups de mous - six ans s'écouleront entre Permis de tuer et GoldenEye - des comédiens moins charismatiques que d'autres, des faillites, des mises en scène douteuses…
Mais James Bond ne meurt jamais et un demi-siècle après le mythique Dr No en 1962, la franchise du génial Ian Fleming est devenue une institution, un rendez-vous, pour presque toute la famille.
Sauf que ce 23ème épisode a failli ne jamais voir le jour. Après le réussi Casino Royal de Martin Campbell, Quantum of Solace de Marc Forster est un four. Subissant de plein fouet la grève des scénaristes à Hollywood, le film se perd, le méchant est inexistant et la charte graphique made in James Bond, balayée d'un revers de la main. La genèse de Skyfall n'annonce rien de mieux. En 2010, la faillite de la MGM laisse entrevoir le pire et le projet se retrouve mis sur la touche. Le scénariste Peter Morgan jette l'éponge, Sam Mendes échange la casquette de réalisateur contre celle de consultant et Daniel Craig part faire son métier avec des aliens et des suédois.
Mais la persévérance de ses producteurs Barbara Broccoli et Michael Wilson, l'engagement de Daniel Craig  et une équipe technique aux CV surnaturels, ont permis que le miracle se produise : Skyfall est un des meilleurs opus de la saga, en tout cas de ces trente dernières années.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la beauté de chaque plan. Tous comportent de vraies idées de cinéma. Tous sont baignés dans cette lumière complètement folle du maitre de la photographie Roger Deakins. Cette séquence d'ombres chinoises éclairées par intermittence aux néons, ou encore la silhouette de Javier Bardem dans cette nuit orangée et brûlée sont des sommets. Cette senteur "auteurisante", elle est bien sûr le fruit de la vision du grand Sam Mendes, réalisateur oscarisé pour American Beauty, qui imprime ici une patte contemplative, plus sombre aussi. Si il n'a de cesse de répéter que le film doit beaucoup à son collègue Christopher Nolan, ce n'est pas par hasard. Rédemption, crise existentielle, ennemi venu de l'intérieur… Le MI6 prend parfois des allures de Gotham City. Mais c'est là que le mélange devient subtil et que le Mendes Magic Tour prend : savoir respecter la dose de noirceur, de réel et celle, plus second degré, plus BD, qui ont fait la gloire de 007. Revenir aux fondamentaux tout en étant moderne. Humour british, retour de la DB5 et hommages à Goldfinger and co à gogo, viennent cohabiter avec un agent secret vieillissant, sentimentale.
Fini les gadgets par milliers même si l'agent Q effectue un retour fracassant. Le réalisateur des Noces Rebelles n'est pas le geek JJ Abrahms qui vient rebooter Star Trek. C'est un auteur qui va faire ressortir les liens entre ses personnages - au risque de hisser le méchant et le personnage de M en pôle position - et user du filon espionnage-rétro version 2.0.
Question action c'est la folie. Rien la course poursuite de douze minutes du début qui a nécessité deux mois de tournage, vaut le détour. La fusillade au tribunal et l'attaque de la fin sont aussi anthologiques. A noter qu'elle rappellera peut-être à certains une jubilation très Maman j'ai raté l'avion… mêlée à un assaut d'Apocalypse Now… encore la magie des doux mélanges…
Niveau James Bond girls, on reste un peu sage : notre française Bérénice Marlohe fait le job, mais n'est pas Ursula Andress qui veut. Par contre c'est Naomie Harris qui tire son épingle du jeu et qui vous réserve une belle surprise pour la fin...
Skyfall est donc une totale réussite, qui saura réconcilier les nostalgiques de l'âge d'or du Commandeur et les plus jeunes, fans des dernières Aston Martin de Casino Royale. Un vrai Bond en avant.


The Dark Night Rises

Un film de : Christopher Nolan
Avec : Christian Bale, Tom Hardy, Marion Cotillard, Gary Oldman…
Distributeur : Warner Bros France
Durée : 2h44min
Date de sortie : 25 juillet 2012

Gotham project

Huit ans après la mort du légendaire Harvey Dent, Gotham City semble avoir rangé ses vieux démons. Huit ans aussi que Bruce Wayne vit en vase clos à l’instar de son double, Batman, qui se tapit dans l’ombre, écrasé par la peine, le questionnement et le doute.

Mais tout ça va être remis en question par l’arrivée surprise du gros méchant Bane, au passé complexe et à la soif de chaos sans pareil.

Noir c’est noir

Christopher Nolan est un réalisateur à part à Hollywood. Le seul qui filme des blockbusters comme des films d’auteurs, car le seul, surtout, à avoir complètement réinventé les règles et les codes du film de super-héros. En seulement deux films – le cultissime Memento en 2000 et le solaire Insomnia en 2002 – le réalisateur d’origine britannique se voit confier les rênes de la franchise Batman. Le « Begin » sera son premier dynamitage d’une firme devenue trop kitch. Il ancre le héros dans notre réalité, vient explorer sa part sombre – jusqu’ici les réalisateurs ne s’intéressaient qu’aux méchants, Batman était aussi lisse que la mer Morte – et installe une atmosphère lourde aux enjeux redoutables. Le décor est planté. Et puis viendra ensuite sa toile de maître, The Darknight, affolant tableau anarchique où Batman se bat contre un ennemi sans foi ni morale, un Joker chaotique et complètement barré. On en a froid dans le dos. Ce deuxième volet ira encore plus loin dans la violence, dans le réalisme et dans la noirceur. La mise en scène est brillantissime et le scénario – écrit par son frère Jonathan Nolan – d’une intelligence rare.

Alors nous y voilà. Batman the Darknight Rises sort dans un contexte dramatique : un fou furieux a déboulé en pleine avant-première dans un cinéma d’Aurora, Colorado, Etats-Unis, et a ouvert le feu.

Bilan: plus de dix morts et une cinquantaine de blessés. Christian « Batman » Bale s’est rendu sur les lieux, la promotion a été interrompue. Où quand la réalité rejoint la fiction et ouvre à nouveau le brûlant débat : la violence au cinéma est-elle une des causes de tous ces massacres ?

C’est donc au milieu de cette hystérie vigipirate, qu’on continue de nous vendre « l’embrasement final » de Gotham City. Sous entendu, vous allez voir ce que vous allez voir, The Darknight, à côté, c’était le préquel de La petite maison dans la prairie.

Mais ce troisième épisode made in Nolan souffre indubitablement de la comparaison inévitable avec les deux précédents. Une analyse assez juste prédisait que ceux qui ont préféré le Batman Begin préfèreront celui-ci. En revanche, ceux qui ont préféré The Darknight, continueront de le préférer.

Christopher Nolan, parce qu’obligé de faire monter encore son Batman dans les tours du doute et de le faire osciller toujours plus près de la mort, choisit d’adapter une BD où l’homme chauve souris va mourir. Comme un bouquet final d’un feu d’artifice, il tente le medley entre les deux formules gagnantes des précédents chapitres : faire renaitre le héros – avec tous les codes que cela comporte : rééducation, souffrance, se rééquiper… - et la tension anarchique grandissante tout au long du film.

Une tension amplifiée par un changement géographique notoire : Gotham City n’est plus Chicago mais devient New York. Dans les décombres et les plaies encore ouvertes du 11 septembre 2001, le spectre de cet embrasement terroriste ancre le film dans une actualité glaciale qui est une plus value et un parti pris indéniable.

Mais nouveau problème à l’horizon: The Darknight Rises va perdre de sa force en voulant explorer trop de fils, car jamais il n’en explorera un totalement. Le retour de Batman aux affaires, le passé familial du méchant, les personnages secondaires à qui il faut donner du relief – Alfred, Gordon – l’arrivée d’un hypothétique Robin… Trop c’est trop. Au lieu de décortiquer chaque histoire, chaque « cas » on rebondit de l’un à l’autre. Tout l’inverse de l’épisode du Joker. Ca part pourtant tambours battants, Nolan pose son ambiance avec brio, et puis doucement le soufflé se dégonfle, au profit d’une trame trop classique et d’un dénouement atomiquement prévisible. La fin laisse songeur mais surtout laisse à penser que Christopher Nolan est à une minute près de se brûler les ailes avec un personnage qu’il a totalement essoré. Et puis ces 2h45 minutes de film auraient mérité quelques coupes, ramenant le tout à une durée plus digeste pour le spectateur. Le rythme en aurait d’ailleurs été que plus soutenu.

Pour nous sortir la tête de l’eau, mention spéciale à Anne Hattaway  qui joue une Catwoman diaboliquement sexy et drôle. Marion Cotillard, elle, fait le travail, mais réserve une surprise de taille. On ne veut surtout pas vous la gâcher.

Une œuvre en demi-teinte donc, face à laquelle on est en droit d’être déçu mais qui confirme – si nécessaire soit-il de le rappeler - que BatNolan est devenu le plus grand justicier de blockbuster hollywoodien, magnant avec une subtilité ahurissante vision et pognon.

Fan ou pas de l’homme chauve-souris, cet été, tentez le crochet par Gotham City.

Bonnes vacances ;-)



The Amazing Spider-Man

Un film de : Mark Webb
Avec : Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans
Distributeur : Sony Pictures
Durée : 2h17 min
Date de sortie : 04 juillet 2012

Un grand pouvoir…

Peter Parker a été élevé par son oncle et sa tante, qui ont toujours plus ou moins entretenu le secret sur les activités de ses parents. Aujourd’hui devenu lycéen tourmenté, il va remonter le fil de sa vie pour trouver des informations étonnantes, et surtout, à la suite d’une piqûre d’araignée, se découvrir des pouvoirs extraordinaires.

Implique de grandes responsabilités…

Dans ce nouvel opus de l’homme araignée, avant même de savoir qui en serait ou qui n’en serait pas, une pluie d’interrogations était en droit de nous tomber sur la tête : pourquoi un reboot - réinitialisation – à peine cinq ans après le précédent ?

Est-ce que les motivations de la maison mère Sony étaient plus tournées vers les fans ou vers les banquiers ? Et enfin, Hollywood n’avait-elle plus d’idée au point de sans cesse revenir à ses fameuses franchises source de profits infinis ?

Malgré le délire au box-office de The Avengers de Josh Whedon, Hollywood souffre bien d’un mal qui la ronge : le manque d’inspiration. Pratiquement aucun scénario original, -Inception est une espèce en voie de disparition -, des suites à n’en plus finir - Choc des Titans, Shrek, Gi Joe 2 – remakes en veux-tu en voilà – Robocop, Totall Recall -. On était donc en droit d’attendre le pire de ce remaniement arachnidéen.

Après un grand coup de balai – exit le réalisateur Sam Raimi et ses comédiens Tobey Maguire et Kirsten Dunst – voici le nouveau visage de ce Spider Man grand cru 2012. Le réalisme a pris le pas sur la BD, l’humain sur le sur-humain et le nouveau maître des lieux, le quasi inconnu Mark Webb – en anglais « web » signifie toile, ce qui ne peut être un hasard – apporte une fraicheur terrible. Sa comédie romantique 500 jours ensemble, présentait déjà tous les symptômes d’une vision moderne et contemporaine des relations amoureuses, de la place de la femme dans la société, et surtout une vraie vision et un style bobo-graphico-cool.

Et c’est donc là le vrai point fort de ce Amazing Spider Man. Les scènes intimistes fonctionnent à merveille, et là où Sam Raimi semblait à l’époque se prendre les pieds dans la toile, l’histoire d’amour entre Gwen Stacy et Peter Parker devient la vraie valeur ajoutée du film. Il vous faudra à peu près trois minutes pour oublier l’interprétation figée et tête à claque de Tobey Maguire. Ici Andrew Garfield insuffle de l’émotion à son personnage : fini les grosses lunettes et la gestuelle de puceau, place au gilet à capuche, au portable et à la rebelle attitude : le teen movie est de retour. Pour lui donner la réplique amoureuse, la belle Emma Stone est parfaite et elle aussi vient redonner du relief à son personnage là où Kirsten Dunst rendait le sien plat et neuneu.

Concernant la partition musicale, on repassera. Elle est aussi intéressante qu’une musique d’ascenseur.  Le méchant lézard tout vert, lui, n’est pas franchement réussi et pour les scènes de combats, on peut quelques fois regretter la maîtrise et le savoir faire de Sam Raimi. En revanche vous serez catapultés dans les airs grâce à une série de plans subjectifs des plus vertigineux.

Cette relecture de Spider Man est donc infiniment plus contemporaine. On s’identifie aux personnages, leurs préoccupations sont bien celles d’une génération en quête de sens et d’amour face au chaos de plus en plus généralisé. Calqué sur la recette de Christopher Nolan avec son Batman, on fait des films avec des supers-héros et non des films de supers-héros. Les forces du héros ne sont pas infinies et ses failles sont nettement visibles – comparez avec le premier opus version Sam Raimi, la scène où l’oncle de Peter Parker meurt - L’identification n’en est que plus forte pour le spectateur, car la proximité avec le héros beaucoup plus grande.

Mark Webb, quand à lui, amène une vraie sensibilité et impose son excellente direction d’acteurs. Ajouter à cela qu’on rit très souvent, le charme de cette restructuration opère.

Preuve qu’à Hollywood, même quand les idées meurent, la vision reste.

 



Le grand soir

Un film de : Benoit Delépine & Gustave Kerven
Avec : Albert Dupontel, Benoit Poelvoorde, Brigitte Fontaine…
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 1h32min
Date de sortie : 6 juin 2012


Antisocial tu perds ton sang-froid

Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe. Jean-Pierre, son frère, va se faire licencier du magasin de literie dans lequel il travaillait. A deux, ils vont commencer leur révolution.

Punk is not Dead

Dans le paysage cinématographique français, le duo de réalisateurs Benoit Delépine et Gustave Kerven, c’est un peu comme si Mike Tyson déboulait en plein Tea Time : ça fait l’effet d’une bombe. Les auteurs de Mammuth et de Louise Michel, formés à l’école Groland, sous leurs airs de joyeux anars, ont une certaine idée d’un certain cinéma. Aller contre, mais pas que. Dénoncer, mais aussi proposer. Et surtout, le faire avec une certaine grâce cinématographique. Ici pas de fioriture, on oublie les contre-champs, on privilégie l’atmosphère et le climat, aux comédiens stars filmés sous leurs meilleurs profils. Leur caméra stylo ne bouge pas, ne filme pas, elle capte. On entre et on sort du champ, on laisse tourner pour installer cette ambiance si particulière. Une sorte de savant mélange entre du théâtre et du documentaire : les personnages ont le pouvoir, mais le cadre dans lequel ils évoluent est tout aussi important. Les séquences de vidéosurveillance en sont le parfait exemple.

Le grand soir est un western. Comme l’indien et le cowboy sur l’affiche, ils vont se retrouver pour une seule et même lutte : celle de la liberté. Et là où le film aurait pu tomber dans le piège du film anarchiste au QI de parquet, il en ressort un constat sauvage et assez objectif du mal qui nous habite, et de la difficulté du vivre ensemble, dans une société de plus en plus individualiste. Plus fort encore, les réalisateurs vont même jusqu’à admettre que la révolte par le rejet des conventions et par la destruction, est finalement un acte vain et inutile. Un projet aussi audacieux que nihiliste, qui nous donne envie, une fois sortis de la salle, aussi bien de tout casser que de prendre son voisin dans les bras et d’aller vendre du vin bio à la campagne.

Mais la pièce maitresse, c’est le casting. Une galerie de « gueules », au service d’une vision, qui fait tourner la boutique avec un engagement total. Celui qui vient trouver un de ses rôles les plus forts, c’est Benoit Poelvoorde, qui joue ce punk au prénom bizarre : Not. Il est hallucinant de sincérité et d’intensité. Albert Dupontel, lui, est le frère jusque là bien sous tout rapport, toujours propre sur lui, appliquant à la règle les codes d’une vie qui lui échappe. Et puis le pétage de plomb, pour se retrouver tatoué DEAD sur le front. Ce soudain craquage est formidablement connecté à aux motivations de son frère. Ils sont incroyablement touchant ces deux là, seuls sur la route du questionnement. Comment accéder à la liberté ? Et quel est le prix pour y parvenir ?

Une complicité évidente transpire de ce duo fraternel qui a la fièvre.

Et puis derrière c’est le grand carnaval de déglinguos : Brigitte Fontaine, est complètement allumée dans son rôle de mère cosmique, Areski Belkacem en père aussi largué que touchant, Bouli Lanners en vigile drôlissime  et même Gérard Depardieu revient faire une apparition en voyant bidon !

Sous des allures de grand n’importe quoi, il y a donc une vraie maitrise cinématographique chez Delépine et Kerven. Il y a de l’électricité comme si Nanni Moretti croisait Yann Kounen. Un point de vue spécial et un propos qui fait mouche, dans un courant d’air chaud qui met les deux pieds dans le plat. Dépêchez-vous avant qu’il ne soit trop tard, parce que No future, c’est peut-être pour demain.

 



The Dictator

Un film de : Larry Charles
Avec : Sacha Baron Cohen, Ben Kingsley
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 1h23 min
Date de sortie : 20 juin 2012

Faites l’amour…

L’Amiral, Général et Guide suprême Aladeen, tyrannise à son gré le peuple de la République du Wadiya. Alors que le Conseil de Sécurité menace d’intervenir militairement et qu’un de ses sosies vient à nouveau de se prendre une balle dans la tête, il décide de se rendre à New York pour tenter de répondre aux questions des membres de l’Organisation des Nations Unies. Mais la route sera parsemée d’embûches…

Et la guerre !

Sacha Baron Cohen est de retour. Plus qu’un acteur, il est bien un « personnificateur », allant jusqu’à incarner ses personnages hors tournage, dans des mises en scène brillantes et à travers des messages vidéos à mourir de rire – voir le message adressé à François Hollande et son passage aux Oscars puis à Cannes –  Après son diptyque documentarisé Borat et Bruno, c’est en dictateur fou qu’il remet le couvert pour en rajouter une couche politiquement incorrecte. Cette fois-ci, à la manière de son Ali G, il reprend une forme « scriptée ». Fini les irruptions improvisées dans les défilés de mode et les provocations religieuses, place aux personnages de fictions.

Première mauvaise nouvelle, car la folie de son cinéma quasi expérimentale, où il savait si bien flirter entre le vrai et le faux, apportait un mordant et une démence très jouissive. En lieu et place, un canevas assez classique autour de ce tyran qui va devoir se confronter au modèle capitaliste du consumérisme américain, avec tous les paradoxes qu’il comporte. Trop tôt, on quitte le spectacle de ce dictateur en plein délire dans son pays – femmes à gogo en photo sur son « wall of fame », partie de WII sanglantes, problèmes de direction artistique sur les bombes nucléaires – pour se retrouver plonger de force dans une narration pépère qui nous emmène à New York, pour voir s’enchaîner des gags qui font sourire et où le traditionnel « choc des cultures » va opérer. Embarquement immédiat pour appuyer sur les généralités racistes, homophobes, misogynes… où comme à son habitude, il tape sur tout ce qui bouge.

Très vite la force de son comique s’essouffle, noyé sous un enchaînement de saynètes drôles, mais finalement assez décevantes. Un peu comme si ses précédents films étaient  le plat principal, et ce Dictator, les amuse-bouches.

La mise en scène, quand à elle, ne mérite pas qu’on s’y attarde, vu à quel point elle est révélatrice d’un manque d’inspiration flagrant. Ici, la caméra n’a rien à dire.

Il restera quand même quelques séquences hilarantes, comme celles de l’accouchement dans la boutique bio, d’un dictateur se mettant au Yiddish ou encore, celle d’un mariage mixte…

Pour le reste, la force du message passe un peu à la trappe et on se demande si un simple court-métrage  où un clip vidéo n’aurait pas suffit.

C’est sûr, la prochaine sera la bonne.

 



Un bonheur n’arrive jamais seul

Un film de : James Huth
Avec : Sophie Marceau, Gad Elmaleh, Maurice Barthélémy
Distributeur : Pathé distribution
Durée : 1h50 min
Date de sortie : 27 juin 2012

Si tu crois un jour que tu m’aimes…

Sacha est un oiseau de nuit, sans attaches, sans enfants, sans impôts.

Charlotte a trois enfants et une grande carrière professionnelle. Il était donc logique qu’ils tombent fous amoureux l’un de l’autre.

Parle moi d’abord de ton ex…

D’entrée soyons clairs : Un bonheur n’arrive jamais seul a une seule et unique intention, celle de vous faire passer un bon moment. Il est important de stipuler que de ce point de vue là, le contrat est rempli. Sophie Marceau est sublime, Gad Elmaleh trouve un peu mieux ses marques devant une caméra, et l’emballage sent bon la comédie romantique à l’américaine, type gros machin plein de guimauve. Oui, mais on est en droit d’être déçu.

D’abord parce que le fou fou James Huth nous avait habitué à des récits esthétiquement hauts en couleur et ultra-rythmés – Brice de Nice – ou ultra raté mais visuellement fort – Lucky Luke -. Ici, la coquille brille mais le fond est une fois encore complètement vide. Le couple Elmaleh/Marceau ne sent pas la complicité pour un sou, on croit relever par moments les ficelles d’une mécanique trop bien huilée. Gad fait le pitre, ça c’est une bonne nouvelle, sauf qu’il est à l’image une heure quarante neuf sur les une heure cinquante que dure le film. On préférerait passer plus de temps avec la belle Sophie dont le personnage dévoile des facettes plus subtiles.  Le pas si bon copain Maurice Barthélémy, ex-Robin des bois, est aussi hystérique que mauvais, et à lui seul il nous donne envie de jeter les pop-corn sur l’écran. Ajouter à cela une galerie de seconds rôles inexistants, le bateau coule peu à peu.

Il y a pourtant quelques bonnes intentions. La belle Charlotte qui se prend constamment les pieds dans le tapis, lui donne un côté grande brune avec des talons en cartons. Un vent de Jennifer Aniston souffle dans la place. Les séquences utra-référencées comédie new-yorkaise, les codes couleurs West Side Story et les humeurs de Casablanca apportent un ton et une élégance évidente.

Mais est-ce bien nécessaire de parler de l’escapade new-yorkaise ? A part un plan d’hélico à l’inversion intéressante, il en résulte une succession de clichés carton pâte, aussi débile que de filmer un français avec sa baguette et son béret.

On est donc très loin des Quand Harry rencontre Sally où celle à l’anglaise, où Hugh Grant part en ballade romantique dans les rues de Notting Hill et accompagne sa chérie Andie McDowell à quatre mariages et un enterrement. Ces comédies où le ton est si juste, le style aussi riche que les intentions et où la magie opère à chaque plan. Un bonheur n’arrive jamais seul nous fait sourire, même parfois un peu plus. C’est parfois suffisant.

 



Sur la route


Un film de : Walter Salles
Avec : Garret Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart…
Distributeur : MK2 diffusion
Durée : 2h20 min
Date de sortie : 23 mai 2012


On the road again,

Alors qu’il vient de perdre son père, Sal Paradise, jeune écrivain en herbe, va faire la connaissance de Dean Moriarty et de sa belle compagne, Marylou. L’entente devient fusionnelle. Assoiffés de liberté, ils prendront la route, pour tenter l’expérience de la Vie et de tout ce qu’elle peut offrir… ou pas.

Again.

Avant d’être un film, Sur la route est le LE roman culte de Jack Kerouac, empereur de la Beat-génération. Classé parmi les 1OO meilleurs romans du XXè siècle de langue anglaise, il fut l’objet de convoitises cinématographiques tellement hallucinantes, que certains l’annoncèrent inadaptables. L’auteur lui-même, dans les années 50 tente d’en tirer un film, avec Marlon Brando et James Dean, puis Francis Ford Coppola, qui achète les droits du roman en 1968. Il pense réaliser le film avec son fils Roman, mais non. Alors il pense à Jean-Luc Godard, Roman Polanski, Gus Van Sant et même Joel Schumacher. Et puis c’est en découvrant Carnet de Voyage, du brésilen Walter Salles, que le déterminé et obstiné Coppola lui en confiera la réalisation.

Genèse donc compliquée, pour un film symbole, qui se heurte, et il n’en était pas possible autrement, à de nombreux problèmes.

Tout d’abord, Sur la route semble avoir 15 ans de retard. Les expériences mystiques, sous substances, amoureuses, à voile et à vapeur et tout le kit du beatnik, semblent comme passées à la machine. On a eu, depuis, nos « expériences »  visuelles fortes. On a déjà vécu ce rejet du monde tel qui semble être pour pénétrer l’émotion, la vraie, à la recherche de cette vérité qui ne passe que par l’abandon des codes en vigueur et l’expérimentation. Vraiment désolé, ce n’est pas le KO technique que devait procurer le livre à sa sortie. Les temps ont changé et la magie ne prend plus. Walter Salles, qui s’en tire quand même honorablement avec une mise en scène dynamique, terreuse et flamboyante, nous plombe le moral avec ses 2h20 minutes qui semble s’étirer jusqu’à l’infini.

Au lieu d’être sous adrénaline, on se sent écrasé.

Côté interprétation, et c’est le vrai point fort du film, le réalisateur plonge ses comédiens dans une atmosphère fiévreuse et brûlante, avec une envie et une vérité qui crève l’écran. Kristen « Twilight » Stewart vit ici son baptême du feu, sur l’après film-pour-midinettes-pré-pubère, avec succès. Elle est intense, mystérieuse, sexy et drôle.

Sam Riley, qui joue l’acolyte Moriarty, nous renvoie à la Fureur de vivre de Nicholas Ray, avec ses faux airs de James Dean et cette rage à fleur de peau. Il est le vrai courant d’air chaud du film. Kirsten Dunst, depuis en couple avec Sam Riley, est une vraie ponctuation lumineuse à chacune de ses apparitions. Et chaque « guest », de Viggo Morttensen à Steve Buscemi, vient faire prendre un peu plus de hauteur au niveau général.
Walter Salles est un excellent directeur d’acteur, mais, ça, on était déjà au courant. A noter aussi la magnifique photo du français Eric Gautier, formidable reconstitution d’une Amérique poussiéreuse des années 50, tournée entre le Canada et l’Argentine.

Mais voilà, le réalisateur opte pour un chemin narratif assez clair et lisible. Une sorte de Kerouac pour les Nuls. Sous ses apparences de trip routier hallucinogène, Sur la route c’est un road-movie grand public, à deux trois scènes près. Ce parti pris est à double tranchant : retrouver de la lisibilité et perdre en authenticité. Sacrifier le style pour le sens.

Sur la route devient alors une curiosité sous verre, un objet figé, qui prend la poussière. 

Sur la route version ciné n’est donc pas la dynamite be-pop que le maître Kerouac avait su insuffler à son roman. On a parfois droit à de bonnes surprises, mais c’est juste un film qui déroule du bitume. Juste un de plus…

 



De rouille et d'os


Un film de : Michel Audiard
Avec : Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Armand Verdure…
Distributeur : UGC DISTRIBUTION
Durée : 1h55min
Date de sortie : 17 mai 2012


De chair…

Ali, sans emploi et sans domicile, va venir s’échouer chez sa sœur à Antibes, avec son fils de 5 ans, Sam.
Stéphanie est dresseuse d’orque à Maryneland. Commencera alors l’histoire de deux êtres cabossés par la vie, qui réapprendront à vivre l’un avec l’autre.

Et de sang…

Quel choc. Quel uppercut. Tout ça dans un écrin de simplicité et de poésie. Le nouveau Jacques Audiard est arrivé et de battre notre cœur s’est accéléré. De rouille et d’os, en compétition officielle au 65ème Festival de Cannes et adapté du roman de Craig Davidson, Un goût de rouille et d’os,  pourrait rentrer tout de Palme vêtu. Vrai trait d’union entre le cinéma dit « d’auteur » et celui plus « accessible », chacun de ses passages sur la croisette s’est vu honoré par une récompense – Prix du scénario en 96 pour Un héros très discret, Grand prix en 2009 pour Un Prophète et a été très largement suivi en salle par le public.

De rouille et d’os, c’est donc avant tout, un vrai mélo. Lui, est un dommage collatéral de la crise, obligé de fouiller dans les poubelles pour nourrir son fils. Elle, c’est un accident du travail qui va lui ôter sa dignité et sa raison d’être : son métier. C’est donc à une collision que nous assistons. Ali et Stéphanie vont se cogner, se sentir, s’apprivoiser. Il est comme un animal qui improvise, tout le temps, sur la nature des rapports humains. Qui vit selon ses règles. Quand vous avez tout perdu, la dernière chose qu’il vous reste, c’est votre corps, vos organes. De rouille et d’os est organique, par moment privé d’oxygène, comme le personnage de Marion Cotillard, hallucinante et troublante, par d’autres traversées d’une rage animale, Mathias Schoenarts atteint un sommet dans l’art de manier la puissance et l’émotion.

