{"id":1968,"date":"2021-03-25T12:14:52","date_gmt":"2021-03-25T11:14:52","guid":{"rendered":"http:\/\/aifonline.net\/?p=1968"},"modified":"2021-03-25T12:14:52","modified_gmt":"2021-03-25T11:14:52","slug":"champ-libre-les-juifs-de-russie-dans-le-18eme-arrondissement-de-paris-1852-1944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aifonline.net\/?p=1968","title":{"rendered":"Champ libre : Les Juifs de Russie dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris 1852\u20131944"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Par Patrice Markiewicz<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Les Juifs de Russie dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris 1852 \u2013 1944\u00a0Ou la \u00ab\u00a0nouvelle J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb? (\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9pop\u00e9e de M\u00e9nach\u00e9 Foigel\u00a0\u00bb d\u2019Andr\u00e9 BILLY et de Mo\u00efse\u00a0TWERSY)<\/p>\n<p>Qui, aujourd\u2019hui, se souvient de la \u00ab Nouvelle J\u00e9rusalem \u00bb comme aimait \u00e0 l\u2019appeler ainsi le personnage principal de \u00ab L\u2019Epop\u00e9e de Menach\u00e9 Foigel \u00bb d\u2019Andr\u00e9 BILLY et de Mo\u00efse TWERSY ?, celle qui occupait le versant Nord de la butte de Montmartre et plus largement le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris ? Qui en furent les \u00ab b\u00e2tisseurs \u00bb? D\u2019o\u00f9 vinrent-ils ? Pour quelles raisons ? Voil\u00e0 autant de questions auxquelles je vais tenter d\u2019apporter des r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>On conviendra que le d\u00e9but du Second Empire a marqu\u00e9, d\u2019apr\u00e8s les premi\u00e8res traces archivistiques disponibles, le d\u00e9but de l\u2019immigration des Juifs de Russie \u00e0 Paris. Selon le baron Alfred de GUZBOURG, d\u00e8s 1852, on compte 154 m\u00e9nages comprenant plus de 500 personnes au total choisies \u00e0 Brody[1], qui se sont install\u00e9s dans le XVIII\u00e8me arrondissement, notamment.<\/p>\n<h3>1. Des pr\u00e9mices \u00e0 1918 : Les Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019assassinat du tsar Alexandre II en mars 1881, le tsar Alexandre III instaura, l\u2019ann\u00e9e suivante, les \u00ab\u00a0R\u00e8glements pr\u00e9visionnels\u00a0\u00bb, autorisant les autorit\u00e9s r\u00e9gionales \u00e0 expulser les Juifs des villages, \u00e0 les enfermer dans des ghettos, ainsi qu\u2019\u00e0 les exclure de l\u2019enseignement universitaire et des professions lib\u00e9rales. La population russe, plus ou moins organis\u00e9e par la police, ou du moins mobilis\u00e9e par elle, se rue alors avec des armes de fortune sur les quartiers juifs, pour tuer, violer, piller maisons et biens: ce sont les \u00ab\u00a0pogroms (\u00ab\u00a0\u00e9meutes\u00a0\u00bb en Russe).<\/p>\n<p>La population du XVIII\u00e8me arrondissement commence \u00e0 conna\u00eetre une grande mutation dans sa composition ethnique et sociologique au lendemain des pogroms, qui voit affluer une population juive de Russie mais \u00e9galement de Roumanie, toujours plus nombreuse.<\/p>\n<p>Aux d\u00e9buts de la III\u00e8me R\u00e9publique, dans une France qui ignore la religion dans les recensements, et qui ne fait pas de l\u2019appartenance religieuse l\u2019objet de sp\u00e9cification dans les statistiques d\u2019immigration, peu de citoyens ont alors connaissance des origines diverses de cette population juive qui vient d\u2019une immense Russie dont les fronti\u00e8res ont beaucoup fluctu\u00e9 par le pass\u00e9. Les voyages clandestins ou les courts s\u00e9jours de transit de ces Juifs de Russie vers les Am\u00e9riques, ainsi que le manque de contr\u00f4le aux fronti\u00e8res terrestres et le d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ral dans lequel s\u2019effectuait les migrations, obligent les historiens \u00e0 renoncer \u00e0 toute \u00e9valuation pr\u00e9cise du nombre d\u2019immigrants. Nous commen\u00e7ons \u00e0 mieux conna\u00eetre l\u2019installation des immigr\u00e9s juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, qu\u2019\u00e0 partir de 1882.