1.1.html


Témoignage

Mis à jour 27/07/2014
Témoignage de Shlomo Balsam

Je suis monté en Israël en 1968. J'ai de nouveau séjourné en France entre 1972 et 1979, années pendant lesquelles j'ai enseigné à l'Ecole Yabné de Paris et ai été un des responsables du contact avec les dissidents juifs soviétiques à l'époque communiste.
Revenu en Israël en 1979 j'ai longtemps travaillé à l'Agence Juive dans l'éducation puis en 1990 après l'écroulement de l'Union Soviétique j'ai été un des responsables éducatifs pour l'Agence Juive dans les nouvelles communautés juives d'Europe de l'Est. C'est ainsi que m'étant rendu souvent en Pologne j'ai commencé à guider sur les traces de la vie juive avant la Shoah, notamment en Galicie et bien sûr sur les traces de la Shoah elle-même, dans les ghettos et les camps.Je travaille à Yadvashem comme intervenant depuis 2005.
Sans doute pour imiter mon père, je suis depuis 2009 le président de "Aloumim", association israélienne des enfants cachés en France pendant la Shoah.

Je vis à Jérusalem.
Les derniers événements à Gaza sont de vieux événements avec de nouveaux habits.
Il faut voir la situation sur une période plus longue. Depuis la déclaration Balfour d'après la première guerre mondiale dans laquelle les Britanniques accordent aux juifs la possibilité d'avoir une autonomie juive sur notre terre ancestrale et biblique, notre région est faite de conflits dus au refus arabe d'un Etat Juif. Les guerres et les conflits se succèdent : 1936, la guerre d'Indépendance de 1948, la guerre du Sinaï de 1956, la guerre des Six jours de 1967, celle de Kippour de 1973, du Liban en 1982 pendant laquelle j'étais soldat, la seconde du Liban en 2000, l'opération Plomb durci à Gaza…..jusqu'aujourd'hui.

Nous avons signé la paix avec l'Egypte en 1989, avec la Jordanie en 1994. Les accords d'Oslo de 1993 avec les Palestiniens n'ont hélas rien donné de concret pour l'instant. Le conflit se généralise avec des mouvements islamistes jihadistes mondiaux en Irak, Liban, Syrie, Iran, Niger, Mali et Nigéria (Boko Haram), en Afrique du Nord avec les Frères Musulmans, liés bien sûr au Hamas qui est sans doute une marionnette active et fanatisée entre leurs mains …Ils sont actifs et présents en Europe, vous le savez mieux que moi. Il faut être optimiste et réaliste.

Israël se développe dans tous les domaines, et sur 13.5 millions de juifs sur terre près de la moitié vivent aujourd'hui en Israël.
J'écris de Jérusalem et je suis optimiste. C'est encore un épisode d'une vieille histoire qui se répète.
Le sionisme de mes parents, celui qu'ils m'ont transmis finalement, me renforce.
Nous avons toujours voulu la paix mais c'est un long chemin avec beaucoup d'obstacles.
Nous les surmonterons, pas d'autres choix.
Je t
ransmets mes amitiés à tous les sociétaires qui ont connu mes parents. Je les embrasse comme ma famille, en français, en yddish et en hébreu.

Shlomo Balsam



Mis à jour 27/04/2014
Mon voyage en Pologne

Photo : Raphaël Cohen-Ronnet à Treblinka

Je m’appelle Raphaël Cohen-Ronnet et j’ai 16 ans et demi. J’ai quitté la France pour Israël avec ma famille en 2005. Depuis, je vis à Raanana, à une vingtaine de kilomètres au nord de Tel-Aviv. J’y suis élève en classe de première au lycée Ostrovski.
 
Chaque année, notre établissement organise à l’intention des élèves de première, vers la fin de l’été, un « voyage de la mémoire » en Pologne, sur les principaux sites de l’extermination du peuple juif.
 
Pour ma part, j'ai préféré accomplir ce voyage dès le printemps avec le mouvement de jeunesse auquel j’appartiens - « HaMahanot HaOlim », proche du parti travailliste.
 
J’étais convaincu de pouvoir  ainsi tirer le meilleur parti de mon voyage. En effet, pendant les mois précédant notre départ en Pologne, le mouvement nous a réunis à plusieurs reprises afin d’approfondir nos connaissance de la Shoah et nous préparer  « psychologiquement » au choc à venir.

Objectif : ouvrir notre esprit de manière à, une fois sur place, encaisser la transition de notre monde vers celui des camps et appréhender l’ampleur de la catastrophe.

L’attente du départ pour la Pologne fut pénible. Je voulais sans délai voir de mes propres yeux ce dont j’entends parler depuis toujours. Voir et ressentir en étant là-même où l’horreur prit forme. Tenter d’approcher la réalité des ghettos de Cracovie et Varsovie comme celle des camps de la mort.

Les sensations qui me parcoururent alors que nous étions à Auschwitz Birkenau, à l’intérieur des chambres à gaz, ou à la « montagne de cendres »  de Majdanek, je ne les ai jamais ressenties auparavant. Un malaise difficile à décrire, comme un tremblement qui me parcourut des pieds à la tête…
 
M’émut plus encore le massacre des 2.500 Juifs de Tykocin, perpétré par les nazis dans la forêt de Lopohova. Avec le bus, nous avons refait leur dernier chemin vers les fosses où ils furent assassinés par les Allemands. Le calme étouffant, le silence absolu qui règnent sur place disent tout de l’abomination.
 
C'était terrible d’être debout au bord de ces fosses et de savoir, qu’au même endroit exactement, 70 ans plus tôt , se tenaient là 2500 hommes, femmes et enfants. D’imaginer que seule nous séparait d’eux la présence des soldats qui, sans pitié, les ont exécutés.

Chaque soir, nous évoquions en petits groupes le contenu de la journée, essayant de comprendre la spirale de découragement qui avait aspiré tous ces êtres humains. Le désespoir qui a broyé la plupart ou conduit d’autres à un héroïsme suicidaire, à l’image des combattants du ghetto de Varsovie.

Ma conclusion ? Sans doute est-ce difficile, sans doute est-ce douloureux mais il est du devoir de chaque Juif de se rendre en Pologne, là où six millions des nôtres furent exterminés.