Ce choc des corps est évidemment amplifié par le handicap physique de Stéphanie, que le réalisateur de Regarde les hommes tomber, décide de montrer avec beaucoup de pudeur et de délicatesse. Mais sans artifices. Tel quel. Dans le plus simple appareil. Ici on ne joue pas. Ici on ne ment pas.

On se fait d’ailleurs très vite à la vision de cette amputation et, le handicap mental, ce problème d’intégration à une vie plus « normalisée » du personnage masculin, est lui plus visible. Toute cette subtilité du maniement des sentiments, c’est évidemment à la mise en scène poétique et tout en réaction chimique de Jacques Audiard, qu’on la doit.

A chaque fois il nous fait le même coup, il s’empare d’un milieu très rapidement identifiable – ici le bord de mer, avant le milieu carcéral – et le fait devenir un élément en fusion. Il y a une évidence dans ce que filme Jaques Audiard, il y a de la vérité dans ce qu’il ne montre pas, entre les lignes, dans ses points de montage, dans ses tourbillons aquatiques poétiques, dans ces combats à la Fight Club réinjectant de la sève dans l’âme et le cœur de sa spectatrice fétiche. Chaque cadrage est une aventure. Chaque partie musicale – les exercices physiques sur le balcon sur fond de Katy Perry, le combat – rend le film encore plus lumineux.

Et puis Jacques Audiard sait se jouer des références, de préférence noires et de genre,  à partir du moment où Stéphanie va devenir une sorte de « Freaks » - Elephant Man en était un – qui utilisera sa différence comme une arme d’intégration massive. Des films de foire à ceux sur la grande dépression, en passant par La nuit du chasseur, de Charles Laugthon : il stylise son récit, électrise son ambiance, dynamite ses contrastes.

De rouille et d’os est un chef d’œuvre qui n’avait pas la prétention d’en être un. C’est un travail de sculpteur, de peintre qui fait s’investir physiquement le spectateur.

C’est un film qui laisse des traces, et pour très longtemps.

Mais avant tout, c’est une bouleversante histoire d’amour.

 



The Avengers


Un film de : Joss Whedon
Avec : Robert Downey Jr., Mark Ruffalo, Scarlett Johansson
Distributeur : The Walt Disney Company France
Durée : 2h22 min
Date de sortie : 25 avril 2012

Qu’est ce qui se passe dans l’espace ?

Le très méchant Loki a réussi à mettre la main sur le cube cosmique et compte faire venir tous ses petits copains faire la guerre à notre chère planète. Le SHIELD, qui s’occupe de préserver la paix dans le monde, n’aura comme seule alternative que de réunir les « êtres » les plus extraordinaires, pour former la meilleure équipe de défense qui soit.

Un pour tous et…

Ca y est ! C’est la fête à la BD ! La prophétie Marvel l’avait annoncé il y a maintenant plus de sept ans ! Le plus grand cross over de tous les temps vient de débouler sur nos écrans avec un record d’entrée au m2 qui vient flirter avec le TOP 5 des meilleurs démarrages de l’histoire pour le premier jour de fréquentation (et déjà deux millions d’entrées en une semaine !)

Captain America, Thor, Iron Man, Hulk, la Veuve Noire… Les super-héros qui se sont  chacun  fait un nom dans un précédent épisode (pas encore la Veuve Noire mais ça viendra) se voient ici réunis pour LA mission de leur vie. Pas facile pour autant de cohabiter dans cette Dream Team où il faudra savoir mettre son ego de côté. Et le voilà le premier défi pour Joss Whedon, le real geek créateur de la série Buffy. Comment parvenir à tous les faire tenir dans le champ en les faisant vivre, malgré tout, chacun pour leur pomme ? Et surtout, quoi donner de plus que les aficionados n’ont pas encore vu dans les précédents opus, ultra calibrés en effets spéciaux and co.

Un double défi à moitié gagné. The Avengers met trop de temps à le trouver cet espace pour chacun. Les individualités sont évidemment trop fortes pour que l’équipe soit homogène. Comme dans beaucoup de blockbuster, il faut aller extirper le héro de sa vie « normale » pour le hisser dans sa mission. Même là, Joss Whedon ne joue pas sur notre attente. Trop timide, il mise plus sur l’efficacité que sur le style.  S’en suit une réunion de famille assez interminable, sauvée par l’humour dévastateur d’Iron Man. Son personnage fonctionne toujours autant et le film repose sur ses épaules. Chacune de ses partitions est une vraie bouffée d’air frais. La vraie bonne surprise, c’est Hulk, le gros tout vert quand il est en colère. Interprété par Eric Bana puis Edward Norton dans les versions d’Ang Lee et de Louis Leterrier, il trouve en la personne de Mark Ruffalo un vrai nouveau souffle. Il devient plus complexe, plus touchant. Les fans sont ravis et demandent même un nouvel épisode rien que pour lui.

A noter quand même deux éléments assez problématiques : le personnage de la Veuve noire est assez ennuyeux, et quelqu’un peut dire à Samuel Jackson, qu’il n’ y a que chez Tarantino que c’est un bon acteur… parce que là, ca frôle vraiment la catastrophe…

Bref, une maxi attente pour que, enfin, la vrai guerre ne commence.  Alors pas de doute, vous en aurez pour votre argent. Mais étrangement, il manque quelque chose. On est en droit d’attendre ce frisson tragique, ce soulèvement qui va faire vibrer notre fauteuil. Marvel est en pleine phase de déification, c’est précisément la nouvelle mythologie de notre époque et The Avengers ne dépasse pas le mur du son. A la hauteur d’un Transformers, on espérait voir une orchestration finale qui prendrait plus d’altitude encore, où cette bande combattrait le mal dans ce qu’il a de plus terrifiant avec une énergie quasi cosmique. A part quelques séquences magiques où l’on voit ENFIN toute la troupe ensemble dans le même plan, le climax sera grand, mais pas fou.

De facture trop classique, The Avengers ne passe jamais à côté de son sujet. Mais il ne le transcende pas non plus.

On peut être en droit d’être un peu déçu.

 



Le Prénom



Un film de : Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patelière
Avec : Patrick Bruel, Charles Berling, Valérie Benguigui
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 1h49 min


Soirée quiproquos…

Lors d’un diner, le choix du prénom du futur enfant d’un des convives va faire… des étincelles.


Allô maman, ici bobo !

Il est important d’apporter d’emblée une précision. Vous serez deux types de personnes à aller voir Le prénom : ceux qui ont vu la pièce et ceux qui ne l’ont pas vue.  Ce détail a son importance car soit vous y allez car vous avez aimé la pièce et vous en voulez encore, soit vous l’avez ratée et donc, d’une certaine manière, vous voulez votre séance de rattrapage. Ou alors vous êtes fan de Patrick Bruel, ce qui est encore autre chose.

Appartenant au groupe qui ne l’a pas vue, j’ai été le témoin d’un phénomène assez particulier : j’ai aperçu tout le potentiel que devait avoir Le prénom sur scène  à travers tous les défauts que le filtre cinématographique n’a fait qu’accentuer.

Car qui dit adaptation, ne dit pas captation.

Mais sauf que voilà, ce huit clos bobo qui tire le portrait à des invités qui nous ressemblent tous un peu quelque part, ne passe pas le cap de l’adaptation cinématographique. Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, les auteurs, ont le châssis, mais pas de moteur. Mise en scène molle, montage hasardeux… Même là où certaines respirations et où certains temps devaient servir de ponctuation dans une salle de théâtre, ici elles sont anéanties pas des coupes faite à la hache. Le rythme et toute la mécanique boulevardiesque s’en retrouve assommées. On dirait que cette bande de comédiens est coincée, prisonnier de leurs corps et de ces caméras jamais placées au bon endroit, encombrante. Les comédiens sont pris en otage par une direction d’acteurs qui voudrait faire théâtre mais qui doit sonner ciné.

Bizarrement, le seul qui tire vraiment son épingle du jeu, c’est Charles Berling, seul comédien absent de la pièce lors des représentations au théâtre. Comme s’ il était le seul à avoir su réinventer son personnage. Et même dans une précédente adaptation dans laquelle il était l’un des personnages principaux, Cravate Club, il avait su adapter son jeu à la caméra. 

Et, paradoxe infernal, le texte est fort, moderne, intelligent parfois, drôle souvent.

C’est lui qui tient la barre, mais, une fois passé dans le spectre de la caméra, il en ressort piétiné, mal éclairé… 

Même si dans son Carnage, Polanski avait beaucoup raté, il avait su tirer le meilleur de la transposition théâtre-cinéma. Il était parvenu à lui donner un sens, un ton. Dans un registre plus boulevardier, Le dîner de cons, lui, avait le mérite de conserver autant de moments jubilatoires et de quiproquos à mourir de rire. Ce qui n’est évidemment pas le cas ici.

Il reste quelques moments de détente comme le pétage de plomb du personnage d’Elisabeth, joué par Valérie Benguigui, où les révélations de fin de soirée. Ce qui, il est vrai, ne pèse pas lourd.

C’est donc vers ceux qui ont eu la chance d’applaudir tous ces comédiens au théâtre Edouard VII, que je me tourne, avec cette question triviale mais au combien indispensable : quel était donc l’intérêt d’adapter cette pièce ?

 



Radiostars

Un film de : Romain Levy
Avec : Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal…
Distributeur : Mars Distribution
Durée : 1h40 min
Date de sortie : 11 avril

ON AIR…

Ben rêve de faire du stand-up. Après une tentative avortée à New York, il est de retour à Paris. Il va réussir à intégrer l’équipe de la matinale de Blast FM, émission la plus écoutée de France. Sauf que l’audience ne suit plus et la radio rétrograde en deuxième position. Pour reconquérir leur public, ils devront partir sillonner la France en bus à la rencontre de ceux qu’ils ont oublié : les auditeurs. L’occasion de faire le point sur les certitudes de chacun.

 OU PAS…

Pour tester ses vannes - Michel Hazanavicius le fait aussi - Romain Levy les lit d’abord à sa mère. Il serait de bon ton de la féliciter, car oui Madame, grâce à vos conseils, votre fils bouscule tout sur son passage. Les ondes tremblent : Radiostars est un premier film et c’est LE courant d’air très frais du moment. Choisissant de raconter sa propre histoire, le réalisateur nous plonge dans l’univers de la radio qu’il connaît bien pour y avoir travailler plusieurs années, comme auteur, avec son pote animateur, Manu Payet.

Les deux compères deviennent potes en comparant leurs amours sans fin pour des films oubliés de tous et des comédies américaines à l’humour potache et à l’ambiance copains d’abord. Judd Apatow en tête, réalisateur culte, pilier de la bande Adam Sandler, Will Ferrel, Steve Carrell and co.

Mais ne tombant pas dans le piège de les plagier, il bascule sur la fréquence vanne méchamment drôle, road-movie bien trempé et BO rock ultra sélect. Le ton est nouveau, les dialogues aussi aiguisés qu’un échange de ping-pong chinois, et les personnages attachants dès les premiers instants. Mais pour faire tenir le tout, il fallait les deux ingrédients magiques : un casting de folie, qui nous donne l’impression que cette bande de copains se connaissent depuis qu’ils sont nés, et un scénario calibré comme l’arbalète de Thierry La Fronde. Mathieu Oullion et Romain Levy, en tireurs d’élites de la vanne, usent  subtilement de leur envie de faire rire, pour la mettre au service des personnages, pour leur construire une identité propre qui les rende vrais, et aussi différents que complémentaires. Manu Payet en tête, explose complètement et s’éclate à fond dans ce rôle qui lui colle à la peau.

La radio ne devient alors vite plus qu’une toile de fond où les vrais enjeux se situent plus dans les rapports qui unissent ces potes-collègues et sur le mal qui les habite.

Peur de se faire prendre sa place pour Arnold, l’animateur vedette joué par un Clovis Cornillac aussi drôle que touchant, difficulté à trouver sa voie pour le post-ado Ben, maladie du trentenaire pour Alex, peur de vieillir pour Cyril… Une comédie dans l’air du temps, truffée de scènes cultes, comme celle dans la voiture de ce rappeur un peu paumé  où celle de la dispute avec sa femme au bord de la piscine.

 Et puis Radiostars regorge de ces moments qui nous font nous sentir bien. On appelle même ces films des « feel good movie ». 

Comme dans le bus où Manu Payet prend la guitare pour redonner le moral à ses troupes, où lorsqu’il lit pour la première fois les lignes de Ben, le jeune et prometteur auteur. Ces envolées majestueuses nous donnent envie de croire à nos rêves et à nos projets secrets. Ils sont une pommade magique contre le malheur ambiant.

On reconnait par pointe de couleurs le rythme d’un Garden State, de Zach Braff, d’une ambiance à la Presque célèbre, de Cameron Crowe et inévitablement l’énergie d’un Good Morning Vietnam, le film de Barry Levinson. Ajouté à cela l’héritage culturel des séries et de la pub, c’est dans cette surperposition « film d’auteur-film pop-corn », que le ton devient inédit.

Radiostars est l’exemple type de la mutation qui est en train de se produire en ce moment dans la comédie française : fédérateur, à hurler de rire et avec un vrai sens du récit et du montage - ici il est signé Stéphane Couturier, c’est son premier film et c’est un coup de maître.

 Moins qu’une Nouvelle Vague, plus qu’une Nouvelle Vogue, c’est une sorte de Nouveau Riff thermique, qui, dans la roue des Nakache - entendre le frère et la sœur - et Toledano, Gondry, Donzelli et Maïwenn, inonde nos salles d’un vent nouveau et d’un goût unique, qui, on l’espère, n’en est qu’à ses premiers balbutiements.

 



Sur la piste du marsupilami

Un film de : Alain Chabat
Avec : Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot, Géraldine Nakache…
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 1h45 min
Date de sortie : 4 avril 2012

 
Houba Houba…

Dan Geraldo est un grand journaliste envoyé en mission spécial en Palombie à la recherche DU scoop. Pour y parvenir, il se verra assigner un guide commis d’office, Pablito, avec qui il partira à la découverte de la plus folle des aventures : rencontrer le Marsupilami.

Marsupil or not to mi

Alain Chabat est un paradoxe à lui seul. Un équilibriste hors pair en grand écart permanent entre la contre-culture et le divertissement pour enfant ! Hara-Kiri qui déjeune avec Goscinny. Les frères Farrelly qui adapte Boule et Bill. Toujours avec un cœur gros comme ça, Chabat fait du cinéma comme Spielberg avec Indiana Jones : comme un enfant avec des jouets. Si possible les plus gros possibles. Il le reconnaît lui-même, impossible de réaliser un petit film en équipe réduite en dix jours de tournage. Même dans Didier il avait qualibré une séquence de folie au Parc des Princes. Ne parlons pas du délire égyptien sur fond de James Brown avec son adaptation d’Astérix, et le très raté, mais déjà culte, Rrrrrrhhh

Et comme Spielberg avec son Tintin, le réalisateur trainait l’idée depuis au moins le 14ème siècle, c’est dire…

Mais aujourd’hui c’est son rêve qui prend réalité : donner vie au Marsupilami dans une version fidèle à la BD de Franquin. Mais librement inspiré, avec, comme d’habitude des pétages de plomb version Les Nuls à la grande époque et des vannes bien grasses à la pipi-caca, qui feront rire les petits comme les grands. Jamais l’expression de 7 à 77 ans n’aura prit autant de sens avec son cinéma. Alors certes, moins de niveau de lecture possible, malgré tout, qu’avec Astérix, mais tout de même, ce Marsupilami flirte avec le potache ultra référencé et le film d’aventure qu’on va voir avec ses enfants le dimanche après-midi. Doux-mélange…

Ajouter à cela un Marsupilami « qu’on croyait qu’il n’existe pas, mais qu’il n’existe… » plus vrai que nature, on se dit que l’équipe d’effets spéciaux BUF n’a rien a envié aux grandes pontes Californiennes. Et bien sûr le casting : arme secrète du réalisateur. De Géraldine Nakache en Pétunia, à Fred Testot en botaniste, Lambert Wilson en dictateur fan de Céline Dion, la Palombie devient vite très attachante ! Jamel est plus que jamais un comédien mûr, toujours habilité à jouer sur le tableau du jargon debouzzien bourré de faute de frappe. Mais cette fois, avec  l’émotion en plus. Sa partition avec sa fille émeut et touche.

En bon chef d’orchestre, Chabat nous livre une œuvre sincère et attachante, hilarante par moment et divertissante, toujours. Le plaisir qu’il prend est réciproque, et les bulles de la BD de Franquin explosent comme des bulles de champagne tant le moment est agréable et pleins de couleurs.

On aime jamais tant Alain Chabat que quand l’enfant et le geek ne font plus qu’un, le tout au service d’un rêve qui nous rappelle à tous, que quelque part, il y a un enfant qui ne demande qu’à se réveiller. En avant la déconnade !

 



Les infidèles

Un film de : Film collectif
Avec : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain…
Distributeur : MARS DISTRIBUTION
Durée : 1h49 min
Date de sortie : 29 février 2012

L’homme est une femme comme les autres

L’infidélité et ses variations vues sous, presque, tous les angles.

Sexe, mensonges & libido

"Pour qui tu vas voter ?" est incontestablement la question qui revient le plus dans les foyers français et les dîners en ville. Mais sur le podium, s’est hissé un bon challenger : "T’es allé voir les infidèles ?" Presque 2 millions d’entrées en deux semaines, des discussions à n’en plus finir, les deux acteurs les plus chauds du moment et un collectif écriture-mise en scène sélectionné parmi la crème de la crème : Les Infidèles, c’est LA comédie décomplexée et glamour du moment.

Récemment oscarisé pour son incroyable performance dans le multi-récompensé The Artist, Jean Dujardin fait ce qu’il veut. Et quand il s’amuse, les spectateurs aussi. Car quel pari audacieux que d’explorer le monde de l’infidélité où la mise à nu, dans tous les sens du terme, est quasi obligatoire. Impossible de rester en surface d’un tel sujet. Il faut aller loin, oublier le politiquement correct, chercher l’excès, dans tout, partout. Sinon aucun intérêt. La substance viendra de l’abus des situations, de la lâcheté des hommes, de leur roublardise. Les deux compères règlent le problème d’un film qui serait trop lisse et qui ne pourrait explorer qu’une infime zone s’il était vu par une seule paire d’yeux. Donc bonjour les sketchs, qui sont au nombre de six et qui amènent toute la diversité disponible pour exploiter le filon, à fond.

Comme un hommage aux comédies italiennes des années 60-70, qui explorait cette formule particulière. D’autant que le côté Vittorio Gassman de Dujardin rendait l’inspiration encore plus légitime. Ajouter à cela l’audace et l’aspect irrévérencieux des films de Blier, et vous obtiendrez un mélange acide de caricature outrancière qui permet de repousser les limites dans les cordes.

Parti sur les chapeaux de roues, le prologue, vu par Fred Cavayé est « jouissifement » gras, beauf, macho et tellement drôle que le spectateur va devoir, dès le deuxième module, s’habituer à être balloté dans les montagnes russes d’un film pas si soleil que ça, où le drame et le côté obscur viennent noircir le tableau. L’une des meilleures partitions, celle d’Emmanuelle Bercot, voit un couple, Jean Dujardin et sa femme (à la ville aussi) Alexandra Lamy, en pleine confession intime. Elle, souhaite lui faire avouer qu’il a déjà été voir ailleurs, lui assurant que faute avouée serait complètement pardonnée, puisqu’elle est au dessus de tout ça. Les choses vont bien sûr se compliquer quand, lui, va vider son sac.

Idem pour le segment du réalisateur de la série OSS et de The Artist, Michel Hazanavicius, La bonne conscience, qui met en scène un loser qui lors d’un séminaire fait tout pour tromper sa femme mais n’y parvient pas. Une misère humaine et une solitude qui touchent et qui font mouche.

Pour relier ces histoires entre elles, des "pastilles", sorte de mini-courts-métrages, ponctuent tout le film, sorte de point-virgule ou respiration, pour rendre homogène et connecté tout l’ensemble. On peut regretter un assemblage  puzzle à minima, et quelques réalisations plus faibles, comme le Lolita de Eric Lartiguau.

De Géraldine Nakache à Sandrine Kiberlain en passant par Alexandra Lamy et Isabelle Nanty, les rôles féminins ne passent pas à la trappe et constituent un point d’équilibre parfait. Elles sont géniales.

L’ensemble peut donc parfois paraître inégal et se dégonfler comme un soufflé creux par endroits. Le dernier "voyage", à Las Vegas celui-là, avec aux commandes Jean Dujardin et Gilles Lellouche, redonne au film sa grâce grasse et potache, où les bornes sont explosées, pour laisser place à une scène aussi inattendue que brillante, pour conclure le problème.

Le courage revient donc à cette paire d’acteurs qui, alors qu’ils viennent d’asseoir une côte « bankable » et populaire, remettent tous les compteurs à zéro en osant ce que peu auraient osé faire.

Alors à quand une suite des Infidèles … au féminin ?

 



Torpedo

Un film de : Mathieu Donck
Avec : François Damiens, Audrey Dana, Cédric Constantin
Distributeur : BAC FILMS
Durée : 1h29 min
Date de sortie : 21 mars 2012

« C’est comme la vie, les vélos.

Michel Ressac a 35 ans, sans situation précise, il passe son temps à tout rater. Sa vie va pourtant basculer le jour où il reçoit un appel lui annonçant qu’il a gagné un repas avec Eddy Merckx, l’idole de son père. Une occasion innespérée pour renouer le dialogue et lui montrer qu’il peut réussir quelque chose.

Quand tu t’arrêtes, tu tombes. »

En Belgique, Torpedo désigne un rétropédalage. C’est aussi le premier vélo de beaucoup de belges. Ca tombe bien parce que c’est aussi le premier film du réalisateur Matthieu Donck. Et d’entrée il impose un ton. Plongeant ses personnages dans un road-movie nordique entre la Belgique et la France, il nous installe dans le camping-car ambulant plein de buée, de casseroles (François Damiens est camelot) et nous voilà partis pour une folle aventure ; Michel Ressac a en effet gagné un repas avec Eddy Merckx mais à une condition : se rendre dans un magasin de sofas avec sa jolie petite famille pour tenter de gagner le gros lot. Problème, il n’a personne. Il va donc devoir enlever le fils des voisins maboules et son ex, en couple avec un excité de la télécommande, et tenter l’impossible, donner l’illusion qu’ils forment une vraie famille. Sans dévoiler les surprises qui accompagnent cette grande évasion, le voyage géographique est évidemment la métaphore d’un cheminement intérieur que chacun des personnages va parcourir.

Une quête de la vérité très souvent drôle, souvent émouvante, mais quelque fois un peu larmoyante. En tête bien sûr, ce grand bonhomme, Michel Ressac, la rencontre parfaite de François Damiens et de François l’embrouille, personnage qu’il interprétait dans ses caméras cachées. Il porte vraiment le film sur ses épaules et s’impose enfin comme l’un des acteurs du moment. Fini les petites apparitions drolitiques de l’Arnacoeur et ses cafouillages linguistiques d’Oss177 ( moments malgré tout anthologiques !), celui qui explosa dans le cultissime Dikkenek crève l’écran en père de famille malgré lui. A ses côtés Audrey Dana confirme encore son côté douce dingue, elle a cet aspect borderline qui ajoute de la tension et de la nervosité à la narration. Très touchante, elle forme un duo aussi étonnant qu’évident avec François Damiens.

Un film tenu jusqu’à quelques égarements dans la dernière demi-heure.

Le retour aux sources pour mieux parfaire le passé en commun de cette fausse famille est un peu trop tire-larmes et laisse percevoir quelques longueurs. On perd le rythme et la cadence infernale du camping-car, et c’est quand même un peu dommage.

Malgré cette petite erreur d’aiguillage, Torpedo a un cœur gros comme ça, et nous rappelle le poignant Papa de Maurice Barthélémy, où quand les road movie franco-belges se réinventent, laissent parler les paysages jusqu’à leur donner une identité propre. Une True Romance pacifiste qui nous prouve encore que les personnages les plus largués restent encore et toujours, les cas les plus intéressants au cinéma.

 



Another Happy Day

Un film de : Sam Levinson
Avec : Ellen Barkin, Ezra Miller, Kate Bosworth, Demi Moore
Distributeur : Memento Films
Durée : 1h59min
Date de sortie : 1 février 2012

Mon père ce héros...

C’est pour le meilleur et pour le pire, que Lyn, accompagnée de ses deux plus jeunes fils, débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Famille reconstituée, vieux réacs, jeune drogué, belle-mère hystérique... ou la promesse d’un carnage annoncé.

Mon fils ma bataille.

Sam Levinson est un fils de Barry Levinson – Rain Man, Good Morning Vietnam – et comme une bonne partie des rejetons trentenaires, à qui on a du conseiller de régler leurs pas sur celui de papa, il y a sorte d’urgence à s’affranchir du cinéma paternel. Petit budget, premier long métrage, on est à fond dans le ciné indé – entendre cinéma indépendant – c'est explosif de liberté, avec tout le lot de personnages bruts de pomme que ça implique. Toute cette famille comporte tous les barges possibles mais la caméra n’intervient pas dans ce chaos familial. Elle ne juge pas. Elle observe. On est presque au théâtre, de l’absurde parfois. Sam Levinson installe un cinéma à 360 degrés. 

Le hors-champ se met à vivre, le son vient de derrière, la maison est en vie de tous les côtés. Une mise en scène pure, au service d’une certaine idée de la notion qu’on se fait de la famille aujourd’hui, et des îlots qui se créent au sein d’elle-même. Un peu comme si Tchekhov croisait Lars Von Trier. Laisser vivre et observer.  Et on passe du drame à la comédie en un claquement de doigts. Une scène en démine une autre. Tout ça en grande partie dû au casting, qui est la véritable carte maitresse du film. 

Chacun livre une partition engagée, charnelle et organique. Ezra Miller est redoutable, puissant, tout en retenue. Il insuffle une noirceur et un cynisme jubilatoire. Ellen Barkin est constamment border line, elle qui semble porter sur les épaules toutes les plaies de la terre. Elle énerve et épuise le spectateur. L’effet est à double tranchant. Kate Bosworth arrive un peu tard, mais apporte avec elle une lumière angélique, un souffle romanesque et onirique. Elle est une Juliette sans Roméo. Demi Moore, quant à elle, plus glamour que jamais, est déjantée et retrouve sa grâce et sa folie qu’elle n’a jamais perdue.

Another Happy Day est donc une petite rareté, un film de metteur en scène, libre, sans aucun artifice, au final libéré et désinhibé de toute question de production.

Spontané et troublant, vous serez balloté du rire aux larmes, agacé et conquis, ému et énervé. Un film qui ne vous laisse pas indifférent et qui vient, d’une certaine manière, dynamiter une certaine façon de raconter des histoires. Un beau film miroir à ne pas rater.

 



La vérité si je mens 3

Un film de : Thomas Gilou
Avec : José Garcia, Richard Anconina, Gilbert Melki…
Distributeur : Mars Distribution
Durée : 1h59min
Date de sortie : 1 février 2012

Le mensonge n’a qu’une jambe,

Eddie et toute sa bande sont de retour. Implantés à Aubervilliers, ils devront faire face à la crise et à de nouveaux concurrents : les chinois.

La vérité en a deux.

Après avoir bati leur réussite dans le Sentier et conquis la grande distribution, la joyeuse bande des cinq part à la conquête de Shanghaï. Véritable évènement de l’année 2012, La Vérité si je mens 3 était attendu au tournant. Et la verité, on est déçus. Le retour gagnant annoncé laisse quand même quelques grands moment en perspective : un Alzheimer passagé chez Maurice, le beau-père de Serge, un contrôle pour Patrick et une histoire d’amour à la clé, et un kiddouch mémorable chez le dernier venu, Hervé Cockpit, interprété par Cyril Hanouna. A part ça, ce troisième opus est une sorte de gros zapping de ce que le public pouvait attendre. Un enchainement de situations plus ou moins drôles et constamment survolé et des dialogues franchement mous du genou au regard des deux premiers. On aimerait s’attarder dans des quiproquos avec les chinois à Aubervilliers ou un Shabbat à Shanghaï. Il n’en sera rien. 