<\/p>\n<h5>1.1. 1882-1907: le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris \u00e0 l\u2019heure des premi\u00e8res vagues d\u2019immigration au lendemain des pogroms<\/h5>\n<p>C\u2019est en effet un 23 ao\u00fbt 1882, que trente-cinq hommes, plus de vingt-cinq femmes et quarante enfants arrivent \u00e0 Paris, \u00e0 la Gare de Lyon, en provenance de Brody \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019Empire russe. Il s\u2019agit de juifs de Roumanie expuls\u00e9s d\u2019Odessa alors russe. Apr\u00e8s avoir voyag\u00e9 en bateau d\u2019Odessa jusqu\u2019\u00e0 Constantinople et de l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 Marseille puis Lyon, ils arriv\u00e8rent \u00e0 Paris o\u00f9 personne ne les y attendait, o\u00f9 ils durent attendre une aide dans la rue le long du mur d\u2019une prison. La police accorda aux r\u00e9fugi\u00e9s l\u2019autorisation de passer une autre nuit mais cette fois-ci dans la gare (de Lyon), seulement apr\u00e8s que le Comit\u00e9 de Bienfaisance leur ait lou\u00e9 des chambres dans des h\u00f4tels bon march\u00e9. Le Gouvernement fran\u00e7ais d\u00e9cida alors de restreindre l\u2019immigration des Juifs de Russie[2].<\/p>\n<p>En 1882, l\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle, le Consistoire de Paris et le Comit\u00e9 de Bienfaisance donn\u00e8rent leur accord pour installer \u00e0 Paris deux cents familles russes (504 personnes). 154 de ces familles avaient \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es \u00e0 Brody, le reste en Russie. On avait choisi de pr\u00e9f\u00e9rence des familles sans enfant (94) ou avec un enfant (24) et en fonction de l\u2019aptitude des chefs de famille. Pour les loger, le Comit\u00e9 de Bienfaisance acheta des maisons qui \u00e9taient vides aux 12, 14 et 16 de la rue Eug\u00e8ne Sue dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, pour 45.000 francs. Le contrat de vente expulsait des ouvriers fran\u00e7ais qui protest\u00e8rent aupr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s socialistes. Arriv\u00e9s \u00e0 Paris, les \u00e9migrants recevaient 7 Francs 50 par jour du Comit\u00e9 de Bienfaisance qui cr\u00e9a aussi une cantine populaire. Ce m\u00eame Comit\u00e9 fournit \u00e9galement pour 8.500 Francs de charbon pendant l\u2019hiver. Il cr\u00e9a trois ateliers\u2026[3]. Le noyau originel historique o\u00f9 les premiers Juifs de Russie et de Roumanie furent recueillis dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris, englobait les rues Marcadet, Senart et Eug\u00e8ne-Sue, dans les b\u00e2timents de la soci\u00e9t\u00e9 La Fonci\u00e8re. Tous ces Juifs \u00e9taient tailleurs et casquettiers. Un peu plus loin, se trouvaient les magasins Dufayel ouverts sur le Boulevard Barb\u00e8s et la rue de Clignancourt, qui attiraient les acheteurs \u00e0 temp\u00e9rament; tout autour s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 un commerce actif de meubles, v\u00eatements et bijouterie (\u2026). Le quartier de Clignancourt se caract\u00e9risait par une nette pr\u00e9pond\u00e9rance des brocanteurs, des chiffonniers et des marchands forains attir\u00e9s par le \u00ab\u00a0march\u00e9 aux puces\u00a0\u00bb de Saint-Ouen[4].<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, la population juive de Russie continua de fortement augmenter dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, aliment\u00e9e par les nouveaux pogroms de 1903, 1905 et 1907, l\u2019\u00e9chec de la R\u00e9volution russe de 1905 et la fermeture des fronti\u00e8res britanniques. Les Juifs qui ont rassembl\u00e9 en h\u00e2te leurs ressources, re\u00e7us les secours des soci\u00e9t\u00e9s philanthropiques internationales, ont pris le chemin de l\u2019exil. Ceux qui \u00e9chappent aux pers\u00e9cutions traversent l\u2019Allemagne, les uns se fixent dans les centres industriels, les autres poursuivent leur route et, d\u2019\u00e9tape en \u00e9tape, ils d\u00e9barquent \u00e0 la gare du Nord, \u00e0 Paris. Quelles vont \u00eatre les r\u00e9actions des autorit\u00e9s fran\u00e7aises et de l\u2019opinion publique \u00e0 leur \u00e9gard ?