Les seconds rôles féminins sont anecdotiques voire inexistants et l’intrigue, bonne dans l’idée mais cousue de fil blanc, laisse quelque peu à désirer. La fin, quant à elle, n’en finit plus de résoudre les problèmes de chacun pour nous faire retomber sur nos deux pattes. Un numéro d’équilibriste pas finement maîtrisé qui laisse bien sûr la part belle à la chaleureuse équipe, mais la bonne humeur ne fait pas tout. A force d’avoir misé toutes les billes sur un scénario qui vaille la peine de remettre le couvert, il aurait certainement fallu revenir aux fondamentaux du premier volet qui creusait vraiment chacun de ses personnages. Rajouté à ça que les meilleures vannes sont dans la bande-annonce, la vérité 3, ce sera pas les champions du monde.

 



L'amour dure trois ans

Un film de : Frédéric Beigbeder
Avec : Louise Bourgoin, Gaspar Proust, Valérie Lemercier…
Distributeur : EuropaCorp
Durée : 1h38
Date de sortie : 18 janvier 2012


Marc : “ Les époux dînent, les amants déjeunent.”

Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Voici une bonne raison de commencer à écrie son premier roman, l’amour dure trois ans. Et puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il va croiser Alice, dont il va tomber amoureux.

Alice : “… Et les dragueurs rament.”

C’est l’événement de la rentrée littéraire... heu non, de la rentrée cinématographique. Frédéric Beigbeder devient cinéaste ! 
Nouvelle lubie sous ecstasy ou défi sérieux d’un jeune homme dérangé ?

En 1997 paraît un son troisième roman – très autobiographique - au titre génial : L’amour dure trois ans. Le livre est un succès, aussi bien critique que public, et reste néanmoins une de ses œuvres les moins trashs, les plus légères, et en façade, des plus désabusées sur le plus grand sujet de la littérature, l’Amour.
Quinze ans après, pourquoi lui et pas un autre pour le coucher sur pellicule, un vrai metteur en scène qui storyboard ses plans, qui sait diriger un acteur, qui découpe son film, qui a le sens du récit filmique ? Parce que ce roman, bien plus qu’un autre, il était le seul à pouvoir l’adapter infidèlement. Il était le seul à pouvoir se permettre de l’ajuster de la sorte, avec sa caméra-stylo, qui, quinze ans après, vient rajouter des éléments inédits absents du roman – on découvre les parents de Marc Marronnier, on découvre les joies de l’écriture et surtout de l’édition d’un premier roman… – Et puis surtout, Beigbeder est un grand cinéphile, un adepte des films de Woody Allen et des comédies romantiques à la Quatre mariages et un enterrement. Cette rythmique, il la connait. Cette cadence comico-romantique coule de sa plume et insufle à son film légèreté et originalité sans pervertir le ton, caustique et cynique du roman à la formule magique :

"Au XXIème siècle, l’amour est un SMS sans réponse"
"L’adultère rend adulte" 
"La 1ère année on achète des meubles, la 2ème année, on déplace les meubles, la 3ème année, on partage les meubles."

A partir de là, toutes les raisons sont bonnes pour y aller, à commencer par le couple Louise Bourgoin / Gaspar Proust. Lui, Marc, avance nonchallement un pied devant l’autre depuis que sa femme, Anne, l’a quitté après trois ans de mariage. Il publie son premier roman sous pseudo et elle, Alice, ce roman au titre bidon - L’amour dure trois ans - elle le déteste. Mais eux, ils vont tomber amoureux. Et elle, elle est mariée à son cousin. Mais lui il n’a " jamais été trop famille." 

Ils sont donc irrésistibles tous les deux, aussi désinvoltes et craquants qu’un Hugh Grant et une Cameron Diaz. Valérie Lemercier est géniale en éditrice manipulatrice. Pour les nostalgiques, Bernard Menez et Anny Duperey sont les madeleines de Proust d’un certain cinéma français et le couple Frédérique Bel / Jonathan Lambert ne manque pas de piquant. Et puis il y a cette surprise de Joey Starr…

Alors même si quelques petits bémols viennent froisser la copie - quelques apartés lourdes, des scènes entre potes beaufs qui tombent à plat - L’amour dure trois ans est une réussite, un vrai bon moment de comédie. Beigbeder a fait encore mieux que de transposer son roman à l’écran, il l’a rendu meilleur. Et plus que jamais, sous ces airs de scientifique-insensible-people de l’amour, il se révèle évidemment d’une grande sensibilité. Car la durée de l’amour n’est finalement pas ce qui compte, mais bien son intensité. Enfin presque...
Le débat est ouvert.

 



Parlez-moi de vous


Un film de : Pierre Pinaud
Avec : Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Nadia Barentin
Distributeur : Diaphana DistributionDurée : 1h29min
Date de sortie : 11 janvier 2012

Radio Galaswinda......
A 40 ans, Mélina est la voix la plus célèbre de France. Tous les soirs elle règle les problèmes sentimentaux de ses auditeurs. Mais personne ne connaît son visage. Dans la vie elle est seule et évite tout contact avec les autres. Partie à la recherche d’une mère perdue, elle va devoir faire de nouvelles rencontres…

Bon'jour' !!
Parlez-moi de vous est un premier film. Sujet sympathique, une animatrice radio qui a réponses à toutes vos questions mais pas aux siennes, une rencontre improbable avec un très bon comédien, Nicolas Duvauchelle - il livre ici une prestation au coeur tendre, loin des bad boys habituels, où le vernis craque encore un peu plus une palette de très bons seconds rôles et surtout une comédienne géniale, Karin Viard. Recette idéale, alchimie plutot réussie, oui, mais non. Le film n’est pas à la hauteur de son talent. Les cassures de rythme ne sont pas assez maitrisées, la partie radio pas assez fouillée et trop anecdotique et à défaut d’être imprégné de sa solitude, c’est nous qui nous sentons un peu seul dans notre ennui. La rupture émotionnelle entre cette mère et cette fille se veut sur-accentuée par le clivage géographique - la banlieue et le seizième, le beauf et la bourgeoise...
Tout ça paraît vite un peu trop scolaire.

Et c’est dommage, parce qu’il reste de beaux moments d’humanité, comme ces discussions avec Lucas, les non dits avec cette mère qui ne s’attend pas à revoir débarquer sa fille, et puis cette passion qui anime plus que jamais Karin Viard. Paradoxalement, on lui trouve dans ce genre de film – à l’instar de Polisse – une énergie nouvelle, elle cherche, elle tente de nouvelles choses, elle s’amuse. Elle prend le film en main avec toute sa sensualité, sa force et sa puissance.
Mais Pierre Pinaud rend le tout trop lisse, trop terne.

La complexité évidente et assez bien filmée du couple Lucas / Claire, ne parvient pas à donner assez de relief au film. Ce personnage hitchcokien par aspect, lunaire sous d’autres, nous laisse indiférent. Et c'est bien le sentiment qui nous reste quand on quitte la salle.
Vraiment dommage. 



Mission : impossible - Protocole fantôme


Un film de : Brad Bird
Avec : Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 2h13 min
Date de sortie : 14 décembre 2011

Entreprenez l'impossible...

L’agence IMF est impliquée dans un attentat terroriste contre le Kremlin et se voit donc complètement dissoute. Sur ordre du président, l’agent Ethan Hunt va devoir mener à bien la mission impossible, baptisée “Protocole Fantôme”, qui consiste à blanchir l’agence et déjouer des nouvelles menaces d’attentats. Il va devoir composer avec une toute nouvelle équipe, comme lui, de rescapés.

 ... l'impossible fera le reste. (François Cariès)

Voyage en eaux troubles donc pour cette nouvelle mission souterraine, qui, à l’instar de tous les agents et super héros du cinéma actuel, se positionne en marge des règles, sort du cadre hiérarchique. De James Bond à Batman, en passant par Spider-Man et bientôt les classiques de Disney, l’heure est venue de passer du côté obscur, de s’affranchir des institutions et laisser parler l’esprit de vengeance et la passion qui anime nos icônes cinématographiques, jusque là bien droites dans leurs bottes.

L’agent Hunt n’en est pas encore là, mais tout de même, c’est la première fois qu’il se sent aussi seul. Le mot d’ordre : “Pas de plan. Pas de renforts. Pas le choix.” Ce qui laisse une faible marge de manoeuvre.

Un nouveau départ pour ce quatrième opus qui disons-le d’emblée, est le meilleur de tous. La version De Palma était la moins glamour, la plus psycho et la plus grisâtre. Celle de John Woo, un dessin animé sur fond de flingues et de motos qui volent au ralenti sur un étalonnage très Orange Mécanique et enfin, la meilleure jusqu’à présent, celle de J.J.Abrams, qui avec son découpage épileptique, son méchant terrifiant et son rythme effréné, offrait à la franchise ses plus beaux moments.

C’était sans compter sur l’arrivée d’un poulain de l’écurie Pixar, Brad Bird, réalisateur des Indestructibles, bien décidé à jouer aux grands enfants et à ouvrir la boite à gadgets si longtemps refermée. En effet, ce Protocole Fantôme, au scénario à tiroirs bien pensé, passe les trois premiers épisodes à la moulinette pour en extraire une sorte de copie de luxe où tous les ingrédients de la saga "Mission Impossible" sont sublimés. Suspense, gags (Simon Pegg est à mourir de rire), trouvailles scénaristiques, cascades hallucinantes (celles de Dubaï est déjà culte). Tom Cruise, fidèle à lui-même, court toujours autant. La recette a été suivie à la lettre et une dose de James Bond et de Jason Bourne pour la cadence et l’anonymat, ont été légèrement saupoudrés sur le dessus.

J.J.Abrams encore présent à la production n’y est d’ailleurs certainement pas pour rien.

Un épisode dans la foulée du précédent avec plus de légèreté, comme le préconisait la série créée par Bruce Geller, qui fut diffusée sur CBS pour la première fois le 17 septembre 1966.

Plus de trente ans ont passé, et scotché à votre fauteuil de bout en bout, vous ne regretterez pas ce Mission Impossible – Protocole Fantôme, qui sera parfait pour finir ou commencer l’année.

Quant à 2012, je vous souhaite de belles et douces histoires et de beaux rendez-vous cinématographiques.



Des vents contraires


Avec : Benoît Magimel, Isabelle Carré, Antoine Duléry...
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 1h31 min
Date de sortie : 14 décembre 2011

Lorsqu’un être vous manque…

La vie de Paul va basculer le jour où Sarah, sa femme, disparaît.
A bout de souffle, il part avec ses deux enfants rejoindre son frère à St Malô pour tenter de repartir de zéro.

… tout est dépeuplé.

Un livre d’Olivier Adam, c’est comme une lame de fond qui vient aspirer vos sentiments les plus enfouis. C’est comme une baïne ???? où vient tourbillonner liberté et chagrin, envie de vivre et quête de l’absolu. Mais sous couvert d’une grisâtre du nord, comme une tempête sous crâne. Je vais bien ne t’en fais pas, son premier roman, et Poids léger, son troisième, avaient fait l’objet d’adaptations au cinéma. L’écrivain est aussi le co-scénariste de Welcome, de Philippe Lioret. Donc l’homme est souvent passé de l’autre côté de l’écran. Vint le tour Des Vents contraires.

Et une fois encore, tout est juste. Tout est au servive du mot et de l’émotion. Jamais trop, jamais dans le pathos, tout dans la retenue et les non-dits. Il y a sur ces vents contraires un souffle de fraicheur, un mistral gagnant. Comme un Nanni Moretti avec La chambre du fils, Jalil Lespert filme la froideur, le silence, la peine. Cet exil breton censé être salvateur nous installe comme sur le siège arrière. On est là sans être là. On devient le témoin, mais toujours à la bonne distance. C’est l’écrivain lui-même qui est allé chercher le jeune metteur en scène dont c’est seulement le deuxième film et il est clair que la démarche est récompensée par une sincérité et un engagement profond de ne pas pervertir l’œuvre originale. D’en percer les secrets. Le réalisateur s’affranchit des références, et pose minutieusement sa caméra en bon observateur, toujours avec le bon dosage pour rester concentrer sur les états d’âmes de ces personnages. Benoit Magimel, qui connaît bien Jalil Lespert pour avoir joué dans 24 mesures, est entier, brut comme un rocher sur laquelle la mer viendrait taper. Il nous bouleverse. Cette fraicheur vient aussi des seconds rôles, aux visages nouveaux : Ramzy est magnifique, Isabelle Carré est lumineuse et Antoine Duléry encore une fois impeccable. 


Un peu comme la Bostella d’André Bostel, Des Vents contraires est une “Alternance de joie et de peine, d’allégresse et de contrition” où l’horreur et l’injustice de la vie viennent se heurter aux surprises et aux rencontres, et où malheur et bonheur viennent parfois s’enmêler. Une bourrasque bretonne qui vous remet droit dans vos baskets.



Carnage


Un film de : Roman Polanski
Avec : Kate Winslet, Christoph Waltz, Jodie Foster, John C.Reily
Durée : 1h20min
Date de sortie : 7 décembre 2011 

Appartement à céder.

Dans un parc de New York, lors d’une dispute, un enfant en blesse un autre. Les parents vont se rencontrer pour tenter de régler le problème.

Beau meublé tout équipé.

Autant être clair rapidement, ce Carnage n’en est pas un. Tiré de la brillante pièce de Yasmina Reza, le nouveau Polanski est un huit-clos. Génial alors, c’est sa spécialité diront les Polanskinados ! Décortiquer les âmes, analyser les corps, décortiquer les pulsions, enfermer les gens pour mieux les disséquer, les scruter, les pousser à la faute, faire sauter le vernis du politiquement correct, c’est le maître ! Dans Rosemary’s baby, le diable s’incruste dans le loft de Mia Farrow, dans Répulsion, il ne faisait pas être bon le voisin de Catherine Deneuve, dans Le locataire, c’est Polanski lui-même qu’on embête dans son appartement et dans La jeune fille et la mort, Sigourney Weaver va séquestrer son bourreau. Polanski aime que ses personnages soient ensemble, proche d’eux et de lui. Les enfermer entre quatre murs lui donne le luxe de les mettre en cage pour mieux se concentrer sur leurs émotions, leurs visages, leurs mouvements. Pour que le lieu s’efface et qu’il ne reste plus que l’essentiel : les personnages. 

Ils vont muter, se transformer, à la fois physiquement et émotionellement. A ce jeu là, les deux couples bobo et bourgeois, excellents, les répliques font mouche, et la force de cette confrontation réside dans le fait qu’aucun ne l’emportera, puisque la vérité est en chacun d’eux, sauf qu’isolés dans leurs idées et dans leurs vies, ils ne sont que des îlots caritacuraux. Alors oui on est ébahi par l’intensité de leur jeu, mais non on n’est pas bluffé par la mise en scène de Roman Polanski. 

Il ne choisit pas d’angle d’attaque, aucun point de vue. C’est un parti pris ? Non, c’est un problème. L’exercice de style se transforme en pétard mouillé et ne produit pas l’effet escompté. On attend du délire, que ça parte en vrille, que le sifflement de la marmite nous perce les oreilles, que la démence leur attaque le cerveau. Rien. Juste une comédie de boulevard de luxe. Une parenthèse dans la filmographie enchantée d’un Roman Polanski qui s’est fait plaisir en oubliant au passage son public. 
      



Toutes nos envies


Un film de : Philippe Lioret
Avec : Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes
Distributeur : Mars Distribution
Durée : 2h 00min
Date de sortie : 9 novembre 2011

Le juge est une femme…

Claire est une jeune juge au tribunal de Lyon. Alors qu’un jour se présente à la barre une de ses connaissances à qui on demande de l’argent, elle va se lancer dans un combat contre le surrendettement. Elle va entraîner dans sa course contre les sociétés de crédits, le juge désenchanté Stéphane. Mais la maladie va rentrer dans le jeu et la lutte va se rêvetir de nouveaux enjeux.


Et à part ça tout va bien.

Librement adapté du poignant roman d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, Toutes nos envies marque ici la troisième collaboration entre Philippe Lioret et Vincent Lindon et s’inscrit dans la continuité de la filmo d’un réalisateur en lutte, après le très réussi Welcome, qui avait pour thème l’immigration clandestine et le sort réservé à ces derniers, et Pas d'histoires ! 12 regards sur le racisme au quotidien. Tenue correcte exigée (1997) ou encore Mademoiselle (2001) l’avaient révélé au grand public. Son plus grand succès à ce jour reste Je vais bien ne t’en fais pas, avec Mélanie Laurent. Toujours du côté de ceux qui restent, des indignés et des laissers pour compte, Lioret pratique un cinéma de résistant. Ici il est  question de justice sociale et d’urgence de vivre dans ce combat que mène la belle Claire, jouée par Marie Gilain, comédienne décidément trop rare. Elle joue sa partition tout en retenue, avec subtilité mais avec une puissance contenue et beaucoup de force. Pour lui faire face dans ce double combat, maladie et justice, Vincent Lindon endosse les habits de père, d’amants, de meilleure copain, de copines, d’alter ego au boulot, enfin de tout ce que ne peut plus faire un mari presque trop parfait, vrai homme de maison, trop loin des rêves de sa femme. Il est comme à son habitude, charismatique, humain et très touchant. 

Face à eux, et voilà surement le vrai point fort narratif du récit, la jeune femme dont le procès est en cours et défendu pas les deux juges, va prendre de plus en plus de place dans la vie deClaire et de sa famille, jusqu’à venir habiter à la maison. Mention spéciale à la jeune Amandine Dewasmes, qui devient vite ce que Claire n’est plus et surtout forme le ying et le yang avec papa bobo. Par contre, il faudrait penser à arrêter de refiler tous les rôles de femme aimante qui n'ose jamais l’ouvrir à la très talentueuse Pascale Arbillot, à la palette de comédienne très colorée.

Mais malheureusement ça s’arrête lâ. Rien ne passe. Philippe Lioret ne retrouve pas la puissance émotionelle de Welcome, et cette grâce qui l’avait touché dans Je vais bien ne t’en fais pas n’opère plus. Trop sentimentaliste, trop d’effets, trop de lourdeur, rendent sa mise en scène indigeste et rende le propos caricatural. Un mélo qui se met à vite peser des tonnes.

Ajouté à cela que beaucoup de scènes sont trop longues et annulent l’effet qu’elles devraient avoir sur le spectateur. L’émotion ne passe pas, elle reste coincée entre les personnages. Comme si l’écran filtrait nos larmes, comme si le metteur en scène prenait trop de place. 
Comme si tout ça était aussi dommage que larmoyant.
     



Intouchables


Un film de : Eric Toledano & Olivier Nakache
Avec : François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny 
Distributeur : Gaumont distribution
Durée : 1h52min
Date de sortie : 2 novembre 2011

Pas de bras,

Après un accident de parapente, Phillippe devient tétraplégique.
Tout juste sorti de prison, Driss va devenir son auxiliaire de vie. 
Le début d’une histoire folle va commencer.

Pas de chocolat.

C’est de complètement phénoménal que l’on peut qualifier le démarrage en trombe du nouveau film du tandem de choc, Nakache/Toledano. Il a laissé tout le monde sur la grille de départ. Film coup de cœur, antidote contre la dépression, magnifique, merveilleux, magique, les superlatifs pleuvent face à ce déluge de vannes et d’émotions qui vous bouleversent de bout en bout.

Basé sur les vrais Philippe Pozzo di Borgo/ François Cluzet et Abdel Sellou/Omar Sy, la force et le courage du film réside à user de politiquement incorrect quitte à pouvoir rire de tout, pourvu que se soit drôle. Mis KO technique, le cliché du riche contre le pauvre tourne au vaudeville clownesque où le seul objectif est de confronter deux mondes qui n’ont à priori rien à voir, le banlieusard noir autodidacte et le bougeois coincé tétraplégique, pour en extraire des comiques de situation à hurler de rire et une soif de connaissance de l’autre. Où comment organiser un repas avec Earth Wind and Fire et Vivaldi.  De la bonne humeur jamais démago. Mais surtout, la magie vient de cette rencontre inatendue, celle de deux immenses comédiens qui se sont aprrivoisés et incarnent ce binome de manière irrésistible. François Cluzet et Omar Sy sont d’une sincérité redoutable et d’une folle générosité.  On pleure, on rit, la recette fonctionne à merveille et les personnages secondaires sont délicieux. 
La mise en scène, jamais dans le pathos, est toujours légère, servit par un montage soutenant toujours la vanne et n’appuyant jamais les séquences plus intimes pour mieux laisser jaillir l’émotion. 
On se laisse à penser que certains fous rires ne sont pas du cinéma et très vite, on ne voudrait jamais que ça s’arrête.

Les réalisateurs de Nos Jours heureux et plus récemment de Tellement proches, combinent avec Intouchables leurs gimmicks principaux : l’humour, la famille et la différence. 
Leur patte, c’est de créer de la proximité entre les personnages et le spectateur. C’est d’être terriblement moderne et encré dans la vraie vie. 

Leur force, est bien toujours d’arriver à fédérer un public, toutes générations confondues, qui trouve dans chacun de leur film un nouveau rendez-vous dans lequel se sentir bien. Nakache et Toledano sont devenus la nouvelle potion magique du cinéma français, en route vers un nouveau record. 
C’est tout le bien qu’on peut leur souhaiter.
     



La source des femmes


Un film de : Radu Mihaileanu
Avec : Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna…
Durée : 02h04min
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie cinéma : 2 novembre 2011
 
Y’a du soleil et des nanas…
 
Dans un village arabe, quelque part dans les montagnes du Maghreb, ce sont les femmes qui partent, par un chemin sinueux et dangereux, chercher l’eau à la source. Après une chute, l’une d’entre elles fait une fausse couche qui déclenchera leur colère. Pour mener la révolte et s’opposer à cette injustice, la jeune Leïla propose de faire la grève du sexe : plus d’amour jusqu’à ce que les hommes aillent eux-mêmes chercher l’eau à la source.
 
Tarlatirladada…
 
Radu Mihaileanu se fait connaître du public avec Train de vie et son faux train de déportés, du grand public avec Vas Vis et Deviens et son faux juif falasha qui part en Israël, et enfin du très grand public, avec le Concert et sa fausse chorale.
Mais avant d’être Milhaileanu il est Bechman, comme son père juif, communiste, déporté et évadé. Il apprend qu’il est juif à l’âge de 5 ans.
"Je n’ai pas su tout de suite ce qu’une telle révélation signifiait. Mes parents n’étaient pas religieux. Je racontais la nouvelle à tous mes copains et l’un d’eux m’a dit: Je ne serai plus jamais ton ami.Ce jour-là, j’ai compris qu’être juif pouvait être dangereux".
 
Alors à défaut de pouvoir être-lui même, il est devenu les autres en ayant toujours en tête, cette quête d’identité et de soi-même. Mais, comme pour conjurer le sort, il garde dans son coeur cette mission de faire passer du beau, à n’importe quel prix.
La source des femmes en est une fois de plus la preuve. Comment parler des problèmes hommes-femmes, des interprétations improbables du Coran et des clivages des mentalités ? En utilisant le symbole de l’eau. De cette source qui est celle de l’amour qui va réunifier ce village, mais aussi tous les hommes et les femmes de la Terre. Le résultat est-il aussi réussi que l’intention ?
 
Radu aime ses comédiennes, et il a raison, parce qu’elle sont toutes fantastiques. Leïla Bekhti en tête, qui affine encore son jeu, pour le rendre plus puissant et plus fort, elle est lumineuse. Hafsia Herzi, Biyouna, tellement drôle, et Sabrina Ouazani, apporte quant à elle de la fraicheur et de la vitalité à ce conte de femmes, à cette fable rayonnante. Mais qu’est ce qu’il les fait parler ! Toujours, trop. A tout vouloir expliquer, justifier, toutes ces bonnes intentions débordent car personne ne ferme le robinet. Une sorte de Claude Lelouch, dans ses mauvais jours, qui ne sait pas dire STOP devant tant de beauté. Comme impatient de déverser au monde le vrai message du Coran et ce que pensent les femmes soumises, il manque de subtilité, de simplicité, dans ses dialogues et dans sa mise en scène, parfois trop mécanique. La caméra est là, on la sent, trop lourde et trop présente.
Et puis La source des femmes est un conte et en même temps un drame, mais aussi une comédie. Traiter tout ça en même temps pourquoi pas, mais il faut une cohérence pour que l’émotion nous atteigne, il faut une unité dans le discours, un étalonnage de l’intention.
 
Et c’est là que le bât blesse. On reste spectateur, on n’est pas envahi, on ne sent pas les saveurs, les odeurs, on ne pleure pas, on rit un peu, mais pas assez. On reste un pied dedans, un pied dehors. Comme à une sorte de carrefour émotionnel duquel on ne se lancerait jamais vraiment dans une direction à défaut d’avoir le choix entre toutes. Le cinéma, ce n’est que des parti pris, et il eut été plus judicieux de s’engouffrer dans une direction dramatique plus forte, et d’y rester.
 
La source des femmes, au lieu d’être un joli film qui milite pour la paix, aurait pu devenir un film important, un film majeur.
     


Drive

Un film de : Nicolas Winding Refn
Avec : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston
Durée : 01h40min
Distributeur : Wild Side Films / Le Pacte
Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie cinéma : 5 octobre 2011
 
 
So Fast,
 
Surnommé Driver, un jeune homme solitaire est cascadeur pour le cinéma le jour, et pilote pour divers braquages la nuit. Sa voisine, Irène, attend le retour de prison de son mari.
Leurs routes vont se croiser et tous vont se retrouver mêlés à un casse qui tournera mal.
 
So Furious.
 
Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, une femme porte plainte pour publicité mensongère contre la production du film Drive, jugeant que la bande-annonce lui avait laissé présager que le film qu’elle verrait serait truffé de courses poursuite en voiture. Elle a visiblement été déçue. Grande première donc, en attendant le verdict qui n’a pas été rendu.
 
Vous voilà ainsi prévenus, Drive a autant de point en commun avec Fast and Furious qu’avec La soupe au choux.  Prix de la mise en scène à Cannes, Nicolas Winding Refn crée une œuvre incandescente et effervesente. Elle se dissout en vous. Petit à petit elle vous envoûte. Ralenti, dillatation du temps, rêverie visuel, Drive est un plat de gourmet, une aventure intérieure tout en flux tendu. Une sorte de Bostella minimaliste où l’on entendrait presque le rythme cardiaque de ce Driver résonner en vous. Parce que pilote c’est un prétexte. Parce qu’un héros, c’est pas un piéton. Et puis un héros c'est lui le meilleur, c'est une sorte de cavalier noir qui ne parle pas, qui a ses lois, ses règles, solitaire, et qui ne fait confiance à personne. Sa voiture, le spectateur s’en fiche, le vrai bolide, c’est le personnage, le chassis, c’est son corps. Influencé par Bullit de Peter Yates et Point Blank, de John Boorman, entre autres, le réalisateur danois façonne le portrait d’un dur à cuire au cœur tendre qui va devoir maintenir le cap, suivre les ordres de son GPS interne.
 
L’occasion aussi de réfléchir à notre rapport à la violence, comme dans ces précédents films, de la sérié Pusher, à Bronson et Le Guerrier silencieux Valhalla Rising, Winding Refn construit des personnages à la mythologie moderne et à la fureur du dragon. Comprenez faut pas les embêter. Dans le rôle de ce soldat de la pensée très carthésienne, Ryan Gosling, le nouveau chouchou d’Hollywood, le volcan en ébulition de la planète cinéma. Il est tendu, à point, bouillant, et redoutable en pilote qui rêve d’ailleurs en écoutant sa musique dans sa voiture en arpentant le bitume qui ne change jamais de couleur. Surtout à Los Angeles. Comme un Michael Mann filme son taxi dans Collatéral et son ambiance pesante dans Heat, il y a du tragique qui coule dans les veines du film. La musique et le son sont dramatiquement chargés, comme si la fin ne pouvait être belle, comme si Roméo ne pourrait retrouver Juliette dans cette étendue fluorescente qu’est cette ville si dure à bien filmer. Parce qu’il y est aussi question d’amour avec la belle Carey Mulligan, tellement touchante dans son emprisonnement mental, quand elle regarde ce Driver dans les yeux, sans parler, comme ça. Drive devient alors une ballade fantomatique dans les rues de la cité des anges, où ses habitants ne se touchent pas, ne se voient pas. Et puis parfois un miracle, deux routes se croisent. Mais à quel prix ?
     



The Artist

Un film de : Michel Hazanavicius
Avec : Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman...
Durée : 01h40min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 12 OCTOBRE

 

Du temps du muet il y avait de la musique...