<\/p>\n<p>En raison de l\u2019alliance franco-russe de 1897 et les emprunts russes, le gouvernement fran\u00e7ais ne fut pas trop enclin \u00e0 critiquer la politique tsariste \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Juifs. Au m\u00eame moment, en pleine affaire Dreyfus, la presse antis\u00e9mite fran\u00e7aise consid\u00e8re d\u2019un oeil critique l\u2019immigration des Juifs de Russie, les Juifs de Russie font aussi les frais de la m\u00e9fiance que la pr\u00e9fecture de police nourrit \u00e0 l\u2019encontre des r\u00e9fugi\u00e9s russes en g\u00e9n\u00e9ral, qu\u2019elle consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0sympathiques \u00e0 la r\u00e9volution russe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h5>1.2. Les atouts de l\u2019attractivit\u00e9 de Paris et le choix d\u2019implantation des Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<\/h5>\n<p>Mais pour quelles raisons donc, ces nombreux Juifs de Russie choisirent de s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Paris, et, plus particuli\u00e8rement dans le XVIII\u00e8me arrondissement, plut\u00f4t qu\u2019aux Etats-Unis, en Angleterre ou encore en Argentine. La capitale de la France \u00e9tait per\u00e7ue comme la Terre promise selon le dicton yiddish \u00ab\u00a0heureux comme Dieu en France\u00a0\u00bb, comme la patrie de Victor Hugo, des Droits de l\u2019Homme, de la R\u00e9volution, des barricades, de la libert\u00e9, de l\u2019Egalit\u00e9 et de la Fraternit\u00e9, comme le premier pays \u00e0 avoir \u00e9mancip\u00e9 les Juifs. La capitale de la France a toujours brill\u00e9 aux yeux des autres peuples en g\u00e9n\u00e9ral, tout d\u2019abord par le prestige attach\u00e9 \u00e0 ses produits de luxe, par son attrait culturel, intellectuel et universitaire aupr\u00e8s des \u00e9tudiants, par ses activit\u00e9s r\u00e9volutionnaires en souvenir de la Commune de Paris. Aussi, par le d\u00e9sir de s\u2019y rendre pour se perfectionner dans son m\u00e9tier, ou de rejoindre un parent ou un ami, pour y faire une halte sur la route vers les Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique ou l\u2019Argentine, contraint d\u2019y rester faute d\u2019assez d\u2019argent pour s\u2019y rendre ensuite. Egalement, pour y travailler dans les secteurs des produits non destin\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 juive, par le manque de d\u00e9bouch\u00e9s et la stagnation des march\u00e9s en Russie qui conduisirent in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019immigration afin de trouver du travail dans l\u2019espoir de pouvoir se mettre rapidement \u00e0 leur compte pour exercer leurs m\u00e9tiers. Certains Juifs de Russie \u00e9migr\u00e8rent en France, \u00e0 Paris, notamment dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, pour \u00e9chapper \u00e9galement au service militaire. Pour d\u2019autres encore, ce fut le fruit du hasard. Au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, les \u00e9migr\u00e9s artisans et ouvriers s\u2019installent de pr\u00e9f\u00e9rence dans le XVIII\u00e8me arrondissement, surtout les brocanteurs, les chiffonniers, les tailleurs et les casquetiers. Dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris la population juive immigr\u00e9e s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 8,3% en 1872 et grimpe \u00e0 29,7% en 1901. Y vivaient 1.985 Juifs de Russie et de Roumanie en 1901, qui repr\u00e9sent\u00e8rent 0,8% de la population totale du quartier dont la population immigr\u00e9e totale repr\u00e9sentait 5,7%. Les immigr\u00e9s juifs de Russie et de Roumanie repr\u00e9sentaient 14,3% du total de la population immigr\u00e9e du quartier. Alors que jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX \u00e8me si\u00e8cle, les chiffres manquent, la presse antis\u00e9mite d\u00e9nonce avec des propos peu flatteurs le \u00ab\u00a0juif crasseux\u00a0\u00bb porteur de maladies microbiennes, attisant la peur chez les Parisiens en exag\u00e9rant \u00e0 mauvais escient le nombre d\u2019immigr\u00e9s arriv\u00e9s dans la capitale. Elle \u00e9rige les immigr\u00e9s comme des concurrents pour les travailleurs parisiens.