En 1927, à Hollywood, la grande vedette du cinéma muet, c'est George Valentin. Son destin croisera celui de la belle Peppy Miller, jeune figurante qui rêve de devenir comédienne. L’arrivée du parlant va signer l’arrêt de mort du premier, et propulser au rang de star la deuxième.

maintenant aussi... mais on ne l'entend pas... les gens causent tout le temps ! (Jean Renoir)

C’est bien de courage, d’audace et de sincérité qu’il aura fallu pour faire exister ce projet fou. Ayant rencontré de nombreux obstacles durant sa fabrication, The Artist, le film muet du XXIème siècle, est un cadeau magnifique et expérimental pour un spectateur qui mange du film à la pelle, sans trop parfois se demander ce qui les différencie tous. Et c’est bien là que se produit le miracle : nous refaire (re)découvrir l’essence même de l’émotion, ne garder que l’essentiel d’un art qui a cent ans mais qui a subi tant de bouleversements. A l’heure du mattraquage en 3D-Imax-HD, voilà que Michel Hazanavicius, l’homme postiche des OSS117, livre sa déclaration d’amour au cinéma. Faire disparaître les mots pour mieux faire danser ses acteurs. Ou comment mettre les technologies d’aujourd’hui au service d’une cause plus noble : rendre hommage, sans jamais copier. A grands coups de références (entre autres) à Fritz Lang, John Ford, King Vidor, Tod Browning, Friedrich-Wilhelm Murnau ou même Hitchcok, la réalisation s’attache à retrouver les saveurs d’antan sans jamais plagier. La lumière de Guillaume Schiffman est vibrante d’émotion, les extérieurs sur Sunset et les plans en studios nous font rêver comme des gosses et apportent au film toute son âme et une véritable légitimité à une œuvre qui n’est pas une coquille vide.

Et pour servir cette technique parfaitement maîtrisée, la prestation de Jean Dujardin, Prix d’interprétation à Cannes, est du travail d’orfèvre. Il construit son personnage, il l’invente de toute pièce. On peut voir des ressemblances avec ces personnages de Brice de Nice ou même de OSS 117, l’agent très spécial. Il joue avec son corps, devient propriétaire de son rôle, et prend un plaisir énorme. Ca se sent et ça envahit tout l’écran. Bérénice Bejo est craquante et voit là son premier vrai grand rôle. Le reste de la palette est haute en noir et blanc, John Goodman en tête, parfait comme toujours, dans un rôle de gros producteur au cigare à l’affût du gros coup.

Mais il faut être franc, si l’objet est une œuvre unique et magnifique, le cinéma muet est comme le système nerveux, il a ses limites. Une heure et quarante minutes, ça épuise, surtout si vous avez eu une journée difficile. Votre rythme cardiaque a besoin de se synchroniser, de se caler sur le tempo du film pour que vous puissiez vous sentir voyager. On peut lâcher parfois, mais ce n’est que pour mieux revenir dans des moments de grâce, comme cette scène dans la loge de George Valentin où Peppy Miller plonge sa main dans sa veste au porte manteau. Ou comme dans les mille autres dont il faut vous laisser la surprise de découvrir. De la poésie on vous dit…
     


Polisse
 


Un film de : Maïwenn
Avec : Karin Viard, JoeyStarr, Marina Foïs…
Durée : 02h07min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma : 19 octobre 2011
  
Tout, tout, tout…
 
Comment ces flics de la BPM ( Brigade de Prtotection des Mineurs) trouvent-ils un équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle ? Quel est leur quotidien ? Qui sont ces héros de l’ombre ?
 
Vous saurez tout sur la Polisse. 
Polisse est la bombe en forme de Prix du jury du dernier Festival de Cannes. Le nouveau et troisième long métrage de Maïwenn est puissant, émouvant et drôle. Issu de cette nouvelle tendance cinématographique où il faut filmer vite, beaucoup, avec une petite équipe, être au plus près, faire disparaître la caméra, la réalisatrice impose d’entrée la cadence. Elle donne une urgence à son propos dont la résonnance est immédiate et fulgurante. Dans ces vies brisées par les viols et cette maltraitance des mineurs trop souvent silencieuse, le salut peut venir de ces hommes et ces femmes qui travaillent sans relâche, impuissants souvent, habités tout le temps, à tenter de redresser le monde en sauvant ces enfants. Un thème aussi fort se devait d’être filmé et joué avec la même intensité, la même fulgurance. Maïwenn apporte cette patte documentaire-fiction-vérité et ce grain nerveux et vif à l’image pour que le spectacteur prenne la place, incarne le sixième homme de l’équipe.
 
On devient en quelque sorte ce photographe reporter, interprété par la réalisatrice elle-même, qui reste en retrait de l’équipe mais qui va elle aussi, peu à peu, se faire happer par ce quotidien prenant, où chacun doit mettre tout son cœur et toutes ses forces dans un combat quelque fois perdu d’avance. Les comédiens sont époustouflants de sincérité et cette envie de donner, toujours plus encore, crève l’écran. Joey Starr en tête, il est bouleversant, touchant et toujours animal, à fleur de peau, écorché vif. Il n’y a que les yeux de sa Maiwenn pour dompter le fauve et le faire sortir de sa cage.
Sa caméra l’a apprivoisé. Reste la bande de seconds rôles qui n’en sont pas, aucun remplaçant, tous sont titularisés, chacun renvoie la balle à l’autre avec l’énergie d’une jeune équipe qui aurait une fraîcheur de débutant, mais le talent d’un vieux de la vieille. Marina Fois, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot et Carole Rocher forment un cinq de départ en harmonie cinématographique totale. Jérémie Elkaim et Arnaud Henriet apportent cette légèreté et ce petit supplément d’âme. Plus qu’une réussite, c’est un électrochoc, une bombe à retardement. L’onde de choc se propagera en vous assez longtemps pour que ce film et ses héros s’imprègent en vous. Du grand cinéma qui mêle tout ce que l’on aimerait voir plus souvent, de la rage et du talent et une mise en scène aussi forte que son sujet. Trop fort.
     


La guerre est déclarée
 


Un film de : Valérie Donzelli
Avec : Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm...
Durée : 01h40min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie cinéma : 31 août 2011
 
Apocalypse Now…
 
Roméo et Juliette vont devoir faire face à la terrible maladie de leur fils Adam.
 
With love.
 
Si pour Truffaut, sa réponse à la question : le cinéma est-il plus important que la vie, il répondrait le cinéma, devant la Guerre est déclarée on est en droit de se demander où on en est. Basculant dès les premières images dans cet état quasi hypnotique d’avoir envie de vivre plus fort que tout et il nous vient tout à coup une envie de soulever des montagnes. Ca sent la liberté, la vraie ! Présenté à la semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, le deuxième long-métrage de Valérie Donzelli est un bijou dans ce qu’il a de rare et d’unique.
Couple à l’écran, nos deux Roméo et Juliette l’étaient aussi à la ville jusqu’à ce combat mené contre la maladie du petit Adam qui va bouleverser leur vie. Un combat finalement gagné, au prix de leur rupture.
 
La guerre est déclarée à cette urgence des films importants, des films tournés avec les tripes. Petite équipe, petit budget, pas de caméra un appareil photo, tout est brut, pure. L’aspect documentaire flirte avec le cinéma mais c’est surtout dans un astucieux mélange de formes que les deux se complètent, s’épousent surperbement pour donner un film au rythme explosif, aux teintes Nouvelle-Vague, aux inspirations inconscientes venant de chez Jacques Demy et des chansonnettes made in Honoré. La bande son, complètement insolite, mélange Vivaldi et Radioscopie de Jacques Chancel, avec une touche de Biolay par-ci par-là. Parfois épileptique, parfois plus doux, le montage suit cette tempête de sentiments variables avec une précision et une inspiration m agnifique. Par tous les pores du film apparait la lumière.
 
Tout jaillit de l’émotion. Et la réalisatrice Valérie Donzelli ne se prive pas de la montrer, de la faire exploser de toute part, surtout de chez ses comédiens. En faire parfois trop pour revenir à de l’émotion de cinéma, pour trouver un équilibre entre fiction et réalité mais toujours contenu dans une ambiance à fleur de peau, les frissons sont garantis. On rit, on pleure, on fait parfois les deux en même temps. Là où ça aurait pu être dramatique jaillit du comique, et surtout, ne pas s’apitoyer, jamais.
Personne d’autres n’aurait pu jouer ce que les deux parents-comédiens, Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli font ici. Quel courage et quelle grâce que de donner avec autant de sincérité ce témoignage où l’égo et le pathos n’ont pas leur place.
 
Comme deux marins en pleine tempête, Roméo et Juliette tentent coûte que coûte d’encaisser les coups, et, même si le film traite de la maladie, c’est avant tout une folle histoire d’amour, celle de deux êtres, unis à jamais par un pacte invisible, plus forts que la vie et que la mort. L’amour, le vrai. 
    


Super 8
 


Un film de : JJ Abrams
Avec : Kyle Chandler, Joel Courtney, Elle Fanning
Durée : 01h50min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 3 août 2011
 
Lost in America
 
Eté 79, Liliane, petite ville industrielle américaine. Alors qu’un groupe d’enfants tourne un film amateur à l’aide d’une caméra Super 8, ils vont être les témoins d’une catastrophe ferroviaire.
 
Va alors débuter une succession d’évènements pour le moins étranges qui vont plonger toute la ville dans la peur. Profitant de la situation, les enfants vont continuer leur tournage avec à la clé, une incroyable découverte.
 
E.T. téléphone maison
 
Le voilà l’événement de cet été 2011. La voilà la rencontre la plus excitante du moment, entre le maître du spectaculaire, Steven Spielberg, et l’illusionniste, le conteur hors-pair qu’est J.J. Abrams. Mais les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Lorsqu’il a 15 ans, Abrams se fait remarquer en remportant un festival de film Super 8. Kathleen Kennedy, alors l’assistante de Spielberg, lui propose de restaurer les films du réalisateur de Jurassik Park, tournés quand il était jeune.
 
Super 8 est donc une combinaison parfaite entre toute la mythologie spielbergienne et la fougue visuelle de JJ Abrams. En apparence une ville bien tranquille, et puis voilà une menace mystérieuse. Un train à la cargaison un peu bizarre et puis des enfants qui vont devoir y faire face. On est au croisement des Dents de la Mer, de E.T et de Rencontres du 3ème type. Les attaques et scènes de démolitions empruntent à Jurassik Park un découpage et des effets artisanaux élévant encore le taux de sensations fortes. Comme un prestidigitateur, il fut magicien plus jeune, le réalisateur de Mission Impossible III dresse son chapiteau durant toute la première partie du film, pour mieux réaliser ses tours de magie dès lors que ce fameux train va révéler le contenu martien de sa cargaison.
 
Mais Super 8 n’est pas un pâle reyclage de l’œuvre de Spielberg, il est un hommage vibrant à un cinéma hollywoodien qui se voulait plus classique, où la caméra paraissait plus lourde, les mouvements plus amples.
 
L’ami d’enfance d’Abrams, Larry Fong, avec qui il faisait ses premiers films en Super 8, nous plonge avec virtuosité dans cette ambiance si particulière des années 80 où l’on tourne en Kodachrome et où l’on utilise des bandes 8 pistes.
Car il y a un côté geek chez Abrams. Un souci du détail qui l’amène à donner du style et une espèce de rigueur à son blockbuster. Comme il l’avait fait avec la franchise Star Strek en la relookant des pieds à la tête, il redéfinit les traits de ce que peut être un énorme film de studios.
 
Chaque plan possède son identité, truffé d’astuces et surtout d’une maîtrise totale.
On peut reprocher aus personnages leur manque de psychologie, mais pas à l’attention de l’auteur. Comme Jurassik Park traitait des dinosaures, il évoquait en filigrane un monde perdu et l’absence du père. Ici Super 8 traite de science-fiction et de cinéma mais il est né sur une intention plus profonde et plus personnelle, celle de mieux appréhender l’autre. Ici les extra-terrestres ne sont pas ceux que l’on croit, pas ceux des productions habituelles, qui viennent piller nos ressources pour mieux nous anéantir.
 
On reste bouche bée face à ce grand spectacle qui nous donne envie de prendre une caméra et de partir faire une virée avec des faux zombies en carton-pâte. A consommer sans modération. De quoi rafraîchir la rentrée. 
    


Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2
 


Un film de : David Yates
Avec : Daniel Radcliffe, Emma Watson, Alan Rickman
Durée : 02h10min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 13 juillet 2011
Film pour enfants à partir de 10 ans
 
Harry, c’est fini,
 
Plus personne n’est en sécurité à Poudlard. Voldemort se prépare à donner l’assaut sur la célèbre école de magie avec un seul but : tuer Harry. La guerre peut commencer.
 
Et dire que c’était la ville de mon premier amour…
 
 Attendu par des milliers de fans du monde entier, cette deuxième partie des Reliques de la mort signe la fin d’un mythe et d’une spectaculaire aventure qui à elle-seule aura généré une véritable mythologie. Ce dernier opus, plus noir, plus sombre, applique à la lettre la recette du bouquet final qui nous en met plein les mirettes, dans un flux tendu et ininterrompu d’effets spéciaux et de surprises. Mais là où la surenchère aurait pu classer d’office cet épisode au rang des blockbusters sans saveurs, il s’inscrit dans une logique établie depuis plusieurs numéros de la franchise, celle de la subtilité et de la psychologie. Faisant la part belle au personnage de Severus, interprété par le génial Alan Rickman, le ton devient plus sérieux, et au lieu de partir dans des délires métaphysiques de sorciers en manque de baguettes, revient aux essentiels, à la base des souffrances du personnage. Mr.Potter est en effet dans une posture quelque peu complexe et va devoir affronter son destin pour renvoyer d’où il vient le pas très sympatique Voldemort dans des duels de sabro-baguettes sans nous rappeller ceux de Dark Vador et de Luke Skywalker. L’affrontement final est impressionnant renvoyant à des années lumière l’époque bon enfant des parties de quidditch.
 
Donc qui dit dénouement dit faire ressurgir les zones d’ombre laissées dans les coins depuis sept épisodes. Alors même si l’idée de flashbacks déterminants peut paraître la solution de facilité, ils ont l’avantage de ramener de l’humanité et de l’émotion. Les enjeux dramatiques deviennent gigantesques et les personnages reprennent leur place dans le grand puzzle de Poudlard avec comme pièce maîtresse, Harry Potter.
Son réalisateur, David Yates, arrive à imposer un rythme qui met le spectaculaire au service du récit. Un doux dosage qu’était parvenu à obtenir son compatriote Mike Newell, pour l’opus 4, Harry Potter et la coupe de feu.
 
Porté par une bande-son inspirée et intelligente, mélange de sonorité enfantine et d’instruments plus grave, quel bonheur de découvrir des séquences aux couleurs burtoniennes, comme dans ce flash-back qui s’ouvre sur la fumée d’une larme.
 
Cette fin est donc à la hauteur de ce que les fans et le public attendaient d’autant que l’excercice étant parfois perilleux car les adieux peuvent parfois s’avérer difficiles tant les enjeux et la pression sont grands. Mais on fait confiance aux grandes majors pour trouver au plus vite une nouvelle poule aux œufs d’or (plusieurs projets sont en préparation). En tout cas, Harry et tous tes amis, on vous fait une promesse, on ne vous oubliera jamais.
 
    


VERY BAD TRIP II
 
Un film de : Todd Phillips
Avec : Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis…
Durée : 01h42min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 25 mai 2011
 
Tu t'es vu quand t'as bu...

 
Après Doug, c'est au tour de Stu de se marier. Au revoir la Californie, bonjour la Thaïlande.
Après un enterrement de vie de garçon une nouvelle fois trop arrosé, il va falloir remonter le fil de la nuit pour arriver entier et à temps à la cérémonie.
 
Tous les chemins mènent au rhum…
 
En 2009 le monde entier semblait avoir trouvé LA comédie ultime. Le Philadelphia Daily News alla même jusqu'à le baptiser "Le Citizen Kane de la comédie". La gueule de bois était totale. Principale raison d'un succès interplanétaire (pourtant interdit au moins de 17 ans aux Etats-Unis) un canevas intelligent et délirant: au réveil, tout le monde est amnésique, le spectateur aussi car il n'a rien vu, et tout le film servira à remonter ce fil nocturne au gré des rencontres et des découvertes plus folles les unes que les autres. C'est seulement lors du générique de fin que l'on assiste au diaporama des photos de la fameuse nuit...
 
Une nouvelle façon de faire de la comédie prenait vie jusqu'à déclencher le phénomène "ridicool" relayé dans la presse. Fini le star system bien propre sur soi. Le politiquement correct appartient désormais au passé.
 
On prend donc les mêmes et on recommence. Sauf que l'effet de surprise passé, il ne reste que la surenchère, le trash et les références au premier pour faire glousser le spectateur. Il est clair que toute cette fine équipe a du bien s’amuser, la bonne humeur se sent, mais l’enjeu de retrouver l’énergie du premier était trop important, trop énorme. Le tour de magie ne prend pas. Bangkok n'est pas Vegas, et la fraicheur et la puissance comique du premier opus ont laissé place à des gags décevants et des comiques de situation pas si terribles que ça. On attend mille et un problèmes, finalement il n'y en a que très peu et tout se règle trop vite. La séquence d'ouverture laissait présager le pire, il n'en sera rien. Reste quelques répliques et une scène clé qui resteront certainement dans les annales.
 
L'ancêtre Very bad things, de Peter Berg, avait ce piquant, cette  démence et cette noirceur illimitée que l'on espérait retrouver dans ce deuxième acte.
Il ne reste plus qu'à espérer que le troisième épisode, indubitablement en préparation, ne vienne pas définitivement tâcher le monument comique et génial qu'était Very Bad Trip I.
    


The Tree of life…


Un film de : Terrence Malick
Avec : Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn…
Durée : 02h18min
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie cinéma : 17 mai 2011
 
Sur la ligne rouge…
 
Jack est l’ainé d’une modeste famille de trois enfants. Elevé à la dure par un père autoritaire, un événement tragique viendra bouleverser sa vie entière.
 
2011 : l’odyssée de Malick.
 
Voici certainement l’événement cinématographique le plus attendu sur la planète Terre depuis 2001 l’odyssée de l’espace, l’œuvre magistrale de Stanley Kubrick avec qui Terrence Malick est très souvent comparé. Dimanche 22 mai, Tree of Life a obtenu à Cannes le graal du cinéma mondial : la Palme d’or. Décrié, polémiqué, discuté, critiqué, incompris, adulé, rejeté, idôlatré, hué. La dernière œuvre du cinéaste aux cinq films en quarante ans n’a laissé personne indifférent.
 
Trip cosmique new age, véritable déclaration d’amour au beau et à la grâce, Malick se prend pour Dieu et compare l’immensément grand à l’immensément petit en replacant le deuil d’un frère au centre de l’univers. Poème lyrique intemporel à certains moments, grosse tambouille philosophique chrétienne à d’autres, The Tree of Life est une œuvre imparfaite.
On est en droit de se demander si face à ce cirque mystique nous sommes face à un OVNI cinématographique relevant du génie ou à une escroquerie intellectuelle.
 
Pervertissant toutes les règles de narration en vigueur, les répères disparaissent pour laisser place à une sensation nouvelle chez un spectateur dubitatif et fasciné, destabilisé et envouté. Car quand la magie opère, c’est bien de magie, de transe hypnotique qu’il faut parler, le spectateur ne sait  plus de quel système solaire il dépend. La photo est somptueuse et les comédiens magnifiques. La séquence d’ouverture est un morceau d’anthologie à elle seule. Sa manière de filmer est unique, insaisissable, pleine de volupté, quasi angélique. Mais soyons honnête, le chef d’œuvre interplanétaire attendu n’est pas au rendez-vous.
 
Terrence Malick est un cinéaste, pas un méthaphysicien et ses cours de sciences naturelles sur le big bang et les dinosaures peuvent devenir insupportables. Beaucoup trop long, The tree of life n’en finit pas et cette démesure semble pouvoir à tout moment le faire tomber dans le ridicule. On est toujours sur le fil, en équilibre…
Reste qu’on en sort bouleversé et énervé. Mais c’est au fil des jours, après une digestion plus ou moins facile, que les fantômes malickien reviennent vous hanter et que le film reprend forme. Comme si de manière organique, The Tree of Life devenait un décalcomanie effervescent qui grandit en vous, telles les racines de la vie.
 
Une véritable expérience.
 
    


Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence


Un film de : Rob Marshall
Avec : Johnny Depp, Penélope Cruz, Geoffrey Rush…
Durée : 02h20min
Distributeur : The Walt Disney Company France 
Date de sortie cinéma : 18 mai 2011
 
Fontaine, je ne boirai pas de ton eau…
 
Le légendaire pirate et capitaine Jack Sparrow se retrouve embarqué de force à bord du Queen Anne’s Revenge, le navire du maléfique Barbe Noire, à la recherche de la Fontaine de Jouvence…
 
Y’a trop de pilotes dans le bateau…
 
A l’abordage donc du quatrième opus d’une franchise qui est en passe de devenir l’une des plus lucratives de l’histoire du cinéma. Dans cette suite, rien de vraiment nouveau, mis à part l’arrivée de la très caliente Penelope Cruz qui réchauffe nos cœurs de moussaillons. Elle est le vrai plus du film et un miroir déclencheur de quelques moments réussis avec son ennemi/amant, Jack. L’arrivée chez les méchants du pirate Barbe Noire apporte quand à elle un peu plus d’esprit de piraterie perdu dans les précédents avec des pieuvres qui parlent et des monstres à trois têtes. Celle de Rob Marshall aux commandes devient anecdotique à la vue d’une machinerie tellement huilée que la seule consigne est de continuer dans la lignée des trois premiers. Johnny Depp porte plus que jamais l’édifice sur ses épaules et son improbable alliance avec Geoffrey Rush, le terrible Barbosa, apporte de l’intérêt à une intrigue ressérée.
 
Mais l’effet de surprise étant passé, le spectateur peut être en droit d’en attendre un peu plus.
Indéniablement ca sent l’essouflement, même le personnage si emblématique de Jack Sparrow paraît noyé dans cette avalanche d’effets spéciaux. Dans l’épisode 1, on assistait à un vrai numéro de pirates dans une aventure calibrée avec de vrais moments de bravoure pour tous les amateurs du genre, mais aussi pour les autres, un miracle en soi. Du grand spectacle hollywoodien maîtrisé. Aujourd’hui l’exigence a laissé la place au pilotage automatique.
 
Quand on aime, il faut (parfois savoir) partir…
 
    


THOR


Un film de : Kenneth Branagh
Avec : Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins…
Durée : 01h54min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie cinéma : 27 avril 2011
  
Be or not Thor be…
 
La force de Thor, fils d’Odin, roi du royaume d’Asgard, n’a d’égal que son insolence et son insouciance. Il sera banni et envoyé sur Terre, dépossédé de tous ses pouvoirs.
Mais pendant ce temps, son frère Loki en profitera pour prendre le pouvoir et organiser un plan secret avec les ennemis de toujours, les hommes des Glaces.
 
Comics in love…
 
A première vue, confier Thor au réalisateur Kenneth Branagh paraissait aussi fou que de voir Patrice Chéreau prendre les commandes de Superman. C’était sans compter sur la stratégie hollywoodienne de continuer la construction de sa mythologie comics où le gôut pour la psychologie devient un argument commercial depuis que Batman à frôlé la crise de nerf. Le nœud narratif majeur du film étant basé sur un conflit entre frères, pourquoi donc ne pas aller chercher l’homme de théâtre, le spécialiste de Shakespeare, l’irlandais Frankeinstein, celui qui pourrait rendre tendance ce qui finalement n’a jamais cessé de l’être. Ce petit tour chez le psy pour toute la famille royale mené à la baguette par le roi Anthony Hopkins, est un pari osé, mais raté.
 
Moins noir et maîtrisé que le Batman Darknight de Christopher Nolan, moins bien mené que le Spider Man de Sam Raimi et finalement moins drôle que tous les autres, Thor navigue à vue, reste en surface quand il pourrait s’attarder sur ses personnages. Les parties dans le royaume d’Asgard sont quand à elles ultra kitch, et les seuls moments réussis sont ceux sur Terre. Natalie Portman et la petite Kat Dennings apportent de la fraicheur et donnent le ton qui sauve le film, mais le mal est fait. Ce n’est certainement pas Chris Hemsworth, qui malgré sa bonne volonté, sauvera les meubles. La bonne surprise vient de son frère Loki, joué par Tom Hiddleston, que l’on voit évoluer et s’obscurcir à la façon d’un Dark vador en devenir.
 
Keneth Branagh rend donc une copie qui fait pâle figure face à ses compatriotes de chez Marvel, la déception est de taille, reste à vous consoler avec la magnifique Nathalie Portman et à quelques séquences musclées.
Mais pour les fans de la première heure, pas de panique, vu les chiffres hallucinants enregistrés au box-office depuis sa sortie, la suite ne devrait pas tarder à envahir nos cinémas…
 
    


Animal Kingdom
 


Un film de : David Michôd
Avec : Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver
Durée : 01h52min 
Distributeur : ARP Sélection
 Date de sortie cinéma : 27 avril 2011
  
Dans la famille “peu fréquentable”…
 
La famille Cody vit à Melbourne et exerce le métier de criminel.
Joshua, neveu éloigné, va faire irruption chez eux. L'occasion pour la police d'infiltrer la famille...
 
je voudrais…
 
Couronné par le Grand Prix au dernier Festival de Sundance, Animal Kingdom est le premier film du réalisateur australien David Michôd qui tente une entrée dans le monde très fermé des films de méchants criminels, dans lequel il est plus souvent aisé d'y laisser sa peau que de se faire la belle avec le gâteau. Mais pari audacieux, le réalisateur propose un vrai regard sur la ville de Melbourne, aux clichés proprets et victoriens, qui ici prend des allures fantomatiques, glauque, anonyme et sans identité propre. Une ville changeante, sorte d'arrière plan flouté, épais dans lequel la plupart de ses personnages se prennent les pieds.
 
Un tel décor une fois planté, il est possible de se lancer dans une immersion au coeur des tourments de cette famille qui tente de survivre dans un monde impitoyable. Quatre frères et une mère carrément sociopathes et psychopathes, ont pris l'habitude de régler leurs problèmes à leur manière, comme de vrais caïds. Parmi eux, le jeune neveu joué tout en retenu par le solide James Frecheville, va permettre de mieux pénétrer les arcanes et les tenants psychologiques de cette famille. On va petit à petit en comprendre les mécanismes pour finir par avoir même de l'empathie pour eux. Pour contrebalancer et jouer avec les règles du genre, le flic, archétype du père que le héros n'a jamais eu, va faire la chasse et faire monter la pression pour que le fil du film se tende méchamment.
Un flic joué à merveille et tout en sobriété par Guy Pearce qui trouve ici un rôle fort. Lui faisant magnifiquement échos, Jacki Weaver est la figure matriarcale terrifiante qui a depuis longtemps effacé les frontières entre le bien et le mal. Elle est stupéfiante. Avec ses airs de Gena Rowlands, elle nous replonge dans les ambiances urbaines des polars à la John Cassavetes.
 
Aussi référencé qu'inspiré, Animal Kingdom vient prendre une grande partie de son souffle et de son identité cinématographique dans la sincérité et la rage qu'ont les premiers films. Qu'ils soient ratés ou réussis d'ailleurs, le tout est qu'ils soient maitrisés. Et ils le sont par un metteur en scène nourri à la série et aux films de genre, où les ombres des géants Michael Mann et Martin Scorsese ne sont jamais bien loin. Comme un amoureux du cinéma, il ponctue de manière minutieuse sa partition par des effets de style soignés, des doux ralentis, des plans séquences filmés au plus près des corps. Mais tout ça en conservant cette insouciance de jeune cinéaste, celle où vous mettez tout dans chaque plan, comme si c'était peut-être le dernier que vous tournez. Au risque de parfois, ne pas assez approfondir l’écriture de certains personnages.
 
Donc sans jamais en faire trop, David Michôd maitrise son histoire de main de maître et nous fait devenir le sixième homme de la maison. Et ça, c'est certainement pas la chance du débutant...
    



La fille du puisatier


Un film de : Daniel Auteuil
Avec : Daniel Auteuil, Kad Merad, Sabine Azéma...
Durée : 01h47min
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie cinéma : 20 avril 2011
 
 
Le menteur de charme...
 
Patricia, la belle et jeune fille du puisatier, va croiser le destin de Jacques, le beau pilote.
De cette rencontre va jaillir un amour qui va devoir réunir deux familles que tout oppose.
 
... fait sa prière aux étoiles.
 
Soixante et onze ans après avoir été incarné par Raimu et Fernandel, l’œuvre de Pagnol est revisitée par le jeune metteur en scène Daniel Auteuil. Après avoir été l’emblématique et inoubliable Ugolin dans le dyptique Jean de Florette et Manon des sources, le voilà de retour dans la Provence de son enfance, celle de la douceur et de la chaleur, celle où la vie coule comme nulle part ailleurs lorsque c’est à la plume de Marcel Pagnol qu’elle nous est contée.
 
Porté dans son cœur depuis plus de dix ans, Daniel Auteuil s’offre le rôle du puisatier et le compose avec une fragilité et une justesse qui nous rappelle à chacune de ses apparitions, pour ceux qui en doutaient encore, que peu ont sa puissance, cette profondeur et ce sens du rythme. Jamais écrasé par les mots, son film coule comme un ruisseau, on est rempli de soleil et on guette de qui viendra la prochaine drôlerie, le bon mot, celui qui ne viellit pas et qui bien au contraire fait ralentir ce temps qui va parfois si vite. Auteuil sait s’entourer, et le fait de ceux qu’il aime, de son chef opérateur, Jean-François Robin, concentré sur la peau et sur cette ambiance si particulière où la lumière est personnage. De comédiens presque tous irrésistibles, Kad Merad en tête, qui nous irradie de sa bonne humeur et nous émeut en vivant avec fierté sa position sociale. Il est toujours plein d’humanité. Quand à la jeune Astrid Berges-Frisbey, elle est parfois sur le fil mais apporte avec délicatesse ce souffle d’innocence qui donne de la fraîcheur au récit. Le couple formé par Sabine Azema et Jean-Pierre Daroussin en rajoute parfois un peu beaucoup et contraste trop avec la maîtrise du réalisateur comédien dans le rôle de ce puisatier bouleversant. Sa mise en scène lui laisse la place de prendre tout le volume qu’il souhaite, plus libre que sur une scène, jamais prisonnier de la caméra, sa faculté de mélanger authenticité et modernité est sidérante.
 
La fille du puisatier est une invitation au soleil, un doux baiser dans le creux de la nuque qui vous laisse cette sensation de bien être pour toujours. C’est aussi l’occasion pour les plus jeunes de découvrir l’œuvre de Pagnol un peu dépoussiérée de la version de 1940 et de prendre au passage quelques enseignements bien précieux sur le sens de la vie.
 
Daniel Auteuil réussit donc son premier passage derrière la caméra, et son amour pour le cinéma, les comédiens et l’oeuvre de Pagnol, débordent dans la plus célèbre des garrigues certainement pas jaunie par le temps.
   




Minuit à Paris


Un film de : Woody Allen
Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard
Durée : 01h34min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma : 11 mai 2011


Woody loves Paris…
 
Un jeune couple d’américains se rend à Paris quelques temps avant leur mariage. Lui se prend d’amour pour la ville lumière, l’arpente chaque nuit pour y découvrir le plus fou des spectacles dès que retentissent les douze coups de minuit.
 
And Paris loves Woody…
 
Ce mercredi 11 mai s’ouvrait un 64ème festival de Cannes résolument tourné vers un retour à la magie et à l’excitation où chaque film est prévu comme un événement en soit. C’est donc avec un appétit gros comme ça que les festivaliers s’apprêtaient à commencer cette quinzaine avec le nouveau film de Woody Allen, présenté hors compétition. Et quel plus bel hommage le cinéaste new-yorkais pouvait-il rendre à la plus belle ville du monde ?
 
Plus qu’une déclaration d’amour, c’est une comédie singulière et intemporelle où se mélangent tout son amour de la peinture, de la musique et du temps perdu mais qui rappelle que rien ne vaut de vivre le présent.  Un talisman à mi-chemin entre Cendrillon et la Rose pourpre du Caire.
 
Après les douze coups de minuit les périgrinations de cet écrivain californien vont se tranformer en voyage dans le temps où un défilé de personnages caricaturaux et tellement plus géniaux les uns que les autres vont prendre vie sous nos yeux. On reste ébahi face à ce cirque, on se laisse embarquer dans ce tourment sucré-salé aux douceurs du passé. L’éclat de Paris n’a d’égal que les yeux de Marion Cotillard, qui surfe sur les époques, avec cette grâce venue d’un autre temps, elle est l’avenir
et le passé, elle ne joue pas elle est, mais surtout, elle nous envoûte.
 
Woody Allen peint son film comme si chaque personnage était une couleur différente de sa palette si riche, à travers de sacrés mélanges il confirme le talent et la subtilité du jeu d’Owen Wilson, et propose une gamme de seconds rôles aussi drôles que singuliers. Préparez-vous à une séquence d’anthologie avec Adrian Brody mais il est important de ne pas trop en dire pour vous réserver la surprise, pour que vous puissiez vivre ces virées nocturnes comme on traverse un rêve. La bande-annonce faisait passer Minuit à Paris pour un film carte postale mignon et un peu surfait, au lieu de ça c’est une romance enjouée, libre, et généreuse qui fait figure d’œuvre la moins névrotique et une des plus drôles de la filmo du réalisateur de Manhattan.
Un grand moment de bonheur.
  



Sucker Punch


Un film de Zack Snyder 
Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone... 
Durée : 01h50min  
Distributeur : Warner Bros.France 
Date de sortie cinéma : 30 mars 2011

Moi je m'appelle Lolita...

Une jeune adolescente est enfermée dans un pensionnat cauchemardesque et lugubre après avoir perdu le dernier membre de sa famille. Surnommée Baby Doll, elle va très vite s'allier à quatre autres détenus et tenter de s'évader. Pour trouver les ressources nécessaires et la force de lutter, elle va devoir se réfugier dans son imaginaire et mélanger rêve, cauchemar et réalité...

C'est pas ma faute à moi...

Zack Snyder est incontestablement le réalisateur du moment. Faiseur de miracle avec le spectaculaire 300 et le très graphique Watchmen, Sucker Punch est sa première réalisation originale, et le traitement est radical. De l'animation japonaise à la pop-culture, des peintures religieuses en passant par l'art baroque et le gothique, les références sont multiples et le résultat n'en est que plus éclatant.

Brouillant les pistes, le réalisateur nous fait perdre le fil du réel pour mieux nous perdre et nous emmener dans des univers différents.  Et en apparence l'histoire est simple: une fille veut s'évader, comment y parvenir, l'union fait la force, et si chacun utilise ses atouts, on va réussir. Mais le conscient et l'inconscient vont s'emmêler et indices et symboles viennent jalonner le récit pour inventer une mythologie propre à l'histoire. Le sabre de Baby Doll révèle un message qui semble être la clef, les dragons et le briquet du maire ont quelque chose à voir, un sage se ballade dans les différents mondes: tout se mélange pour finir par renforcer la noirceur de l'enfer psychiatrique dans lequel elles sont plongées. 

Ici les filles sont habillées en cuir, ont la plastique avantageuse, restent en sous-vêtements toute la journée, et ont la gachette facile quand il s'agit de zigouiller du méchant. 
Loin d'être un exutoire à des fantasmes personnels, l'idée est de se moquer des idées reçues sur les femmes. En apparence héroïnes de bande-dessiné, elle doivent prendre des décisions complexes et se battre contre leur image. Ces adolescentes doivent penser en adulte, faire des choix. Le groupe de filles fonctionnent à merveille et chacune s'en donne à coeur joie. Vanessa Hudgens est ravie de casser son image d'ado souriante et cool dans High School Musical, Jena Malone donne de la puissance à la troupe et la jeune Emily Browning irradie de sa candeur et de sa beauté intemporelle.     

Le wonder boy d'Hollywood redonne donc ses lettres de noblesse a la culture geek et livre une belle panoplie de personnages dans un éclat visuel et une esthétique des plus explosives. Sur fond de rock métallisé, le ton est définitivement donné. Comme Tarantino a su recycler ses souvenirs de cinéma puis les compiler dans ses films, il y a du génie chez Snyder à mixer des univers à priori opposés pour en faire un objet homogène catapulté d'une autre galaxie. Electrisant son sujet, mettant le feu à coup de plans onirique et rock où le ralenti devient une chorégraphie à lui seul, la grammaire cinématographique en prend un coup. Le spectateur aussi. Et ça, c'est tant mieux.   
  




World Invasion : Battle Los Angeles


Un film de Jonhatan Liebesman  
Avec Aaron Eckart, Michele Rodriguez
Durée : 1h56 min
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Date de sortie : 16 mars 2011

Il faut sauver le soldat L.A...

Code rouge sur la planète, une invasion extra-terrestre est imminente.
Pas de chance pour le sergent Michael Nantzson, cette visite surprise tombe le jour de son départ à la retraite. La journée risque d'être longue.

Est-ce vraiment une obligation ?

A première vue, un énième film catastrophe dans la grande tradition hollywoodienne. Après coup, presque un énième film dans la grande tradition hollywoodienne. Partant sur une base assez pathétique, le monde est dans le chaos, ultime objectif, ne pas perdre Los Angeles. Tant qu'à faire... World invasion prend un peu de volume dans sa forme quelque peu différente et exigeante : le monde dévasté ne sera vu qu'au travers d'écrans de télévision en fin de vie, et le spectateur sera immergé dans cette unité militaire avec pour figure emblématique, le sergent Nantz, interprété par Aaron Eckart. Caméra épaule, on suit la troupe sous les balles et les explosions de ces aliens métalliques ridicules, façon documentaire, grâce à des cadrages serrés et une mise en scène tendue. Voilà pour ce qui fait la différence.

Sauf que tout ça ne suffit pas à sauver un film qui part très vite dans les travers habituels, patriotiques americanos moralistiques. Tout le monde en fait des tonnes, Michele Rodriguez rempile encore dans son rôle habituel de femme soldat super énervé et les dialogues sont primaires. Dans le genre traitement original d'une catastrophe, Cloverfied de J.J Abrams avait opté pour un parti pris radical, loin des conventions, à la fin étonnante et à la narration ébouriffante. Vrai frustration que de voir de jeunes metteurs en scène bourrés de talent livrer des copies moyennes, comme si parfois le paradoxe des grands studios était de laisser l'idée émerger, puis aussitôt de l'étouffer dans l'oeuf.  

World Invasion: Battle Los Angeles déçoit donc par son changement de cap brutal, pour finir comme un vulgaire blockbuster sans saveur. On pouvait en attendre beaucoup plus. On est forcément déçu.
  



True Grit


Un film de Joel et Ethan Coen
Avec Jeff Bridges, Matt Damon…
Durée : 1h50
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 23 février
 
Impitoyable n’est pas Coen…
 
Mattie Ross, 14 ans, est bien décidé à retrouver l’assassin de son père. Pour partir à sa recherche elle va devoir convaincre le shérif Rooster Cogburn, borgne alcoolique, de l’accompagner dans cette aventure. Débutera alors le voyage.
 
Et un, et deux, et trois héros…
 
Chaque film des frères Coen est en soi un événement. Salué unanimement par la critique et le public, ces deux-là, au fil de leurs films, ont su conserver leurs magie d’alchimiste pour ne jamais cesser de se réinventer. La preuve avec True Grit, où comment redonner vie à un genre que l’on croyait enterré six pieds sous terre depuis que Clint et sa bande avait déserté les saloons. Au départ True Grit est un roman de Charles Portis puis c’est John Wayne qui prendra les traits du shérif à l’œil noir et qui lui vaudra d’ailleurs le seul Oscar de sa carrière.
 
Mais comme les Coen aiment à le rappeler, c’est à une adaptation, et non à un remake, que l’on a à faire ici.
Catapultés dans l’univers terreux des cowboys, les thèmes et gimmicks des cinéastes trouvent magnifiquement leur place au pays des colts, voir mieux, c’est comme s'ils n’avaient jamais été aussi bien intégrés ; L’humour cinglant de leurs longs dialogues, les gueules, le burlesque, les étapes, le voyage… car c’est bien d’un voyage cinématographique qu’il s’agit ici.
 
Sorte de croisement entre Fargo et O’brother, le spectre du Dude de The Big Lebowski, plane sur les plaines en cinémascope. Tous les codes du genre sont respectés, ça sent le canon et le feu de camp, le lasso et la terre, mais comme par enchantement ce western en apparence ultra classique, mute, se métamorphose comme une chenille devient papillon, pour éclore en un objet cinématographique lunaire, comme si une deuxième couche, invisible, élevait la densité du récit et surtout des personnages. Car avant tout, c’est bien ça qui compte.
 
Ce shérif, magnifiquement drôle, forme un duo terrible avec ce Ranger joué par Matt Damon. Et il y a cette jeune actrice, surprenante, qui envoûte le film du début à la fin. Les seconds rôles sont parfaits, sorte de fantômes qui errent tout le long du film. True Grit est donc le terrain de jeux idéal aux frères Coen où l’idée est de jouer avec les règles, de les analyser à la loupe, comme un cinéphile obssessionel et de surtout s’amuser, tout en conservant un cadre classique.
Le mélange est de la dynamite, comme ce final lunaire à cheval, dans la nuit étoilée. Ou quand cette neige vient donner cette aspect mystique à l’aventure, on est quasiment ensorcellé. La photo de Roger Deakins renforce le tout de manière somptueuse.
 
Après le précieux et génial questionnement spirituel de, A serious Man, True Grit est un grand moment de cinéma.
Encore et toujours cette idée de quête, de recherche de quelque chose ou de quelqu’un, pour qu’encore et toujours les frères Coen fassent nôtre cette aventure où vous trouverez bien plus que ce que vous êtes venus chercher…
 



Jewish Connection


Un film de Kevin Asch
Avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor...
Titre original : Holy Rollers
Durée : 01h29min
Distributeur : Pyramide Distribution
Date de sortie cinéma :  16 février 2011
 
Ecstasy un jour…
 
A la fin des années 90, plus d'un million de pillules d'ectasy ont transité d'Amsterdam à New York. Leur moyen de transport, des passeurs hassidiques. Sam Gold, 20 ans, vit au coeur du quartier religieux de Brooklyn.
Alors que son père espère qu'il devienne rabbin, Sam va se voir proposer un nouveau travail par son voisin : faire passer des médicaments en échange d'un très bon salaire.
 
… Rabbin pour toujours.
 
Holy Rollers, titre original du film, possède un double sens. Il désigne chez les rabbins hassidiques le mouvement de va-et-vient durant la prière, et, en argot, est utilisé pour désigner l'ectasy. Drôle de subtilité pour un film qui n'en manque pas. Ce premier long métrage de son réalisateur Kevin Asch, est une vraie bonne surprise, tant par son audace de mise en scène que par ses comédiens. Une mise en scène fortement référencée. Le New York hivernal, métallique, stylisé et dépouillé renvoie incontestablement à celui de Sydney Lumet. Les longs dialogues cadencés partitionnés comme une partie d'échecs ou un match de boxe sont un hommage marqué aux premiers films new-yorkais de Martin Scorsese. Plus proche du cinéma vérité, concept de la nouvelle vague visant à tourner en décor naturel, sans lumière, en équipe réduite, presque sans scénario, on est bercé par des plans séquences et des sautes brillamment dispachés ici et là pour donner à Jewish Connection cette touche et ce grain si propre au film indépendant. Le réalisateur plonge dans l'univers hassidique avec douceur, sensibilité et sans renfort de grands moyens, pour n'en extraire que le questionnement d'un jeune homme perdu, en pleine sortie de route de l'adolescence.
 
Le point de vue choisi est le point fort. Kevin Asch opte pour celui du jeune Sam, et non pas celui de l'instigateur du réseau, pourtant initialement prévu au départ du scénario. L'erreur aurait été de faire un Tony Montana chez les religieux, mais là, on pénètre le réseau par le bas et il n'en reste que les doutes et les peurs du héros, pour très vite faire apparaitre le vrai thème du film: le passage à l'âge adulte.
 
Dans ce rôle complexe et grave, Jesse Eisenberg est remarquable. Nominé aux Oscars pour The Social Network (voir plus bas) il rempile ici avec un rôle entier, où son débit fait mouche et affiche en deux films, une panoplie riche en émotions. Participer à un premier long indépendant au buget ridicule après son succès fulgurant l'an passé, prouve bien un désir complet de se mettre en danger. Ari Graynor, la femme du patron, ennivrante de beauté, devient un personnage pratiquement aussi intéressant que Sam. Une vraie plus value, elle est fascinante.
Raté par contre pour Jackie, son mari, (également producteur du film) complètement dénué de charisme.
A noter que la soeur de Jesse Eisenberg, dans le film, l'est également dans la vie.
 
Jewish Connection a donc l'intelligence d'aborder cette incroyable aventure par un trou de souris, de ne pas s’interesser à tout le circuit de distribution et à son ampleur, mais de rester aux côtés de Sam, dans sa quête et dans son questionnement. Continuez de travailler dur au magasin avec son père ou mener la grande vie en se faisant de l’argent facile. Ne se voyant pas rabbin plus tard, il va devoir se faire sa propre expérience de ce nouveau monde, tourner le dos à sa famille, la déshonorer, pour mieux découvrir qui il est. Plus il va prendre de l’importance dans ce réseau de drogue, plus il va paradoxalement se vider de toute spiritualité.
 Ne se posant jamais en donneur de leçon, il dresse un portrait tendre de la communauté religieuse, magnifiquement mis en excerbe par son père qui se bat de tout son coeur mais reste impuissant face à la fuite de son fils. Et puis il y a cette très belle séquence où Sam croise un religieux dans la rue, qui lui propose de mettre les tefilines, et où il comprend à ce moment-là, l'importance d'avoir la foi.
 
Un vrai coup de coeur, une vraie découverte, un vrai sujet. Trois bonnes raisons de ne pas rater cette Jewish Connection.



Black Swan


Un film de Darren Aronofsky
Avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel...
Durée : 01h43min
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Date de sortie cinéma :  9 février 2011

Black And White

La troupe du New York City Ballet dirigée par le complexe Thomas Leroy, cherche celle qui pourra jouer le rôle principal du Lac des Cygnes. Nina, prête à tous les efforts et les sacrifices pour l'obtenir, va devoir surmonter les difficultés et les rivalités pour réaliser son rêve.
 
Ou la chair de cygne

Dès les premières images c'est un choc. Dès la première séquence, la magie opère, Nathalie Portman nous envoûte, elle est sublime, c'est magnifique.
 
Darren Aronofsky est un génie moderne, un technicien de la narration. Repéré en 99 avec son ovni, PI ,financé avec des bouts de ficelles, il se révèle d'emblée un metteur en scène à l’univers visuel unique, viscérale, obsédé par le corps et les tourments que la vie lui inflige. Requiem for a dream le confirmera et le hissera au rang de réalisateur culte pour toute une génération. Après un interlude métaphysique, The Fountain, et le film à récompense, The Wrestler, le voilà arrivé en haut de la montagne avec une pépite cinématographique.
 
Black Swan est inclassable. A mi-chemin entre le thriller, le fantastique et l'horrifique, il devient une sorte d'hybride où frisson et pression psychologique sont les maîtres mots. Plongé dans les coulisses et les méandres du off d'un ballet de danse, le spectateur est directement plongé la tête sous l'eau, en immersion. Et c'est là que la force scénaristique vient trouver appui. Nina, interprétée par Nathalie Portman, va devoir apprendre à jouer le cygne blanc mais aussi et surtout, le cygne noir. C'est lui qui va donner toute la puissance au personnage, mais c'est aussi celui qui va apporter de la perversité et mettre en joue une paranoïa et une schyzophrénie grandissante.
 
C'est dans cette dualité que va sombrer le personnage, ou comment nourrir l'un et l'autre sans se détruire soi-même. Ce rapport de force entre folie et rêve à atteindre n'est pas sans rappeler son premier film.
Pis, où quand ce mathématicien devait faire face à ses migraines à s'en taper la tête contre les murs tout en tentant de déchiffrer ses formules. Nina doit faire face aux agressions que son corps va subir, et pour donner vie à cette quête de grâce par la douleur, Darren Aronofsky choisit une mise en scène tout en contraste et en flux tendus. Comme si des spasmes permanents tapaient à la porte d'un fil droit comme une poutre en béton. On entend raisonner mais rien ne bouge, le personnage avance mais reste pourtant prisonnier. Prisonnier de son rêve et d'une mère prête à tout pour qu'elle réussisse. Barbara Hershey est toute aussi éblouissante que terrifiante. Nina est étouffée par elle, enfermée, et aimée à en perdre la raison.
Toute cette tension, le réalisateur la filme caméra à l'épaule, au plus près, toujours. Dans sa nudité, son intimité, dans son reflet, (les miroirs sont partouts), le corps est l'obsession, la matière première; il craque, il saigne. On finit par la ressentir, cette douleur.
 
Mettant en scène ces femmes commes des gladiatrices des temps modernes, (Winona Ryder, Mila Kunis) Aronofsky devient une sorte de Hitchcok du XXIème siècle. On est embarqué dans un labyrinthe psychologique où la technique de maestro n'a d'égal que la beauté de ces danseuses et les virages machiavéliques qu'elle devra négocier.
Vincent Cassel ajoute son énergie à cette toile de maître et y trouve parfaitement sa place.
 
Plus qu'un simple film sur la danse, Black Swan est un voyage iniatique dans lequel il faut accepter de lâcher prise, par lequel il faut se laisser envoûter, une expérience intérieure à la recherche de soi-même. Troublant et fascinant, c'est un miracle de cinéma.
Le final est magistral et vous n'en sortirez par indemne.



La chance de ma vie


Un film de Nicolas Cuche
Avec François-Xavier Demaison, Virginie Efira…
Durée : 01h27min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma :  5 janvier 2011

Un grand brun…

Julien Meunier a un problème. Depuis son plus jeune âge, il porte la poisse à toutes ses petites copines.
Jusqu’au jour où il croise la route de Joanna…

Avec une voiture noire.

Même si la comédie en France n’a jamais réellement vraiment souffert, il est bon de constater qu’un vent nouveau souffle sur l’Hexagone. La génération de Francis Weber est relayée par une nouvelle bande de joyeux lurons, portée par les frères Nakache et Toledano, Tellement proches, Rémi Bezançon, Ma vie en l’air, Marc Esposito, Le cœur des hommes, Géraldine Nakache, Tout ce qui brille et plus récemment Pascal Chaumeil avec l’Arnacoeur… Des comédies dans l’air du temps, générationnelles et fraîches comme tout.

La chance de ma vie s’inscrit donc dans ce registre où le scénario, les dialogues et l’esthétisme sont d’égale d’importance. Avec une situation de départ simple donc très vite efficace, les situations plus burlesques les unes que les autres vont s’enchaîner. Déterminé à ne pas perdre le nouvel amour de sa vie, le personnage joué par François-Xavier Demaison va tout tenter pour éloigner sa Virginie Efira de compagne de tous les risques éventuels. A noter ce dîner chez le japonais qui prend des allures vaudevillesque.
Le couple formé par les deux tourtereaux fonctionne à merveille, et on sent tout de suite, comme dans cette belle séquence de “lendemain” dans le couloir d’un hôtel, qu’ils s’amusent et sont heureux de jouer ensemble.

La nature sympathique et lumineuse d’Efira irradie le film et Demaison est drôle et attachant de bout en bout sans jamais cabotiner.

La vraie difficulté de la comédie, genre à part entière, reste bien le ryhtme et la cadence. A ce propos, le réalisateur de Date Limite, Todd Philips, disait à juste titre que tout ça s’apparentait plus à du jazz qu’à de l’arithmétique. Et c’est peut être là que le film ne se hisse pas au niveau de son grand frère l’Arnacoeur.

Un faux rythme s’installe dès le début, où comment rouler à 50km/h en pleine ligne droite avec une Ferrari.
La Chance de ma Vie aurait pu bénéficier d’un équilibre plus juste, entre la vraie partie comique, gags, découverte des conséquences liées à la poisse du personnage, et celle plus dramatique où le personnage de Julien va devoir se battre pour reconquérir sa chérie Joanna.
La montée en puissance des vannes aurait pu elle aussi se faire un peu plus en douceur.

Mais tout ça n’enlève rien au fait qu’on s’attache à ce couple qu’on aimerait avoir comme ami. On rit de bon cœur et le réalisateur Nicolas Cuche livre une copie qui fourmille de bonnes idées. Félicitons-nous d’avoir su se renouveler et se réinventer ; les anglais n’ont qu’à bien se tenir !



Le dernier des templiers


Un film de Dominic Sena
Avec Nicolas Cage, Ron Perlman…
Durée : 01h35min
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 12 janvier

URGENT. Cherche scénario.

Behmen et son fidèle compagnon Felson, fatigués des croisades des Templiers, décident de déserter. Arrêtés et jetés en prison, leur seule porte de sortie est d’accepter une mystérieuse mission: escorter le convoi qui détient enfermé une soi- disante sorcière pour qu’elle soit jugée. Elle aurait jeter un sort et serait responsable de l’épidémie de peste qui frappe toute l’Europe.


URGENT. Cherche acteurs.

Soyons clairs tout de suite, Le Dernier des Templiers n’a de templier que son titre. Ce n’est qu’un prétexte, un subterfuge historique censé rendre l’affaire mystérieuse et légendaire. Sorte de manifeste de ce que Hollywood peut faire de pire, on assiste en fait à une accumulation insupportable de vulgaires séquences filmées sur fond vert, sans âmes où le scénario n’a d’égal que les blagues carambar.
Tout est vide, tout est lent. Nicolas Cage, le grand comédien des immenses Sailor & Lula de David Lynch et de Leaving Las Vegas de Mike Figgis ne sait visiblement pas trop ce qu’il fait là. Complètement amorphe, son visage est aussi expressif qu’un paquet de chips. Son acolyte Ron Perlman, dans le rôle du moche suceptible, tente par tous les moyens de relever le niveau. Le duo forme une sorte de Bud Spencer et Terence Hill, en raté, au pays des capes et des épées en carton pâte.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’idée est de surenchérir avec des histoires de diable, d’exorcisme et tout le kit du parfait petit sorcier, on a très peur et tout cela pour obtenir une sorte de croisement entre Au nom de la rose et Zombieland.
On se prend d’un coup à croiser des moines zombies yamakazis, bourrés de pustules grosses comme des balles de tennis, qui sautent partout et dont il faut couper la tête pour pouvoir causer tranquille. Chritopher Lee, complètement défiguré, y fait une apparition grotesque a oublier au plus vite.

C’est donc le grand déballage pour finir par sombrer dans le grand n’importe quoi. Point de vue mise en scène, c’est complètement zéro. Dominic Sena filme ses deux Templiers comme des playmobiles à la montagne, la photo est sale et inadaptée au propos, ça sent le plastique, la fausse neige et le studio de cinéma. Ce genre de prodution alimentaire ne mérite même pas une sortie cinéma et devrait être relayé direct à la sortie DVD.



Somewhere


Un film de Sofia Coppola
Avec Stephen Dorff, Elle Fanning, Chris Pontius…
Durée : 01h38min
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie cinéma :  5 janvier 2011
 
Welcome to the hotel California…
 
Johnny Marco est un célèbre acteur de film d’action à la réputation sulfureuse. Il vit pour une durée indéterminée au Château Marmont, le célèbre hôtel de Los Angeles, et va recevoir une visite innatendue, celle de sa fille.
 
Suite(s) Impériale(s)
 
Sofia Coppola fascine et divise. Un pied dans le génie, l’autre dans la superficialité, elle dérange, reste inclassable et rafle quand même un Lion d’or à Venise pour son dernier tube, « Somewhere ». Même là encore, ses détracteurs l’accuse de favoritisme, le Président du jury étant Quentin Tarantino, son ex-petit ami. Alors quoi penser de cette nouvelle bombe cinématographique ? Même si la récompense italienne est sûrement exagérée au vu de certains concurrents plus méritants, Sofia Coppola filme mieux que jamais le mal être et la solitude.
 
Ce fut d’abord génialement le cas avec son premier long-métrage, Virgin Suicides, et ces cinq jeunes sœurs catapultées dans un monde pas fait pour elles. Puis Lost in Translation, qui retraçait le décalage horaire de ce couple errant dans les rues de Tokyo et pour finir la trilogie, Marie-Antoinette, jeune reine prise dans une tourmente royale bien étrangère à ses vœux les plus chers. La réalisatrice les aime donc bien paumés, pas à leur place. Somewhere, c'en est encore l’illustration.
 
Ici ce n’est plus une femme, mais Stephen Dorf qui est à côté de ses baskets dans le rôle de cet acteur qui ne se reconnaît plus, ni dans son métier, ni dans ses choix. Il est devenu personne, sorte de fantôme qui erre dans les couloirs du manoir Marmont où le flou, le décadrage et les sautes deviennent autant de douleurs à l’âme dans une ville où même les anges sont des démons. Il lui faudra la belle Elle Fanning, sa fille, pour redonner du goût aux choses et faire briller ce joli duo.
Duo qui malheureusement met du temps à prendre corps. Pour mieux comprendre la solitude de la vie de cet acteur devenue une sorte de jouet marketing, elle choisit le parti pris de laisser traîner les séquences où son quotidien d’homme en roue libre, errant d’une pièce à une autre, prend le dessus. C’est beau mais c’est long.
 
Sofia Coppola tente, comme un chercheur dans un laboratoire, d’observer et de tirer la sève de ses personnages. Des plans séquences remplis de rien, comme si tout ce qui l’intéressait commencait là où d’habitude, pour tout metteur en scène, tout se termine. La réalisatrice travaille encore en famille (frère et père à la production, mari à la musique avec le groupe Phoenix) et use d’une bande originale minimaliste, ressort les vieux objectifs du patriarche, et stylise comme jamais un Château Marmont devenu le théâtre des âmes en peine.
Mais à force de vouloir filmer l’invisible, elle le remplit parfois avec du rien. Mélange de vide et de grâce visuelle, un cocktail hypnotique qui laisse des traces sur un spectateur qui peut vite se perdre d’ennui et quitter définitivement la route.
 
Mais il y a quelque chose de minéral et d’organique là-dedans. Somewhere serait comme une plante encore inconnue qui s’ouvrirait dans votre esprit des jours et des jours après sa découverte. Pour certains d’entre vous, ce « quelque part » deviendra votre paradis, pour d’autre, il deviendra votre.....somnifère.
Laissez-vous tenter.



Mon beau-père et nous...


Un film de Paul Weitz
Avec Robert De Niro, Ben Stiller, Jessica Alba...
Titre original : Little Fockers
Durée : 01h45min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 22 décembre 2010

Mon beau-père ce héros...
 
On prend presque les mêmes et on recommence. La famille Furniker s'est agrandie, et les relations entre Greg, le gendre, et Jack Byrnes, le beau-père, sont au beau fixe. Mais très vite les problèmes vont ressurgir quand il va falloir s'assurer que Furniker est prêt à endosser le rôle de Don Furniker, celui qui veillera sur la famille.
 
...longue vie à la famille ( accent italien)
 
Choix cornélien et trouble existentiel en cette fin d'année. Question fatidique et enjeux nationaux en cette période de fêtes. “Mon beau père et nous” doit-il briller de deux étoiles, ou mieux, de trois.
Telle sera la question.
Trois étoiles.... parce que c'est un vrai bonheur de retrouver la famille Furniker et Byrnes au grand complet. Le précédent opus nous avait laissé sur une note ultra-positive, et il n'était donc pas interdit de penser que la pression entre les deux familles allait encore monter d'un cran.
 Trois étoiles... parce que le casting est super VIP. Les babas cool Dustin Hoffman et Barbara Streisand sont plus que jamais complètement lâchés, Jessica Alba s'en sort avec les honneurs et se fraie un chemin au milieu du duo moteur, Ben Stiller et Robert de Niro. L'alchimie entre eux est parfaite, le plaisir qu'ils ont à jouer ensemble est visible et communicatif.
A noter la présence sympathique de Laura Dern et Harvey Keitel et celle plus regrettable d'Owen Wilson.
 
Deux étoiles... parce que malheureusement, après avoir épuisé le stock de bonnes vannes, de comiques de situation à hurler de rire et lever les tabous des problèmes de famille, il ne reste que le sexe comme arme de destruction comique.
Pour le meilleur et surtout pour le pire. On flirte avec le fil du lourdingue et du super burlesque, et comme un citron un peu trop pressé, on a l'impression d'être arrivé au bout.
Si les précédents films avaient réussi le tour de force d'être drôles de bout en bout, ici il ne faudra compter que sur quelques saynettes amusantes.
Deux étoiles enfin... parce que les ressorts comiques sont cassés et que tout repose sur les comédiens. Et bien évidemment, ce n'est pas suffisant.
 
La tension est insupportable mais quelque peu inutile car le nombre d'étoiles inaugure ce papier... ce sera donc deux ! Car oui la différence avec trois est gigantesque: d'un côté, plus qu’une simple comédie, un film que l'on revoit en famille et que le temps fera bien vieillir. De l'autre, un moment de plaisir éphémère. Et même si l'on est en droit d'attendre plus d'une comédie, on peut se dire que c'est déjà pas mal.
 
Bon film et à l'année prochaine !
 



Harry Potter et les reliques de la mort (partie 1)


Un film de David Yates
Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson
Durée : 02h25min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 24 novembre 2010
 
Attrape-moi si tu peux…
 
Voldemort a prit le pouvoir sur le Ministère de la Magie et sur Poudlard. Pour tenter de vaincre les Ténèbres, Ron, Hermione et Harry partent à la recherche des derniers Horcruxes. Mais il va falloir s’armer de courage car la route sera longue et semer d’embuches.
 
Harry, un ami qui vous veut du bien…
 
Même les sagas ont eu une fin. Du moins pas tout-à-fait. De source officielle le dernier tome d’Harry Potter étant si dense, Warner aurait décidé de le scinder en deux films pour mieux restituer les détails. Evidemment, l’idée est de jouer la montre et de ramasser les œufs jusqu’au dernier d’une franchise devenue phénomène de société.
Ce ne sera donc que le début de la fin, le bouquet final étant prévu pour août 2011.
 
Mais avant cela, le précédent film, Le prince de Sang Mêlé, annonçait déjà l’inévitable: dans la vie, tout le monde grandit, même chez les sorciers. La mort de Dumbledore ayant été le déclencheur de la mise en orbite d’Harry et de ses petits copains dans le monde adulte. On est donc rapidement plongés dans de nouveaux problèmes de grands: jalousie, paranoia, schizophrénie, faire son deuil. Les reliques de la mort suit donc la mouvance plus sombre des précédents numéros en élevant encore le degré d’obstacles psychologiques et d’enjeux dramatiques. Le ministère de la magie prend peu à peu des allures de quartier général nazi ou des sentinelles de soldats à la botte de l’empereur Voldemort sont dispersés en ville pour organiser des rafles et où la pureté du sang est une condition sine qua non à un emprisonnement immédiat. Le parallèle avec l’occupation et la déportation ajoute une teinte sociale et une gravité jusqu’ici totalement absente de la série puisque chaque film étant coupé de la réalité.
 
Pour la première fois la vraie vie prend le dessus. Le monde extérieur avec ce qu’il produit de pire est l’ultime épreuve d’Harry. D’ailleurs, quoi de mieux pour faire sentir le poids de cette réalité que de tourner pour la première fois dans des décors naturels. Car loin de Poudlard, des salles de classes et des dortoirs douillets, c’est dans les bois, dans les collines, les vallées et aussi, le temps d’une séquence très réussie, en plein Londres que les trois sorciers sont plongés. Tout ça donne forcément une dimension plus réelle, plus organique comme ces plans larges en haut des montagnes dans ces paysages somptueux qui ancrent les personnages dans de nouveaux défis tout en les rendant plus proches de nous. David Yates en fait parfois un peu trop avec une mise en scène très marquée et peu subtile par moment, mais ses cassures de rythme donnent une vraie consistance au film. A noter une séquence d’animation magistrale qui vous marquera pour longtemps.
 
Et même si les ados et les adultes se sentiront peut-être un peu plus concernés, la magie opère comme jamais et relève nettement le niveau des deux derniers numéros. 



Machete


Un film de Robert Rodriguez, Ethan Maniquis
Avec Danny Trejo, Robert de Niro, Jessica Alba…
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 01h45min
Date de sortie cinéma : 1 décembre 2010
  
Montre moi ta machète,
 
Machete n’est en apparence qu’un simple ouvrier mexicain sans papier vivant du mauvais côté de la frontière et à qui des gros méchants pensaient pouvoir faire endosser un assassinat politique. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses et que machète plus vengeance ne font parfois pas toujours bon ménage.
 
Je te dirai qui tu es…
 
En 2007 sort sur les écrans Grindhouse, véritable hommage aux films d’expoitation et séries B des années 70.  Boulevard de la mort est la première partie réalisée par Quentin Tarantino. La seconde, Planète terreur, est dirigée par Robert Rodriguez. Intercalées entre les deux, des fausses bandes-annonces et teasers de films qui n’existent pas. Parmi eux, Machete.
 
Ultra codifié, cette royale série B est une cour de récréation pour le réalisateur touche à tout de Sin City (musique-écriture-réalisation-montage-production) qui prend un plaisir fou à jouer avec les clichés du genre.
Les super méchants avec leurs grosses maisons et leurs magouilles politiques face aux super gentils au passé meutri et douloureux et à la soif de justice pour tous. L’idée est donc de voir dépasser les ficelles et d’avoir une histoire qui tient sur un bout de papier. Niveau violence, on se lâche à coup d’intestin-grêle, d’ouvre bouteille et de tondeuse à gazon. La limite c’est de ne pas en avoir. Les règles, elles, sont nombreuses. En vrai technicien génial, fétichiste et nostalgique, le réalisateur respecte le cahier des charges du film de genre à la lettre. Du montage au cadrage, du grain de l’image aux effets sonore, la précision est quasi-chirurgicale.
 
Le choix des comédiens quand à lui, est une vraie folie. Danny Trejo, avec sa tête d’ex-taulard, trouve ici le premier vrai rôle de sa vie, face aux has-been des années 80, Don Johnson et Steven Seagal qui sortent des oubliettes pour jouer avec leur image de héros sur le retour. Pour jouer un sénateur facho et clownesque, c’est un miracle de voir Robert de Niro se moquer de lui-même en inversant les polarités des rôles qui l’ont rendu célèbre. Sa partition est déjà culte.
 
Côté glamour, on est servi. Michele Rodriguez et Jessica Alba s’occupent du menu mini jupe-mitraillette-talon-serviette mouillé. Et sous ses allures de dessin animé c’est peut-être là que Rodriguez vient distiller ses messages sur fond de drame social. Parce que oui les femmes sont les héros des temps modernes, oui le système est à bout de souffle et oui la politique d’immigration américaine peut virer à la comédie burlesque.
 
Machete est donc la formidable pirouette artistique qu’on attendait, sorte de pari fou qui consiste à populariser un genre pourtant réservé à une minorité. Ame sensible, s’abstenir quand même. Pour les autres, courez dans le cinéma le plus proche, car Machete est la formidable combinaison gagnante de ce que Rodriguez sait faire de mieux.
Une vraie dynamite cinématographique. 



Welcome to the Rileys


Un film de Jake Scott
Avec Kristen Stewart, James Gandolfini, Melissa Leo
Durée : 01h50min
Distributeur : Bac Films
Date de sortie cinéma :  10 novembre 2010
 
 
What a wonderful world...
 
Doug et Loïs Riley ont perdu leur fille il y a huit ans. N'ayant jamais fait leur deuil, leur quotidien est façonné de douleur et de chagrin. En déplacement à la Nouvelle-Orléans, Doug fait la connaissance de Mallory, stripteaseuse vivant seule et sans un sou. Il décide de la prendre sous son aile, au risque de mettre en danger les repères familiaux.
 
Il est beau mon Soprano…
 
A l'heure où le tonton Tony Scott met sur les rails le blockbuster ferroviaire "Unstoppable" et que le papa Ridley planche sur les préquels d'Alien, le fiston Jake Scott signe le petit bijou de cette fin d'année. Après un premier long- métrage, Guns 1748, passé aux oubliettes, le deuxième sera le bon. Welcome to the Rileys l'affranchit de l'autorité parentale grâce à une mise en scène toute en subtilité, loin des clichés dramatico-pleurnichards et des ficelles du genre.
Le scénario ne s'apitoie pas sur le destin tragique de ses personnages, mais les accompagne plutôt et tente au contraire de leur faire reprendre le dessus quand le poids de la vie est trop lourd. Marqué au fer rouge par la mort de leur seule et unique fille, ce couple va s’en découvrir une de substitution et cette configuration triangulaire va faire ressurgir des réflexes parentaux endormis, mais bien vivants, eux. Dans une Nouvelle Orléans post-castastrophe, le réalisateur dresse le portrait de trois personnages intenses et magnifiques. A commencer par James Gandolfini, loin de l'archétype mafieux des Sopranos, il porte littéralement le film sur ses épaules. Rien n'est plus beau que de le voir se sentir chargé de cette mission qui est de sauver cette fille, et rien n'est plus triste que de voir sa douleur ressurgir au beau milieu de la nuit dans son garage de banlieue.
 
Dans le rôle de sa femme, Melissa Leo est l'onde de choc du film, toute en retenue, elle erre dans la première partie du film comme un zombie sous xanax, avant de s'ouvrir et de sentir à nouveau la vie et le monde. Comme lors de cette scène où elle marche dans l'herbe mouillée au beau milieu de la nuit. Telle une Gena Rowland chez Cassavettes, elle iradie le film de sa beauté pour finir par faire se transformer une simple scène d'assistance à systitte en danger en un grand moment d'émotion et de tendresse. Et puis la surprise évidemment vient de la jeune et profane Kristen Stewart. Repérée dans Into the Wild de Sean Penn, et révélée au monde avec Twilight, elle n'est pas la star qu'elle est aujourd'hui quand le film est tourné en 1998. Elle livre une prestation toute en puissance, impressionante. En deux plans, on oublie ses déambulations rurales chez les vampires pour voir se révéler une comédienne pur sang, authentique. Son magnétisme sexuel va très vite se transformer en un manque indéniable d'amour.
 
Jake Scott va donc filmer et raconter ses personnages comme dans un écrin, comme dans le creux de sa main, pour ne pas violer leur intimité mais les fait se heurter à une nuit américaine plus noire et cruelle que jamais. Comme ces visages plongés dans l’ombre d’eux-mêmes, où le voile de l'obscurité ne se lèvera que peu à peu, pour laisser passer la lumière de la vie qui ressurgit.
 
Welcome to the rileys a les qualités d'un premier film sans les défauts, de l'assurance et du courage et se révèle une très belle promesse, celle d'un réalisateur en devenir.
 
 



Date Limite


Un film de Todd Phillips
Avec Robert Downey Jr., Zach Galifianakis
Durée : 01h35min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma :  10 novembre 2010
  
Y'a un chinois dans le coffre...
 
Peter Highman est sur le point de devenir papa. Alors qu'il s'apprête à quitter Atlanta pour rejoindre sa femme et son futur bébé à Los Angeles, il croise la route de Ethan Tremblay, acteur en mal de reconnaissance, qui tente d'aller percer à Hollywood. Après un quiproquo à l'embarquement, ils sont interdits de vol et devront faire le voyage en voiture.
 
Et un tigre dans la salle de bain...
 
Todd Philips n'en est pas à son coup d'essai, et même si c'est bien loin d'être son coup de maître, voilà la confirmation officielle du lancement en orbite du réalisateur du tordant Very Bad Trip. Grâce à ce succès mondial, le scénariste du déjanté Borat s'inscrit en fer de lance d'une tendance comique qui se veut, comme il le dit lui-même, plus proche du jazz que de l'arithmétique. Tout est affaire de rythme, de bonnes vannes, et de situation burlesque sans oublier de faire sauter les limites. Sauf que là où Very Bad Trip était à consommer sans modération, Date Limite sent le réchauffé. Si Zach Galifianakis est indéniablement le comique en vue du moment, depuis son cultissime “y'a un tigre dans la salle de bain”, il n'en est pas moins que l'embarcation prend l'eau de toute part.
 
Bati sur les règles ancestrales du road-movie, film qui se passe sur la route, le spectateur suit les aventures d'un tandem que tout oppose, autre régle ancestrale appellée aux USA un buddy movie. Il est embarqué dans une folle aventure où les surprises et les imprévus ne risquent pas de manquer. Soit, mais là où le bât blesse, c'est que lorsque vous mettez dans le même habitacle Iron Man et un grec barbu à l'humour potache, ça coince. Si Pierre Richard rend la monnaie de sa pièce à Depardieu, si Mel Gibson le vaut bien face à Danny Glover, Robert Downey Jr. n'est pas l'écho de Zach Galifianakis. Comme un miroir ne réfléchissant pas, ces deux là se heurtent au lieu de se compléter. Et si moins par plus ça fait moins, alors l'énergie déployée par l'un, est aussitôt annulée par l'autre. Very Bad Trip fonctionnait sur une énergie de groupe, Date Limite est  un one man show à deux, la victime du succès de son grand frère, une fantaisie qui se déguste en apéritif.
 
Mais il suffit parfois qu'un hors-d'oeuvre dégénère pour qu'il nous fasse sauter un repas. Date Limite fait donc une fois de plus dynamiter les règles. L'histoire on s'en fiche, le dénouement tout le monde le connaît, ce qui compte c'est la route, ce sont les obstacles, les rencontres. Au service de joutes verbales qui valent de l'or, il est quand même agréable d'admirer deux comédiens géants qui nous prouvent encore, que chez les américains et malgré un puritanisme omniprésent, on peut toujours allez plus loin quand il s'agit de se marrer.



THE SOCIAL NETWORK


Un film de David Fincher
Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake…
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée:  2h00
Date de sortie: 13 octobre 2010
 

Add me…
 
Octobre 2003. Mark Zuckerberg est étudiant à Harvard. Après une rupture difficile, ivre et en quelques heures, il crée Facemash, logiciel qui permet de choisir la fille la plus sexy de l'université. Avec vingt deux mille connexions, il fait sauter le réseau du campus en un rien de temps. La machine Facebook est lancée...
 
Et deviens mon ami…
 
La révolution a commencé. Et elle sera virtuelle. Facebook pèse 25 milliards de dollars. Facebook c'est plus de 500 millions d'adeptes dans le monde et 17 millions en France. La première drogue qui se consomme par les doigts et par les yeux. L'idée d'en faire un film posait le problème suivant : comment livrer une oeuvre de facture au moins égale au phénomène qu'il tente de raconter ?
Quand Kubrick réalise 2001 l'Odyssé de l'espace, il a besoin de trois choses : une musique, une vision, une histoire.
David Fincher ce sera pour la vision, Aaron Sorkin pour l'histoire, et Trent Reznor pour la musique.
Voici donc l'équilibre parfait entre un sujet passionnant et un conteur hors pair qui réussit le miracle de créer une oeuvre rock, un monument de mise en scène, au service d'un évènement générationnel sans précedent. Facebook n'est pas un biopic (une biographie filmée) c'est la captation romancée de la création, de la naissance et de l'explosion d'une créature. Une créature qui, plus son maître est en colère ou blessé, se mettra à grossir, à détruire, à envahir le monde. Une réaction en chaîne qui trouve dans le film une place à part où l'on est le témoin de la solitude exrême dans laquelle Marc Zuckerberg trouve son trône de roi.
Chaque phrase assassine dont il est victime, chaque tromperie et sa rupture amoureuse seront autant de "déclencheurs" pour passer la vitesse maximale.
 
Une analyse anthropologique et sociologique du pouvoir et de ses conséquences servie par une mise en scène se révélant un exact mélange entre les films les plus opposés de David Fincher, Fight Club et Benjamin Button, classico-moderne, truffé d'effets spéciaux dont seul votre inconscient aura conscience, (les jumeaux sont une seule et même personne, les mouvements de caméra dépassent les lois de la gravité narrative) le réalisateur opte ici pour un montage en dominos. Le film se passe au présent, lors du procès du créateur de Facebook, mais reste entremêlé de son histoire, au passé.
En apparence une narration classique, les plaidoiries justifient les flashbacks, mais la réalité est toute autre, les verrous de la linéarité sont dynamités pour que l'histoire grandisse en escargot, comme si tout était relié au même épicentre, la solitude de Zuckerberg. Et le tout est tendu et rélié par la délirante et puissante musique originale du groupe Trent Reznor qui signe au passage sa première musique originale de film, ce qui ajoute au rythme effréné.
Comme si Autant en emporte le vent croisait Orange Mécanique, The social Network échaffaude un péplum moderne et une fresque générationnelle nourrie aux codes informatiques.
Le Howard Hugues version 2.0 est né.
Il est déjà culte.
 



Elle s'appelait Sarah

 
Un film de Gilles Paquet-Brenner
Avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Niels Arestrup,
Distributeur : UGC Distribution
Date de sortie :  13 octobre 2010
 

Elle avait les yeux clairs…
 
Julia, journaliste américaine installée à Paris, se voit confier un article sur la rafle du Vel d’hiv. En remontant les traces de son passé, son destin va croiser celle d’une petite fille, Sarah, déportée en 1942.
 
Et elle avait ton âge.
 
Avant d’être un film, Elle s’appelait Sarah est un livre. Vendu à deux millions d’exemplaires dans le monde, il est le huitième roman de Tatiana de Rosnay. Forte de son héritage britannique (par sa mère) et de ses étapes en Angleterre, à Boston et à Paris elle a su insuffler à son roman une dimension et un ton franco-américain au service d’une intrigue et d’un personnage plongé dans les horreurs de la rafle du Vel’d’Hiv. Tenter une adaptation fidèle était donc une lourde tâche et c’est le très innatendu Gilles Paquet Brenner, réalisateur à la filmographie chaotique, qui est au commande du projet.
Scindé en deux, le temps du récit d’Elle s’appelait Sarah est partagé en deux, celui de la rafle, vécue par la jeune Sarah et celui de l’enquête, menée par Julia, la journaliste, qui se déroule de nos jours.
L’équilibre entre les deux époques est parfait, le montage précis et inspiré, où ces deux personnages, ces deux destins liés par un appartement de famille, deviennent commes deux lignes de vie, apparemment condamnées à n’être que parallèles et qui vont finir par se croiser, s’entremêler.
 
Paquet Brenner parvient donc à conserver le fil de l’enquête sans jamais trainer en longueur. Ravivant des souvenirs de polémique sur l’idée de « A-t-on le droit de filmer les camps ? Comment filmer les camps ? », il prend ici le parti pris de rester à mi-chemin entre le documentaire caméra épaule et le film Classique. Au milieu de l’horreur, l’émotion jaillit comme lorsque ces deux enfants parviennent à fuir et courent dans les champs de blé où quand Sarah découvre la mer pour la première fois. Les larmes vous envahissent quand au milieu de ce chaos, une lumière apparaît : sauver une personne revient à sauver l’humanité toute entière.
 
Ainsi Elle s’appelait Sarah prend les traits d’une adaptation exigeante et c’est dans sa recherche de ce qui ne se voit pas, de ce qui est enfoui, caché, que se révèle la beauté de cette oeuvre. Comme s'il fallait filmer ce qui il y avait derrière, tenter de montrer l’invisible. Cette quête de la vérité illustre cette volonté d’aller au delà des apparences, gratter, pour obtenir le vrai. Toujours le vrai.
 
En suivant ces différents destins, j’espère avoir fait un film dans lequel tout le monde peut se sentir concerné. Un film qui nous fait visiter l’histoire d’un point de vue accessible et identificateur, mais pas infantilisant ni moralisateur".
 
Et même si l’auteur du livre est en partie la grande responsable, Elle s’appelait Sarah joue un vrai rôle pédagogique auprès de ceux qui peuvent encore ignorer ce qui se cache derrière la rafle du Vel’d’Hiv. Comme ce journaliste qui s’étonne que les nazis n’aient pris aucune photo pour entendre Julia lui répondre que ce n’était pas eux, mais la police française.
 
Servi par une mise en scène forte et maitrisée, frôlant malgré tout la démonstration trop sage et limite scolaire, on notera la très belle photo de Pascal Ridao, toute en subtilité, où le grain des époques traduit superbement les humeurs changeantes des personnages, tous justes et magnifiques.
Nils Arestrup est bouleversant et Kristin Scott Thomas, comme toujours, est magnifique et troublante dans ce personnage ambigü qui va devoir faire un retour sur elle-même et remettre sa vie en question. Sans oublier la très prometteuse Sarah, Mélusine Mayance, que l’on ne peut pas oublier.
 
Elle s’appelait Sarah est un film important, contre les certitudes et l’oubli, qui signale ici le retour d’un réalisateur arrivé à une certaine maturité artistique.
Un très beau et dur moment de vie.
 
 
NB :
Dans le cadre de l’exposition « Filmer les camps » proposée au Mémorial de la Shoah, vous pouvez encore découvrir le dernier cycle, Hollywood et la Shoah.
A noter les projections courant octobre des films de Tarantino, Woody Allen ou encore Steven Spielberg.
Plus d’informations : www.memorialdelashoah.org



Mange, Prie, Aime

 
Un film de Ryan Murphy
Avec Julia Roberts, Richard Jenkins, Javier Bardem
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 02h20min
Date de sortie: 22 septembre
 

Mantra…
 
Liz Gilbert est malheureuse. Sortant d’un divorce douloureux, elle veut reprendre sa vie en main. Pour en retrouver le gôut,
elle décide de partir un an. Au programme, pâtes en Italie, prières en Inde et paix intérieure à Bali.
 
Mantra pas.
 
Ouvrez grand vos chacras, inspirez un grand coup, il est temps de trouver l’équilibre parfait entre la terre et le feu, le sel et le poivre et l’amour et la guerre.
Mange, Prie, Aime est d’abord un best-seller vendu dans le monde entier, Eat, Pray, Love: one woman's search for everything across Italy, India and Indonesia, de Elizabeth Gilbert.
Après le guide des castors juniors pour fabriquer une cabane avec du coton, voilà le guide du comment trouver le bonheur avec des spaghettis et une cabane à Bali. Si il faut noter que l’intention est belle et louable, que Julia Roberts incarne à elle seule une beauté quasi mystique, et que l’on prend plaisir à retrouver deux immenses acteurs, Javier Bardem, No country for Old Men, et Richard Jenkins, Burn after reading, on s’ennuie. Le montage est grossier et maladroit, la mise en scène lourde et aussi délicate qu’un éléphant avec un plat de pâte.
 
Ryan Murphy a été fabriqué dans le moule des séries, créateur de Nip Tuck, réalisateur de Glee, et en est sorti complètement formaté, incapable de construire un récit de plus de quarante minutes. Des caméras placées n’importe où, un plan séquence raté, des raccords limites et puis des longueurs, beaucoup de longueurs. Il veut tout nous montrer, et tente, de manière caricaturale, de filmer au rythme du pays dans lequel on se trouve. Si cinématographiquement il ne reste rien, par contre ce sont les offices du tourisme italien, indien et indonésien qui doivent être contents. La belle Julia, elle, a beau faire tout ce qu’elle peut, on reste à quai regardant le bateau s’éloigner pour fatalement finir en naufrage.
 
Certainement très agréable à la lecture, Mange, Prie, Aime, méritait un traitement plus délicat, avec un vrai point de vue plus subtil, plus proche des maux de ses personnages. A noter messieurs, que ce film s’adresse à un public majoritairement féminin, ou, à votre côté le moins masculin. Sinon, pour les irréductibles pretty woman, celles en mal d’amour qui se sentent seules pensant que le chaos régit le monde mais qui croient que l’amour est plus fort que tout et qu’il finit toujours par triompher, vous n’avez plus qu’à prendre des notes et vous laisser guider dans cette quête spirituelle où le bonheur et l’amour seront vos récompenses. Sinon vous pouvez toujours vous inscrire à un cours de yoga près de chez vous.



Ces amours-là

 

Un film de Claude Lelouch
Avec Audrey Dana, Laurent Couson, Raphael, Dominique Pinon…
Durée : 02h00
Distributeur : Rezo Films
Date de sortie : 15 septembre
 

A nous deux…
 
Tout au long de sa vie Ilva a aimé des hommes, beaucoup d’hommes. Plaçant l’amour au-dessus de tout, elle a toujours vécu sans faire aucune concession. L’amour à tout prix…
 
Tout ça… pour ça !
 
Nous sommes en 1960, Claude Lelouch vient de réaliser son premier long métrage, Le propre de l’homme. Il projète le film à un confrère qui s’endort devant. De peur de passer à côté du chef d’œuvre du siècle à cause d’un déjeuner un peu trop arrosé, il recommande Claude Lelouch à la profession. Son film est un échec total. Il détruit les pellicules. Un critique écrit : « Lelouch, souvenez-vous de ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler. »
50 ans, 43 films, cinq femmes, sept enfants et des centaines de récompenses plus tard, voici le film dont il a toujours rêvé. Chorale, historique, mêlant grande et petite histoire, une frasque dont l’amour serait le héros et où une femme viendrait à elle seule résumer ce que le monde a fait de plus beau. Ces amours-là est donc la parfaite synthèse de ce que Lelouch fait de mieux, mais malheureusement aussi, ce qu’il fait de pire. Depuis Un homme et une femme, film mythique et intergénérationnel, il a réinventé une façon de faire du cinéma. Sa caméra qui ne cesse de tournoyer, sa direction d’acteurs et sa vision de l’amour au cinéma font de lui un metteur en scène unique. Oscillant de succès en échec retentissant, il n’a jamais été aussi bon que dans des films modestes et fait dans l’urgence.
 
Dans Ces amours là, on arrive donc à trouver, parsemer ici et là, ces fameux moments de vérité. Comme ce dialogue dans les excaliers d’une boîte de jazz entre Ilva et celui qui deviendra son futur avocat. Ou ce nazi jouant la Marseillaise. On retrouve sa passion pour le cinéma, intacte, comme au premier jour. Il ne filme pas, il danse avec sa comédienne magnifique de candeur et de beauté, qu’il avait lui-même découvert pour lui confier son premier grand rôle dans son précédent film, Roman de gare.
Audrey Dana porte le film sur ses épaules et c’est là que les effets pervers ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. Retraçant cent ans d’Histoire, Lelouch filme le passage du muet au parlant, la grande Guerre, les camps, le débarquement et très vite, c’est trop.
On se perd, on s’égard, on veut retrouver l’amour, le vrai, le simple, sous un réverbère, au coin du feu ou à la table d’un café. On se met à regretter la leçon de « bonjour » de Belmondo et Anconina ou le petit déjeuner de Ventura et Fabian dans La bonne année.
 
On se fiche de voir ce débarquement en carton pâte tout ça pour voir combler les désirs d’un réalisateur fiévreux de filmer "sa" fresque. On déteste cette mégalomanie grandissante et ces citations outrancières : rétrospective de ces plus grandes comédiennes, émergence d’un jeune réalisateur qui tourne autour de ses acteurs avec sa caméra. Lelouch se prend pour D.ieu, et son final prend des allures testamentaires. Mais le facteur sonne toujours 44 fois puisqu’il travaille déjà sur son prochain film, Les chemins de l’orgueil, suite de L’aventure c’est l’aventure.
 
Ainsi Ces amours-là vaut pour ce qu’il a de passionné, pour sa fougue et pour sa comédienne Audrey Dana, magnifique rayon de soleil. Les comédiens y sont comme toujours juste et vrai mais à l’instar de Les uns et les autres ou Itinéraire d’un enfant gâté, Lelouch se prend les pieds dans un excès de confiance et de prétention.
Une déception eu égard à la hauteur de nos espérances.



Des hommes et des dieux

 

Un film de Xavier Beauvois
Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale…
Durée : 02h00
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 8 septembre
 

Partir, c’est mourir…
 
Nous sommes en 1990. Un monastère est perché dans les montagnes d’Algérie. Sept moines y vivent en harmonie avec leurs frères musulmans jusqu’au jour où un groupe d’extrémistes vient faire régner la terreur dans la région. En pleine guerre civile, malgré les doutes et les mise en garde, ils décideront de rester, au péril de leurs vies.
 
Alors je reste.
 
Librement inspiré de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine, Xavier Beauvois nous retrace les dernières années de vies de ces hommes jusqu’à leur enlèvement, en 1996. Et force est de constater la maîtrise et la force crépusculaire du réalisateur de Selon Mathieu et du Petit Lieutenant. Ces années s’écoulent comme de l’eau dans un ruisseau où les saisons viennent réveler le huitième personnage, la nature. Comme un baromètre émotionnel, elle est révélatrice de l’état d’esprit des personnages. Xavier Beauvois est un cinéaste contemplatif. La mise en scène est rigoureuse, exigeante. Il prend son temps. Tout est minéral et méthodique. Les points de montage sont parfaits. Comme des tableaux, ses plans tentent de percer le mystère, celui de ces moines installés dans ce monastère, coupés de tout ce qui n’est pas réel, en osmose avec leur lieu de vie. Michael Londasle, inoubliable et boulerversant, soigne les habitants du village. Tous, sans distinction et jusqu’à cent cinquante par jour. Partagés entre prières, études, taches ménagères et agricoles, chacun a sa spécialité.
 
Des comédiens, qui, dès les premières images, semblent habités, possédés par leur personnage. Lambert Wilson, en homme de responsabilité et « chef » élu démocratiquement, est un véritable héros. Il n’a pas besoin de convaincre les autres de rester, il va juste les éclairer, leur montrer la voie. Il est guidé par cette lumière qui le force à être au service des autres. Et cette fraternité est magnifique. Uni comme une famille, ils n’existent plus individuellement, ils sont là pour les autres. Les comédiens sont prodigieux. Plongés dans le doute, la peur et le doute, le réalisateur les filme dans cette solitude où l’incompréhension vient troubler leur vision. Jamais voyeur, toujours pour mieux comprendre.
Mais Xavier Beauvois est un homme qui a la fièvre et il est intéressant de sentir sous chaque séquence cette animosité contenue où ne reste que l’émotion, partout dans ce compte à rebours où l’on connaît la fin.
Dans le Petit Lieutenant il filmait ces flics façon documentaire, ici il contemple, en retrait. Jusque dans la précision de ces cadrages où il attendra ce dernier repas magnifique pour oser faire ces gros plans si fantastiques.
 
Des Hommes et des Dieux aurait pu devenir un film politique ou un brûlot anti-clérical. Il n’en est rien. C’est simplement l’histoire de sept (huit…) hommes investis d’une mission et qui ont fait le choix d’être libres. Débordant d’humanité, Xavier Beauvois signe ici un film bouleversant d’où l’on sort silencieux, comme cette marche funeste et cet époustouflant plan séquence final neigeux.
La Palme d’or, la voici.
 
A noter, Des hommes et des Dieux représentera la France dans la course aux Oscars 2011. Un film sur la paix, un beau, un vrai. Merci.



Le bruit des glaçons

 

Un film de Bertrand Blier
Avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro...
Durée : 01h27min
Année de production : 2009
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie cinéma : 25 août 2010
 
Mortel...
 
Charles est écrivain. Charles est alcoolique. Et Charles reçoit la visite de son cancer.
 
Y a comme un goût de pomme...
 
Bertrand Blier is back*. 5 ans que l'on ne l'avait plus vu. Au moins le double qu'on l'avait perdu dans des délires expérimentaux ratés sous forme de pétard mouillés.
Le bruit des glaçons vient le sauver du K-O technique et c'est une réelle résurrection à laquelle nous assistons. Tourné au steadycam* et en quasi huit-clos, il joue cette fois-ci la carte du tournage en équipe réduite, se débarrasse des fioritures pour ne garder que l'essentiel, l'essence même de ce qui a fait le succès de ses plus grands films. Le réalisateur des Valseuses à toujours autant de mordant et de piquant et signe ici un projet bizarre et excitant. L’idée lui vient “d’un mec qui a une gueule de cancer croisé sur un tournage il y a maintenant des années de ça”… Osé.
 
Qu’on ne se méprenne pas, la porte d’un Blier n’est pas grande ouverte. On peut rester facilement à l’entrée si l’on est pas sensible à son langage, sa grammaire cinématographique. Pour les autres, en moins de deux on est entraîné de force dans un rythme effréné au ton unique où mise en abyme, flashback et dialogue face caméra, viennent dynamiter le récit. Un puzzle maîtrisé grâce aussi à des comédiens en phase avec leur metteur en scène. Aussi inattendu qu'évident, Jean Dujardin et Albert Dupontel surprennent et émeuvent. Audrey Dana et Anne Alvaro viennent compléter un casting riche et généreux. Mêlant vaudeville, absurde et séquences intimes, la palette est large et comme dans un laboratoire géant, tout le monde s'en donne à coeur joie.
 
Ne cherchant jamais à égaler leurs maîtres Depardieu et Dewaere, le nouveau “DD couple” s'installe comme dans leurs pantoufles dans des dialogues qui fusent à deux cents à l'heure et qui sont réglés comme du papier à musique. Le rapport comique/drame qui naît entre Charles et son cancer sarcastique, charge le film d'une tension spéciale et étrange. Jouer sur les deux tableaux renforce leurs impacts sur le spectateur et comme un choc de neutrons et d'électrons, c'est une explosion de tendresse et d'humanité qui jaillit de ce bac à glaçons. Une nouvelle collaboration fructueuse donc, qui n’a pas peur de traiter d’un sujet aussi grave dans une réflexion de bon vivant pleine de joie et de bonne humeur.
Blier ne meurt jamais…
 
*Bertrand Blier est de retour.
*caméra harnachée sur le caméraman à l’aide d’un un bras métallique qui permet plus de souplesse lors des mouvements.



Piranha 3D

 
Réalisé par Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O'Connell
Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 01h29min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie : 1 septembre 2010
 

Le piranhas a des yeux…
 
Lake Victoria. Comme tous les ans, cette petite ville est le terrain de jeux de milliers de jeunes venues pour le traditionnel « spring break ». Une semaine par an, en attendant leurs résultats, les étudiants viennent s’ennivrer et faire la fête sans aucune limite. Sauf que, un tremblement de terre vient secouer le lac d’ordinaire si tranquille et laisse s’échapper du fin fond des eaux troubles une espèce de piranhas éteintes depuis la fin de l’ère préhistorique. Il est évidemment conseillé de rester sur votre serviette.
 
Bimbo le hobbit…
 
Alexandre Aja est un réalisateur bourré de fantasmes. Nourri aux films d’horreurs des années 80, aux séries B et aux Dents de la Mer, son Piranas 3D ne ressemble tout d’abord à aucune des deux autres versions, Piranhas, de Joe Dante, 1978 / Piranha 2 -Les Tueurs volants- de James Cameron, 1981. Si l’on peut déjà dire que c’est en soit une bonne nouvelle, le deuxième pari consiste à mélanger les genres: la comédie et l’horreur. Un peu comme si Evil Dead venait s’installer chez American Pie.
 
Autre mélange, qui est pop celui-là. Aja alligne les références en confiant son casting à des acteurs de séries, et surtout au cultissimes  Richard Dreyfuss, Les Dents de la mer, et Christopher Lloyd, Retour vers le futur. Mais bien plus qu’un grand nostalgique, il est aussi un très bon conteur et un formidable metteur en image. Renforcé par une 3D très réussie, ce Piranhas ne vous laissera aucune seconde de répit. Jouant sur les codes visuels que Spielberg avait inventé avec génie pour son Jaws, il lui rend hommage de manière classieuse tout en insufflant une vraie vision à son film. Et il n’en fallait pas moins pour orchestrer ce bain de sang, ce massacre, cette boucherie où les bras et les jambes passent la plupart de leur temps bien éloigné de leurs corps d’origine. Contexte oblige, ces milliers de jeunes complètement ivres et assez dévêtus sont de la chair fraîche en buffet à volonté. Et pour rendre son film encore plus « hot », on suit un réalisateur de film porno qui n’a qu’une idée en tête, le concours de T-shirts mouillés. Poitrines silliconnées, ballet de lesbiennes sous-marins, Aja se lâche, même si ses producteurs lui ont quand même demandé de retirer quinze minutes de sexe et de gore, de peur que le film ne s’adresse finalement qu’au gik du genre.
 
Etant tombé dans la marmite étant enfant, Alexandre Aja est le fils d’Alexandre Arcady et a fait ses armes sur les films du papa, il maîtrise parfaitement le langage cinématographique et plus que ça, prend un malin plaisir à choisir le point de vue des Piranas. On peut y voir une Amérique venir se faire mordre le derrière lorsqu’elle s’abandonne de la sorte aux vices et au grand n’importe quoi.
Métaphore d’une nation en pleine implosion plus que jamais menacée de l’extérieur.
Avec déjà cinq films aussi inégaux qu’excitants, Alexandre Aja signe ici le plus fun de tous et semble prendre de plus en plus de plaisir à faire du cinéma. On ne peut que s’en rejouir et se dire que le meilleur reste à venir.
Oserez-vous faire le grand saut… ?



Inception

 
un film de Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page...
Durée : 02h28min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma :  21 juillet 2010
 

Non, rien de rien…
 
Dom Cobbes est un voleur professionnel. Sa spécialité, pénétrer vos rêves pendant que vous dormez pour en retirer les secrets les plus précieux. Recherché dans le monde entier, il ne peut revoir ses enfants, il est devenu un fugitif.
Après une opération qui tourne mal, il va entrevoir la possibilité de retrouver une vie normale, auprès de ceux qu’il aime. Le défi est de réaliser une "inception". On ne vole plus une information, on vient déposer une idée chez la « victime » afin qu’elle germe dans son esprit. Une mission suicide pour certains. Une mission vitale pour lui.
 
…non, je ne regrette rien…
 
Voilà maintenant onze ans que Matrix et Fight Club ont pénétré dans notre système solaire. Et voilà maintenant onze ans que l’on se demande quand la terre entrera à nouveau en contact avec un ovni cinématographique. C’est maintenant chose faite avec cette claque d’originalité.
Flash-back. Nous sommes en 1999 et Christopher Nolan est un jeune réalisateur. Il réalise son premier long-métrage, Following, un film policier en noir et blanc qui le fait devenir un réalisateur à suivre . A la fin des années 90, sa collaboration fructueuse avec son frère Jonathan commence et le fruit de leur travail, Memento (pour un budget misérable), devient culte dans le monde entier. Trois films plus tard, le voilà aux commandes de Batman Begins, et à l’apothéose de son art, Batman the Dark Night. En dix ans il a su imposer une vision qui allait pouvoir totalement exploser dans l’une des meilleures histoires proposées depuis ces vingt dernières années.
 
Pour ne pas perdre de vue la réalité, chaque personnage se fabrique un totem. C’est un objet simple, petit, que personne ne doit toucher. Seul son propriétaire doit le toucher,il en connaît les moindres détails. Il est ce qui peut vous sauver.
 
Inception est un rêve éveillé. Le spectateur plonge dans les méandres d’un subconscient dans lequel il va falloir déposer une idée. Le pari est osé, et, comme un millefeuille géant, chaque couche compose une réalité plus ou moins réelle dans laquelle on peut entrer et sortir à tout moment. A tout moment, mais pas sans conséquences.
Et c’est là que le fantastique labyrinthe devient aussi passionnant qu’angoissant. Pour retrouver sa vie d’avant, Leonardo DiCaprio n’a pas le choix et doit mener à bien sa mission impossible; mais plus que ça, c’est son histoire d’amour qui est le fil tendu entre tous ces mondes. Elle donne au film toute sa dimension romanesque, c’est ce qui le relie à ses souvenirs, son passé, ses rêves… quand tout s’enmêle. Marion Cotillard hante le film telle une vedette américaine des années 30. Elle nous irradie de sa beauté et de son magnétisme. Tout comme Di Caprio qui habite son personnage en James Bond torturé du subconscient, et qui se bat corps et âme pour retrouver ceux qu’il aime. Inception mêle ainsi des aspects paradoxaux : l’intime et le grandiose, l’inaccesible et le populaire, le film d’auteur et le blockuster. D’un côté notre héros est tiraillé et commence un peu à dérailler avec toutes ces histoires de réel pas si réelles que ça, sa famille, son amour et ses problèmes,et de l’autre, les gadgets, les poursuites et les bagarres dans les airs, dans la neige et dans des hôtels sans pesanteur. Le tout constamment sous pression, le film fonctionne en flux tendu où chaque plan sert une trouvaille scénaristique.

Pour entremêler au mieux ces différents mondes et pour obtenir cette alchimie si parfaite, le réalisateur Christopher Nolan a mis dix ans pour écrire son film, qui rappelons le, n’est ni un remake, ni une adaptation. Il choisit le mode réaliste pour raconter son histoire. Pas d’extravagance dans les effets spéciaux qui composent seulement quatre cents plans du film, soit cinq fois moins qu’un film hollywoodien de ce calibre-là ! Nous ne pouvons que restés abasourdis comme le serait un enfant devant un tour de magie dont il tente vainement de trouver le truc.
 
Visionnaire et magnifique, Inception inaugure la note maximale. Il est la combinaison parfaite d’un savoir faire extraordinaire et d’une technologie utlisée à bon escient. Une réponse magique à ceux qui voient de la 3D partout. Alors quoi de mieux qu’un bon petit film d’auteur à cent soixante millions de dollars…
Place à la révolution.



Repo Men

 
Réalisé par Miguel Sapochnik
Avec Jude Law, Forest Whitaker, Alice Braga
Durée : 01h51min
Année de production : 2010
Distributeur : Universal Pictures International France
Date de sortie cinéma :  14 juillet 2010
 
Du coeur à l'ouvrage...
 
Dans un futur pas si lointain, les hommes sont parvenus à améliorer la vie.
Grâce à la société l'Union, il est possible d'acheter des organes artificiels. Seul problème, ils sont extrêmement coûteux et si vous ne pouvez plus payer, un Repo Men est envoyé chez vous pour vous supprimer afin de récupérer son bien. Rémy est un de ces Repo Men. Le meilleur même, jusqu'au jour où, après une intervention qui tourne mal, il se réveille avec un coeur artificiel de sa propre société...
 
L’arroseur arrosé…
 
La saison des blockbusters* est ouverte depuis maintenant deux semaines, et comme tous les étés, c'est le grand déballage. Avant la sortie du très attendu Inception de Christopher Nolan, la case Science Fiction / thriller était restée vide. Repo Men s'est chargé de le combler avec une histoire, qui, sur le papier était pourtant intéressante. Loin des archétypes du genre, elle avait le mérite d'oser un pari difficile, celui de mêler humour noir, gore, film du futur et réflexion philosophique. Une société est crée pour vendre des organes mais en cas d'impayé, elle récupère et tue.
Alors que nous apprenons qu'un laboratoire peut recréer des organes à partir de cellules souches, la résonance n'en est que plus forte.
Vu de loin, une rareté servie par un casting excitant, Jude Law et Forest Whitaker en VRP de l'organe impayé et Liev Schrieber en patron sans scrupules.
Vu de près, c'est un peu la catastrophe. Pourtant bien parti, pour les amateurs du genre la première séquence d'intervention fait rire et surprend, le film se prend les pieds dans une histoire où le ridicule prend vite le dessus et où l'on ne s'attache pas aux enjeux dramatiques auxquels font face les personnages. Les dialogues sont pauvres, moralisateurs et les personnages en font des tonnes.
 
RepoMen n'arrive pas à trouver son style, constamment balloté entre longueurs et course poursuite, le film est inégal. A noter quand même cette magnifique séquence, à la fois drôle et spectaculaire, lorsque Jude Law débarque dans ce laboratoire intégralement blanc et qu’éclate une fusillade.  Tout cela est donc très Dommage car on comprend vite que Repo Men n'a qu'un seul but, critiquer sévèrement la fonctionnement de notre société et tenter de discerner le réel de ce qui ne l'est pas. Des chefs d'oeuvres modernes comme Fight Club s'en étaient magistralement tirés. Là, c’est raté.
Le problème avec ce type de film, c'est que le pari est tellement osé, que si c'est perdu, la chute n'en est indubitablement que plus longue et douloureuse pour le spectateur.
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.
 
*un blockbuster est un film destiné au plus grand nombre, souvent produit par les plus grands studios à grands renforts de millions de dollars.
 



Twilight
Hesitation


 
Réalisé par David Slade
Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner, plus
Titre original : Eclipse
Durée : 02h04min
Année de production : 2010
Distributeur : SND
Date de sortie cinéma :  7 juillet 2010


Mordant…
 
Bella est plus que jamais en danger. La dangereuse Victoria a accéléré sa traque en montant une armée de jeunes vampires assoiffés de chair fraîche.
Pourtant ennemi, Edward, vampire membre des Cullen, va devoir enterrer la hâche de guerre le temps d’une collaboration avec Jacob, le mi-homme mi-loup. Il en va de la sécurité de Bella qui, tiraillée par les deux amours de sa vie, devra prendre une décision…
 
Ménage à trois...
 
Twilight fait du surplace. Après s’être quitté sur un happy end sous forme de demande en mariage, tout était réuni pour que cette chère jeunesse ( et pas seulement) pousse les même cris d’affolement et d’hystérie à chaque apparition du beau gentil vampire végétarien. Problème. Bella est indécise et c’est une mauvaise nouvelle pour notre vampire amoureux qui va devoir se livrer à un vrai duel de coqs face au beau Jacob sans t-shirt, qui va puiser ses atouts dans sa condition humaine et sa châleur corporelle. Pas très excitant donc d’assister au va et vient d’une Bella au cœur trop grand qui n’arrive pas à prendre de décision. Rapidement les scènes intimes tournent au ridicule et le rire remplace les larmes. Ne trouvant jamais vraiment son rythme, ce troisième chapitre vaut tout de même pour ses scènes d’action qui conservent cette froideur et cette touche « indé » qui le caractérise.
Sans vraiment de personnalités, tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu sans jamais y parvenir. La beauté de Kristen Stewart est elle plus que jamais glaciale et indiscutable et sauve les meubles là où des flash-backs et des dialogues sans fin pesant viennent ralentir le récit.
 
Enfin, plus que jamais ancrée dans les valeurs traditionnelles, le film peut se présenter comme un manifeste au « puritanisme des années Bush », analyse une certaine presse américaine. A une époque où tout vire au trash et à l’exhibitionnisme, les idoles des jeunes sont immortels et doivent attendre le mariage pour la mise en pratique des rapports sexuels. Retour aux bonnes vieilles valeurs donc, un bon coup de morale de vampire n’a jamais fait de mal à personne ! Dracula, revient... !
 



Shrek 4


Un film de Mike Mitchell
Avec les voix (originales) de : Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz…
(version française) Alain Chabat (Shrek)
Durée : 1h33 min
Année de production : 2010
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 30 juin 2010

Ogrement bon…
 
Shrek est devenu une star dans son marais. Père domestiqué d’une adorable brochette de minis ogres tout vert et mari aimant de la princesse Fiona, il n’est plus le monstre d’antant qui terrorisait les villageois et prenait des bains de boue à n’importe quelle heure. Lassé de cette nouvelle vie, il signe un contrat avec le sournois Tracassin : pendant une journée, il redevient celui qu’il était. Plus de pression, plus de couches à changer, juste des gens à effrayer. En échange, il doit donner une journée de son passé… Ce contrat tronqué va lui réserver bien des surprises.
 
Vert…igineux
 
Après un festival de Cannes 2010 riche en diversité et en couleurs, c’est tout en vert que nous commençons l’été. Shrek 4 -il était une fin - vient clore la série du film d’animation le plus politiquement incorrect, et l’un des plus drôles de ces dix dernières années. L’écurie Dreamworks, avec les trois premiers opus, nous avait habitué à des films très référencés. Parodie de Disney, hommage au film de genre, répliques tueuses, le catalogue était fourni.
 
Ici, nouvelle formule. On prend les mêmes et on approfondit pour chercher le double-fond chez chaque personnage. Idée connue, mais tendance et brillante, les mondes parallèles: qu’est ce qui se serait passé si ce jour là tu n’étais pas né… ? Si tu ne l’avais pas rencontré… ? Grâce à des superpositions d'histoires, le spectateur redécouvre des personnages qu’il pensait connaître, un chat potelé, un âne qui ne reconnaît plus son ogre, un petit biscuit gladiateur. Et puis enjeu de taille, la volonté de Shrek de reconquérir Fiona. Véritable enjeu dramatique, le film n’en est que plus émouvant et une fois de plus, trouve ici une vraie plus-value cinématographique, forte, comme seule son concurrent direct, Pixar, peut obtenir.
 
Avec Shrek 1, cet épisode est le plus riche et le plus drôle. L’humour fait mouche chez toutes les générations. Les petits et les grands sont conquis par ce mélange rock'n roll et paradoxalement, assez sage, où tout le monde y trouvera son compte.
 
Des adieux classieux et classiques d’une série qui compte et qui aura bouleversé les codes du film d’animation. De manière assez tarantinesque, chaque film aura su compiler modernité et références, pour finir en beauté par une marée haute de bonnes trouvailles, d’inventivité et de malice.
 



La tête en friche


Un film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane
Durée : 1h22 min
Année de production : 2009
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 2 juin 2010

La promesse de l'aube...

Germain a quarante-cinq ans. Il est quasi analphabète. Il n'a pas connu son père et doit supporter sa mère devenue totalement incontrôlable. Il partage sa vie entre son potager, le bistrot du village, et sa caravane. Un jour, dans le parc où il a pour habitude de venir voir les pigeons, il fait la rencontre d'une vieille dame, Margeritte, avec deux "t". Traumatisé par une enfance et une scolarité difficile, Germain va découvrir un nouveau monde grâce à la lecture. Peut-être le début d'une nouvelle vie...

Dialogue avec mon jardinier...

Aller voir un film de Jean Becker, c'est comme un week-end à la campagne ou comme une bonne bouteille de vin. Depuis Les enfants du marais, le réalisateur de l'Eté Meurtrier s'est fait le spécialiste de ce cinéma provincial, de village, de la terre et des bonnes choses. Avec ce nouveau cru, il étonne encore car il est rare et il est beau de voir encore qu'un certain cinéma classique, en noir et blanc mais tout en couleur existe encore. Celui où la mise en scène est une mise en abyme, où le dialogue devient poésie et le montage ponctuation. A une époque où tout va trop vite, où l'on se moque des vieux et où l'on ne comprend plus les jeunes, où un provincial est appelé un beauf, les films de Jean Becker nous donne du temps. Il nous donne à réfléchir sur ce que nous sommes.

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, le réalisateur est accompagné à l'écriture par le très grand Jean-Loup Dabadie, également scénariste de, César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres, Un éléphant ça trompe énormément... On est bercé par des dialogues fins et croustillants, où chaque mot est comme une note. Jean Becker éclaire le tout et les sert sur un plateau d'argent à deux comédiens magnifiques. Gérard Depardieu y est encore et toujours (et pour toujours) extraordinaire. Il ne joue pas juste, il joue vrai. C'est un ogre, un géant, qui nous bouleverse et nous émeut. Il nous fait tellement rire, lui qui traverse ce film comme un buldozer de sensibilité. Gisèle Casadesus, toute en légèreté et en douceur, est le contrepoids parfait. Elle est superbe.

Avec son précédent film, Deux jours à tuer, Becker avait haussé le ton et pris d'assaut le spectateur d'une émotion d'une rare intensité: il a su en conserver des bribes, lâchées ici et là, dans des scènes parfois comiques, parfois dramatique. Il filme l'authentique, ce qui ne se voit pas. De film en film, tel un chercheur, il se rapproche de son sujet, tente de comprendre ses mécanismes, en profondeur. La caméra devient microscope, mais l'acteur jamais un outil. Il vit. Comme un cinéaste d'un autre temps, sans nostalgie et juste par amour, il raconte au présent une histoire éternelle, une histoire d'amour, sans peur ni regrets. Juste avec simplicité. Une très belle année.

 



Comme les cinq doigts de la main


Un film d’Alexandre Arcady
Avec Patrick Bruel, Pascal Elbé, Vincent Elbaz, Eric Caravaca…
 Durée : 01h57min
Année de production : 2009
Distributeur : ARP Sélection
 
Quand on aime…
 
Ils sont cinq frères. L’un deux, David, éloigné de la famille, ressurgit le soir de Kippour, une balle dans le ventre, la pègre et la police à ses trousses. C’est en famille qu’ils devront régler leurs problèmes même si cela implique de faire ressurgir le passé…
 
Il faut partir…
 
Le grand carnaval des pires critiques s’est encore abbatu sur la tête d’Alexandre Arcady. Et pour une fois, et depuis longtemps, ce lynchage médiatique n’est pas mérité. Retour.
Après un passage à la comédie avec, entre autres, le catastrophique Mariage Mixte, Arcady revient à son genre de prédilection, le film policier sur fond de drame familial. Lui-même ainé d’une fratrie de cinq garçons et 28 ans après Le grand pardon, il retrouve tous ses thèmes chers à son coeur: l’exil, la famille, l’amour et la religion. Et chose assez surprenante, ce qu’on a toujours pu lui reprocher devient ici l’atout principal de son film. Pratiquant un cinéma en marge, parfois un peu vieillot, manichéen, il en sort ici un objet cinématographique étonnamment maitrisé. Assez équilibré, le spectateur est tenu en haleine et ne trouve pas le temps de s’ennuyer. On se prend vite d’affection pour ces cinq frères: l’ainé, riche et responsable, le pharmacien (mention spéciale au jeu de Pascal Elbé) qui vit un vrai retour à la religion, le beau gosse, le prof gaucho et le voyou. Si chacun existe et prend une vraie place dans le film, Patrick Bruel le porte sur ses épaules et trouve ici un vrai rôle de pater familias juif made in Arcady. Un peu trop riche et un peu trop Parrain, mais crédible et touchant. Là où Arcady pêche dans les séquences simples et de la vie quotidienne – un shabbat qui tourne mal, un café qui sonne faux entre frères – il insuffle une vraie énergie et un vrai suspense dans ses séquences dramatiques.
Comme Lelouch l’avait fait avec son Roman de Gare, Arcady se débarasse de certains tics de mise en scène et fait ce qu’il sait faire le mieux. Jouer avec les codes du cinéma de genre, donner du relief à ses personnages, gonfler la réalité pour leur donner un aspect plus dramatique, plus grave. Et même si son message n’est pas une vraie révolution scénaristique, il a le mérite de nous captiver dans cette tension grandissante et menaçante.
Et à voir absolument pour la magnifique séquence de fin sur la sublime chanson Island de Shlomo Artzi. 



Greenberg


Un film de Noah Baumbach
Avec Ben Stiller, Rhys Ifans, Greta Gerwing
Durée :1h45
Année de production : 2009
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 28 avril 2010

So far away from L.A…
 
Chez les Greenberg, il y a deux frères, celui qui a fondé une famille, qui part en vacances au Vietnam et qui vit à Los Angeles et l’autre, ancien leader d’un groupe de rock imaginaire, new-yorkais et fraîchement sorti de HP, qui profite de cette virée asiatique pour venir faire le point sur sa vie dans la villa familiale. Il s’est fixé deux buts très précis: construire une niche pour le chien, et surtout, ne rien faire. Mais très vite, il va pouvoir faire la connaissance de la fille au pair, supporter les plongeons d’inconnus dans la piscine, s’occuper du chien malade… De quoi reconsidérer ses plans.
 
Sous le soleil exactement…
 
Il est des moments où le cinéma américain devient paradoxe. Il est des films où l’industrie américaine laisse filtrer ce qu’elle sait faire de mieux.  Greenberg en est le pur exemple. Cinéma d’artisan, il propose une vision moderne, décalée et tellement personelle d’un homme à bout de force, incapable de vivre dans le présent et empêtré dans un passé qui n’a même pas existé. Ben Stiller, un des acteurs les plus "bankable" de la planète, nous surprend par l’extrême richesse de son jeu et en même temps par la simplicité apparente avec laquelle il l'exerce. Et puis cette ville de Los Angeles, dépeinte mille fois à l’écran, à l’envers, à l’endroit, en long, en large. Tant de portraits, de couleurs et de mots, tant d’effets spéciaux et des millions de dollars. Devenue plus un gigantesque studio à ciel ouvert, elle trouve ici une âme, nouvelle, grâce à l’idée de faire marcher son personnage dans la ville, de rapprocher les gens entre eux. Livrant ici son sixième long métrage, Noah Baumbach le co-écrit et le co-produit également avec sa partenaire à la ville, Jennifer Jason Leigh.
 
Simple et parfaitement construit, chaque rencontre, chaque personnage est associée à de longs plans fixes, comme si chacune d’elles étaient une nouvelle pièce du puzzle de la reconstruction de Greenberg. Soutenu coûte que coûte par son ami de toujours, subtilement interprété par Rhys Ifans, le colocataire en slip de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill, le film pose la question simple mais fondamentale: Comment accepter ce que l’on est devenu quand la réalité est en-dessous de ce que l’on imaginait ? Et c’est dans de longs dialogues tournés en plan séquence, croustillants, parfois drôles, souvent tristes que le réalisateur choisit de faire remonter la pente au personnage de Ben Stiller. Une pente qu’il redescend aussi vite si bien qu’il n’arrive jamais vraiment à la remonter.
Les portes du passé, au fil des désillusions, comme ce repas où il tente de reconquérir une ex, vont se refermer peu à peu. A l’image de son état, la ville devient plus vivante, plus grande, où inversement, elle se replie sur elle-même comme un personnage à part entière. Et puisque derrière chaque grand bouleversement il y a une femme, Greenberg est aussi et surtout une histoire d’amour. Loin de celles où des princesses croisent des princes dans les villas de Beverlly Hills ou de Santa Monica, c’est la violence de la réalité et des coups qui régient de manière bancale et imprévisible l’histoire d’un couple, Ben Stiller et Greta Gerwig, la fille au pair, en apparence si différent…
 
Véritable pépite cinématographique, Greenberg nous invite à naviguer entre sourire et peine, questions existentielles et générationnelles, en jouant sur le tempo et en cassant le rythme de manière étonnante. Un film lent et efferversent qui se dillue en vous très longtemps après l’avoir vu. L’occasion de (re)découvrir Ben Stiller… et de se poser deux ou trois questions sur nos propres vies… ce qui fait quand même deux bonnes raisons de ne pas le rater.



Iron Man 2


Un film de Jon Favreau
Avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Mickey Rourke, Scarlett Johansson,
 
Durée : 2h02 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 28 avril 2010

En rouge et noir...
 
Tony Stark, le géant mondial de l'armement est de retour. Après avoir annoncé aux médias de la planète que l'homme en armure rouge c'était lui, il va devoir en découdre face à l'Etat américain qui veut mettre la main sur son arme fatale. Comme si ça ne suffisait pas, un étrange psychopathe russe va ressurgir du passé pour tenter d'en découdre une bonne fois pour toutes...
 
Highway to Hell
 
Depuis ces denières années, Hollywood monte en régime dans la production de ces films de super-héros. Ou du moins dans ce qu'ils ont de non-héros. Après Batman, qui doit ses super-pouvoirs à la qualité de son matériel et à sa volonté d’en découdre avec le mal, Iron Man est un justicier qui après avoir vendu des armes au monde entier décide de les utiliser pour le sauver. "J'ai privatisé la paix dans le monde !" Une nouvelle race de chevalier des temps modernes est née, une nouvelle mythologie prend vie et c'est pour le plus grand plaisir du spectateur.
 
Drôle, décomplexé, ultra-moderne et explosif, ce nouvel opus possède tout du parfait blockbuster, plus, indéniablement, une vraie valeur ajoutée. A commencer par son casting, Gwyneth Paltrow est toujours aussi juste et magnifique. Elle en impose par sa classe, et son charisme naturel venu d'une autre époque. Mickey Rourke, très très méchant, amène plus de dramaturgie que Jeff Bridges dans le premier opus. Quand à la nouvelle venue, Scarlett Johansson, elle vampirise chacune de ses apparitions, notamment dans une scène explosive de karaté amélioré. Vrai bon point, le “super-méchant”, Sam Rockwell (La ligne verte, Confessions of a dangerous mind) est tout bonnement génial. A noter l’apparition de Samuel L. Jackson, discrète mais efficace.
 
Plus qu'une simple suite, Iron Man 2 se veut être le vrai prolongement du personnage amorcé dans le premier. Plus psychologique, parfois plus sombre, il pose de vrais problèmes et surtout dresse de vrais obstacles à notre héros. On y parle de transmission, de la mort, d'amour et la relation entre Iron Man et son assistante Pepper Rotts s'intensifie. Les enjeux sont plus graves, les responsabilités plus importantes.
 
Plus dense que le premier, Iron Man 2 est un vrai spectacle, un vrai show pour le spectateur. Show man et vrai star du rock, Robert Downey Jr. est jubilatoire et encore plus mégalo. Plus qu'une suite donc, un nouveau film. Si vous avez aimé le premier, vous aimerez le second encore plus, et au pire, vous aurez envie de revoir le premier. Ou l'inverse...



L'arnacœur


Un film de Pacal Chaumeil
Avec Vanessa Paradis, Romain Duris, François Damien
Durée : 01h45min
Année de production : 2009
Distributeur : Universal Pictures International France

L’attrape cœur…
 
Alex est briseur de couple professionnel. Satisfait ou remboursé, ses méthodes ne laissent aucune chance à ses victimes. Seul principe : ne s’attaquer uniquement qu’aux femmes malheureuses. Sauf qu’Alex est un homme de défi. Juliette va se marier dans dix jours. Mission : faire annuler ce mariage. Le contrat de trop ?
 
Que du bon(heur)…
 
Point de vue très personel: il est plus difficile de faire une bonne comédie qu’un bon film dramatique. Etre drôle sans être vulgaire, sans se répéter. Etre drôle en surprenant, en contournant les règles. Etre drôle tout en racontant quelque chose. Etre drôle et avoir des choses à dire. Tout ça se fait rare. Trop rare. Alors en plus du printemps, c’est une pépite de drôlerie qui nous arrive de la caméra de Pascal Chaumeil, (et de la plume de Laurent Zeitoun/Jeremy Doner/Yoann Gromb) qui signe ici son coup d’essai et son coup de maître. Plus habitué aux séries il nous offre une combinaison de dynamisme et de bonne humeur, servi dans un tempo funky et moderne. Et puis on rit beaucoup. La salle applaudit parfois. Chaque spectateur la connaît cette sensation, celle où on se sent tellement bien que l’on est impatient d’arriver à la séquence suivante, avec une seule crainte, que ce soit la dernière. Vanessa Paradis et Romain Duris vont tellement bien ensemble que l’on craque forcément. Et puis un point très important.
La condition sine qua non d’une comédie réussie: les seconds rôles. On le voit très bien chez nos voisins anglo-saxons (maîtres en la matière), une comédie a besoin de plusieurs personnages, construits, drôles, complets, vivants. A ce jeu-là François Damien explose dans ce film. Cet acteur belge encore assez méconnu en France prend ici définitement son envol. Avec Julie Ferrier, sa femme et collègue, ils forment un vai couple si attachant et si drôle, que l’on est déjà impatient de les retrouver à chaque sortie de champs.
    Alors qu’il est bon de prendre autant de plaisir devant un film qui n’a d’ambition que celle de faire rire. Et quelle ambition ! Pour cela, en plus des acteurs, le traitement du film est esthétiquement une réussite. Servi par un montage inspiré, le réalisateur insuffle de l’énergie et une plastique travaillée, vraie valeur ajoutée au film, à un scénario bien ficellé.
Une vraie bonne comédie comme on n'en voit pas assez et qui vous donne ce sourire qui ne vous quitte plus en sortant du cinéma.



Ghost Writer


Un film de Roman Polanski
Avec Ewa Mc Gregor, Pierce Brosnan
Durée 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Pathé Distribution
Actuellement au cinéma.Ghost save the Queen.
 
Ghost save the Queen

Un écrivain -nègre- est engagé pour terminer les mémoires de l’ancien Premier ministre britannique, Adam Long. Il va très vite découvrir que son prédecesseur qui est un ancien bras droit du ministre, est mort dans des circonstances troublantes…

Oh my ghost  !

Simple hasard du calendrier ou véritable coup du destin cinématographique, les responsables des longues files d’attente devant vos cinémas et des séances affichant complet depuis deux semaines sont les deux grands maîtres Martin Scorsese, pour Shutter Island, et Roman Polanski, pour Ghost Writer. Deux géants, deux amis, qui ont tous les deux décidé de situer leur nouvelle histoire dans le froid et la grisaille insulaire, aux abords de la côte Est américaine.
Hasard géographique ? Nouvelle destination à la mode ?
Adapté (lui aussi) du roman de Robert Harris, L’homme de l’ombre, Ghost Writer signe ici le grand retour du grand  Polanski. Assigné à résidence dans son chalet à Gtaad d’où il a supervisé la post-production, ses récents problèmes avec la justice américaine ne l'ont pas empêché de livrer ici une grande leçon de cinéma, du grand spectacle.
 
Présenté comme une véritable confrontation entre un ex-premier ministre (Pierce Brosnan) et son nègre (Ewan Mc Gregor), le point central du film se situe plutôt sur leur non-confrontation directe. Explication.
Hormis deux scènes clés entre les deux hommes, chacun va apprendre de l’autre, au contact d’une pléiade de personnages plus intriguants les uns que les autres. Devant la caméra les deux acteurs ont peu de scènes en commun, mais l’ombre de l’un pèse encore plus sur l’autre. Et celle d’Hitchcok sur tout le film.
Le spectateur se fait embrigader d’indice en découverte, de révélation en surprise, le poil toujours hérissé par ce froid de bord de mer. L’atmosphère gris bleu et la musique (du brillant français Alexandre Desplat ) y contribuent beaucoup.
 
Ewan Mc Gregor trouve ici son rôle le plus riche et le plus complet. Aussi juste et précis dans son jeu comme Polanski l’est à la mise en scène, chaque détail devient déterminant et l'invisible devient visible. Cet écrivain nègre devient l’outil du réalisateur pour filmer ce qui ne se voit pas telle une plongée en apnée dans les arcanes de la politique où l’on y découvre cette atmosphère si particulière.
L’auteur du roman dément s’être servi de Tony Blair comme fond d'idée, les acteurs démentent, mais la question n’est pas là. La tension devient de plus en plus palpable, le rythme fracassant pour que tambour battant naisse avec splendeur l’œuvre la plus moderne du réalisateur du Pianiste et de Chinatown.



Shutter Island


Un film de Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Durée : 2h17 min
Année de production : 2008
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 24 février 2010
 
Seul au monde…
 
Nous sommes en 1954. Teddy Daniels et Chuck Aule sont envoyés sur l’île de Shutter Island, au large de Boston. Coupée du monde, elle abrite un hôpital à la sécurité maximale. Le marshall et son co-équipier doivent enquêter sur la disparition d’une patiente.
 
Gangs of Boston…
 
Adapté du roman de Dennis Lehane, également auteur du superbe Mystic River porté à l’écran par Clint Eastwood, Shutter Island est déjà en soi un double événement. Tout d’abord parce qu’il est la quatrième collaboration de l’acteur Leonardo Di Caprio et du réalisateur Martin Scorsese. Aussi parce que dans la filmographie d’un des maîtres du cinéma américain, le choix d’un tel sujet paraît à la fois déroutant et totalement excitant. Présenté comme un mélange de suspense et de frisson, Shutter Island nous hante d’abord par la force et la puissance du jeu de rôles, du labyrinthe psychologique et mental que subit le personnage. Sujet à névrose, angoisse et paranoïa, Teddy Daniels, magnifiquement interprété par Leonardo Di Caprio, va rapidement perdre pied et commencer une descente aux enfers où ses souvenirs et ses traumatismes vont refaire surface. Il est important ici de ne rien dévoiler car, comme un gigantesque puzzle, tout est connecté. Et c’est en ça que le film sort du simple excercice de style. Profond et intense, le spectateur est bouleversé par la vie de cet homme meurtri. Traumatisé par son passé de soldat américain durant la libération du camp de Dachau, toute son existence va se voir ponctuée de drames et de souffrance. Et cette enquête n’est finalement qu’un prétexte pour découvrir le vrai sens de sa venue ici.
Visuellement, cette tension et cette névrose prennent vie sous forme de tableaux. Robert Richardson, directeur de la photographie, explore cette névrose en composant ses plans comme des peintures, avec toujours ces teintes orangées que l’on avait déjà pu admirer dans Aviator. Beaucoup de noir, de rouge, de sang. On se rapproche de quelque chose de gothique parfois. Un travail somptueux, fort, bouleversant même. L’interprétation de Di Caprio y est vertigineuse, et, pour mieux le « supporter », car aux Etats-Unis on appelle un second rôle, un supporting actor, (un tout autre sens…) des acteurs hallucinants. Pas étonnant quand on sait que Martin Scorsese exige un travail de recherche et de compréhension des personnages à tous ces acteurs. Et puis sa mise en scène est brillante, elle est inspirée, en permanence. Chaque plan est une pirouette, chaque séquence est maîtrisée. Shutter Island aurait pu être un film mineur, il devient la cour de récréation d’un maître. Il joue avec tous les codes du genre, flirte avec des références assumées et maîtrisées. La mécanique du supense hitchcokien, l’aspect graphique ultra-coloré et contrasté de Lynch, l’atmosphère Des griffes de la nuit de Tourneur. Comme il repousse les limites de jeu de son acteur, ce sont ses propres repères, sa propre mise en scène qui se veulent encore plus intéressantes, plus démonstratives. Alors même si Shutter Island n’est pas une œuvre majeure dans l’œuvre du réalisateur, elle marque un tournant dans son rapport à la caméra, à son comédien fétiche et surtout, au montage. Il est en tout cas un fim indispensable.
 
Reste à savoir comment vous réagirez au dénouement final…
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.



Valentine’s Day


Un film de Garry Marshall
Avec Ashton Kutcher, Julia Roberts, Jamie Foxx, Patrick Dempsey...

Durée : 2h03 min
Année de production : 2009
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 17 février 2010

All you need is love…

Los Angeles. Des couples, des célibataires, des jeunes et des vieux s’apprêtent à fêter la journée la plus romantique de toute l’année: la Saint Valentin.

Comme c’est original ! Mais que va-t-il bien pouvoir se passer… ?

A vrai dire, pas grand chose.

Tout d’abord il est important de préciser que la seule pseudo originalité de Valentine’s Day réside dans son casting. Tous les acteurs les plus branchés sont là, Julia Roberts, Ashton Kutcher, Jamie Foxx… sans oublier Eric Dane et Patrick Dempsey, icônes de la série Greys Anatomy. Voici un mois que le monde est plongé dans une promotion endiablée pour la sortie de ce film. Vive l’amour et vive la St Valentin !
Allez voir ce film, vous vous aimerez encore plus : c’est raté. On en sort endormi. L’histoire étant inexistante et la mise en scène fossilisée, c’est à un désastre romantico-pathétique auquel nous assistons. Sorti à grand renfort de marketing rose bonbon et attendu dans le monde entier par des milliers de fans, Valentine’s Day se voulait être le nouveau Love Actually de la décennie. Plus que l’ultime comédie romantique, le film anglais adulé dans le monde comme LA comédie sur l’amour, faisait preuve d’audace, d’inventivité et de subtilité. Ici rien de tout cela, juste un enchaînement de mini-séquences inintéressantes où personne ne sort du lot et où aucune histoire n’a le temps de prendre corps. Mal reliées entre elles, elles vacillent entre invraissemblance et désert scénaristique. Le spectateur ne suit plus. Pire que de ne pas être drôle, on s’ennuie. On est en overdose de fleurs, de rose et d’amour !

Dans ce tourbillon soporifique, seule la belle Anne Hattaway arrive à nous redonner  foi en l’amour, mais malheureusement il est trop tard, le mal est fait. Garry Marshall, réalisateur du cultissime Pretty Woman, nous rappelle ici à quel point c’est un problème de n’avoir rien à dire lorsque l’on pratique ce métier. Sans bien sûr froisser la susceptibilité de nos chères concitoyennes adolescentes et parfois quelque peu hystériques, Valentine’s Day est à ranger dans la case midinette. Et encore, à la sortie du film, la plupart ayant repris leurs esprits, c’est la déception qui se lit sur leurs visages.

Alors voici un conseil : revoir au choix Pretty Woman puis Love Actually, éventuellement revoir Love Actually puis Pretty Woman.

Dans les deux cas, vous passerez un bien meilleur moment !



In the Air


Titre original : Up in the Air
Un film de Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman
Durée : 1h50 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France.
Date de sortie : 27 janvier 2010

L'histoire d'un homme en correspondance.
Ryan Bingham est un spécialiste du licenciement. Son travail : annoncer aux autres qu'ils n'en ont plus. Son quotidien, il le partage entre les avions et les hôtels. Sa vie privée, elle est réduite depuis longtemps à néant. Pas de maison, pas de femme, pas d'enfants. Son seul objectif : atteindre les dix millions de miles. Sa distraction, animer des conférences sur le thème : libérer vous des autres, la vie c'est comme un sac à dos, plus elle est pleine, plus elle est lourde. Et plus elle est lourde, moins vous avancez. Mais toutes ces convictions vont être bousculées par deux femmes, la première, il en tombe amoureux lors d'un de ses nombreux déplacements. La seconde, jeune première, décide de révolutionner son secteur en informatisant tout son travail : plus besoin de voyager, avec une webcam et l'ADSL, on peut aussi mettre les gens à la porte en restant assis derrière son bureau.
Sa vie toute entière risque d'être totalement bouleversée...

Passeport s'il vous plaît...

Il y a encore trois ans, sur le CV du réalisateur Jason Reitman, à part être le fils de Yvan Reitman (Sos Fantômes) ne figuraient que quelques clips publicitaires. Trois longs métrages plus tard, le voici à la tête du film le plus attachant de cette nouvelle année 2010. Mais avant d'être porté à l'écran, Up in the air est un roman dont la première phrase en dit long sur son personnage principal; "pour me comprendre, il faut prendre l'avion avec moi".

Dans Juno, film qui le fit connaître du grand public, le réalisateur avait déjà choisi un ton très libre. Déjà il racontait son histoire d'une manière simple et toute personnelle.

Aux Etats-Unis, ce qu'on appelle "films indépendants", ce sont des films qui se font en marge du système, sans les financements (ou peu) des grands studios. Up in the air se sert chez les grands et garde la liberté et la spontanéité des petits films tournés sans gros moyens. Pas du tout moralisateur, Jason Reitman, scénariste et producteur du film pose un regard à la fois tendre et touchant sur ce VRP du licenciement. George Clooney sait définitivement tout faire. Il surprend tant par sa capacité à disparaître derrière son personnage, à devenir normal, qu'à charmer la caméra. Une caméra qui n'a jamais aussi bien filmé les aéroports et fait ressentir leurc ambiance si particulière. Aussi le montage est habile et inspiré et la bande son ravira les connaisseurs comme les néophytes.

Flying Blue...

Up in the air est un mélange parfait de cynisme et de réalisme. C'est l'occasion pour le spectateur d'embarquer pour ce beau moment de légèreté et de cinéma. Emouvant parfois, les quinze dernières minutes élèvent encore un peu le film, souvent drôle et tellement attachant. Les cinéphiles s'y retrouveront avec un réalisateur qui réussit à styliser son film avec brio. Les spectateurs d'un jour voyageront au-dessus des nuages sans aucune turbulence.

Un film pour tous que je ne peux que vous recommander en ce début d'année.



Lebanon

Un film de Samuel Maoz
Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen
Année de production: 2009
Distributeur : CTV International
Durée: 1h32 min
Date de sortie : 3 février 2010

L’homme est d’acier…

Voici le propre synopsis* de Samuel Maoz, réalisateur du film :
"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."

Le char n’est que ferraille…

Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus important dans un film ? Son histoire ? Ses personnages ? Définitivement, c’est son point de vue. Toutes les histoires sont les mêmes, seule la voix de celui qui la raconte est fondamentalement nouvelle, différente, et présente un réel intérêt. Samuel Maoz hisse sa voix de soldat au nom de celles qui n’ont pu témoigner. Il choisit le parti pris, radical et expérimental, de nous faire devenir soldat. Il choisit de nous faire vivre son histoire dans ce char. 1h32 minutes dans un char, enfermé, coincé. Certaines personnes quittent la salle. Tout est trop vrai. 1h32 minutes où l’on ne voit pas mais où l’on ressent, où l’on subit cette guerre. Quelle expérience magistral de cinéma, d’émotions et de cinéma !

On apprend à connaître ces quatre jeunes soldats israéliens : Herzel, charge les obus, Schmoulik le tireur, Yigal, le pilote et Assi, le chef. Coupés du monde, ils n’attendent qu’une chose, rentrer dans leur famille. Ce qui se passe dehors est pour eux quelque chose d’irrationnel, irréel. D’ailleurs le seul lien « visuel » que, eux soldats et nous spectateurs, entretenons avec le monde extérieur, c’est ce que voit Schmoulik dans son viseur. C’est ce que voyait le réalisateur.

Le canon du char devient alors l’objectif de la caméra et nous laisse entrevoir l’horreur, déformée par la subjectivité du regard du viseur. Au milieu du chaos, cet âne que l’on croit mort mais qui pleure, vit. Cette femme, qui vient d’assister au meutre de sa famille et dont les vêtements se mettent à brûler, ce fermier qui meurt au milieu de ses poules.

Le réalisateur prévient, « ce n’est pas un film politique », ici on rend hommage, on témoigne, on ne juge pas.

Samuel Maoz qui réalise ici son premier long métrage fait preuve d’une maîtrise assez stupéfiante de son sujet. Le placement de ses caméras, sans cesse en mouvement, les très gros plans, le son, car finalement tout se passe hors-champs, rendent la tension permanente. Très vite on a l’impression de sentir la terre, l’eau, la transpiration. Très influencé par le réalisateur russe Tarkovsky, Maoz lui reconnaît son admiration et s’inspire de sa fascination pour l’air, le temps, et cette limite qui sépare la raison de la folie. Il filme l’intérieur de ce char comme un sas où l’air devient matière, il donne du volume aux éléments. Comme si, plus le cauchemar devenait réalité, plus cette prison de ferraille se refermait, fondait sur ces quatre soldats au bord de la folie. Une mise en scène brillante.

Mention spéciale au jeune Oshri Cohen qui interprète Herzel. Au milieu de cet enfer, il nous émeut et parvient même à nous faire rire. Sa brutalité et sa peur sont sidérantes de vérité.

Véritable électrochoc, Lebanon est un film indispensable, une expérience inoubliable.

Lion d’or à Venise, courez voir ce film qui démontre encore que le cinéma israélien continue toujours de surprendre par sa qualité et son inventivité.

*Synopsis : court résumé d’un film.



Sherlock Holmes

Un film de Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, Kelly Reilly
Durée : 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Warner Bros. France
Date de Sortie : 3 février 2010

*Magie noire…

Arrêté pour plusieurs meurtres, Lord Blackwood fait régner la terreur sur la ville de Londres. Condamné à mort il promet de revenir de l’au-delà et prédit un avenir sombre et funeste à tous les habitants. Adepte de la magie noire, ces méthodes terrorisent la population et laissent Scotland Yard sans réponse. L’ultime espoir est de se tourner vers un détective privé aux méthodes assez peu conventionnelles, le très controversé Sherlock Holmes. Jamais sans son acolyte, le docteur Watson, il s’engage alors dans une enquête qui promet d’être des plus dangereuses et des plus mystérieuses.

*Elémentaire…

Petit rappel historico-holmesien : Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes en 1887. Célibataire, misogyne, le détective privé aujourd’hui le plus connu de Grande-Bretagne vit chez une logeuse à la célèbre adresse, 221B Baker Street. Il est violoniste, pratique la boxe, fume la pipe et prend de l’héroïne quand la complexité de ses enquêtes le lui impose. La première fois que l’on découvre ses aventures, c’est dans le roman Une étude en rouge, en 1887. L’un des plus connus reste Le Chien des Baskerville, publié en 1902.

Il y aura un film en 1939, une série télévisée, un jeu vidéo en 2004. Analyses, enquêtes, contre-enquêtes, romans, nouvelles, le mythe Sherlock a-t-il dit son dernier mot ? Savons-nous tout ou seulement presque ?

*So Rock

Un zest de mythe connu ou reconnu par tous, un peu démodé si possible, un brin d’anticonformisme, c’est bien si le héros est un peu fou.

Un producteur mégalo comme Joel Silver (L’arme Fatale, Matrix, Die Hard…), un réalisateur ultra-branché comme Guy Ritchie (Snatch, Arnaques, crimes et botanique ).

Ajoutez à tout cela un acteur ayant davantage des airs de Mick Jagger en fin de soirée que l’air d’un détective à son compte et voilà la nouvelle super-production hollywoodienne du moment.

Totalement dépoussiéré, ce nouveau cru nous rajeunit ce bon vieux Sherlock Holmes. Fini les vestes en tweed, place au costume sur mesure et quand il y a de la bagarre, c’est au ralenti que Holmes règle son compte aux méchants.

Robert Downey Jr., récemment auréolé d’un Golden Globe, s’appuie sur la partie sombre de son personnage. Comme Jonnhy Depp, dans Pirates des Caraïbes, Sherlock Holmes est ici à la limite de la folie, déjà perturbé.

Et voilà bien le seul atout du film.

Sur fond d’ésotérisme, le réalisateur tente un mélange peu convaincant de modernité et d’authenticité. Avec une utilisation exagérée de mouvements de caméra, le réalisateur gâche et abîme sa matière. Jamais vraiment sombre, jamais vraiment noir, le film reste impersonnel. Londres, qui dans la mythologie du détective joue un rôle fondamental, est ici techniquement ratée comme peut l’être un décor en carton pâte de plusieurs millions de dollars.

Le rôle de Watson, joué par Jude Law (Stalingrad, Closer, A.I. ) est lui, complètement sous-écrit. Son magnétisme habituel a complètement disparu et c’est bien dommage. Quand Tim Burton avait ressorti des tiroirs La Planète des Singes, nous avions été déçus. Aujourd’hui, et sans les comparer, Guy Ritchie tombe dans le même piège : s’emparer d’un mythe et en faire un film de studio sans réussir à imposer son style, sa personnalité.

Malheureusement Sherlok Holmes est un film qui ne prend pas, comme ces tours de magie où l’on n’est pas convaincu, où l’on apercoit les ficelles.

Un film qui avait pourtant tous les ingrédients pour que l’alchimie fonctionne, mais malheureusement trop sombre pour y emmener vos jeunes enfants…