<\/p>\n<h5>1.3. Les cons\u00e9quences des migrations de Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<br \/>\nEscalier de la rue Muller photographie\u0301 par Franc\u0327ois Gabriel.<\/h5>\n<p>Quelles furent les cons\u00e9quences d\u2019une telle migration dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris ? Elles furent \u00e0 la fois sociales, culturelles et religieuses. Les contrastes socio-spatiaux sont flagrants entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s juives. Le prol\u00e9tariat est du c\u00f4t\u00e9 des\u00a0Yiddisches\u00a0mais aussi des Juifs d\u2019Afrique du Nord, des Balkans et de l\u2019Empire ottoman. M\u00eame au sein des communaut\u00e9s des Juifs d\u2019Europe centrale et orientale, les pr\u00e9jug\u00e9s vont bon train, comme en t\u00e9moigne le m\u00e9pris des \u00ab\u00a0Montmartrois\u00a0\u00bb pour les habitants du Marais, des Juifs de Russie pour les Juifs de Pologne, que les premiers traitaient de \u00ab\u00a0Polaks\u00a0\u00bb. L\u2019afflux de ces nouveaux immigrants dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, en g\u00e9n\u00e9ral des hommes adultes, d\u2019origine modeste, pratiquant des m\u00e9tiers artisanaux, repr\u00e9sentants d\u2019une \u00e9migration \u00e9conomique fond\u00e9e sur le travail, contribua \u00e0 modifier la composition technique et sociale de l\u2019arrondissement. Ce sont surtout les travailleurs qualifi\u00e9s qui \u00e9migr\u00e8rent, en majorit\u00e9 des artisans qui \u00e9taient majoritaires dans la structure de la population active dans la Zone de r\u00e9sidence russe. Le d\u00e9clin des activit\u00e9s commerciales et l\u2019augmentation du nombre des travailleurs qualifi\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Zone de r\u00e9sidence expliquait la repr\u00e9sentation excessive des ouvriers-artisans au sein de la population juive qui \u00e9lit domicile dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, et, leur int\u00e9gration ne va pas sans poser un certain nombre de questions. A leur arriv\u00e9e, les immigrants sont \u00e0 73,5% des ouvriers qualifi\u00e9s et pour 62,1% des immigr\u00e9s \u00e9tablis. Les m\u00e9tiers du v\u00eatement occupent 46,5% des immigrants \u00e0 leur arriv\u00e9e et 60,8% des immigr\u00e9s \u00e9tablis dont 19,8% de tailleurs, coupeurs, couturi\u00e8res, m\u00e9caniciens, dresseurs chez les arrivants, et 36,8% pour les \u00e9tablis[5].<\/p>\n<p>Des marchands ambulants juifs de v\u00eatements originaires de Russie sont tr\u00e8s pr\u00e9sents au march\u00e9 aux puces de Saint-Ouen, -l\u2019un des principaux espaces marchands de Paris, situ\u00e9 \u00e0 ses portes, entre l\u2019ancienne zone des fortifications et la commune de Saint-Ouen-, n\u00e9 en 1885 pour officialiser des regroupements de chiffonniers d\u00e9j\u00e0 existants venant y exposer leurs produits[6].<\/p>\n<p>Parmi les professions les moins bien consid\u00e9r\u00e9es socialement, figure celle des chiffonniers, -tr\u00e8s ancienne profession remontant au Moyen \u00e2ge-, co\u00e9quipier du marchand d\u2019habits, le \u00ab\u00a0chiffonnier\u00a0\u00bb occupe, dans la hi\u00e9rarchie, un rang inf\u00e9rieur. Parmi les \u00e9migrants juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement beaucoup le sont, \u00e0 l\u2019instar des Brodski, les grands-parents maternels de la chanteuse d\u00e9funte Barbara (Varvara\u00a0en russe du pr\u00e9nom de la grand-m\u00e8re) au 81 de la Rue Marcadet. Qui poss\u00e8dent alors, d\u00e8s leur arriv\u00e9e de Tiraspol (en Transnistrie aujourd\u2019hui ou R\u00e9publique moldave) en 1905, poss\u00e8de une maisonnette particuli\u00e8re avec jardin et hangar pour les d\u00e9p\u00f4ts. En 1884, on estime \u00e0 1.351 le nombre total des chiffonniers dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats d\u2019ouvriers, les Juifs de Russie cr\u00e9e des syndicats. En 1897 est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale juive des Travailleurs de Lituanie, Pologne et Russie, pr\u00e9alablement fond\u00e9e en Russie la m\u00eame ann\u00e9e. A la fin du XIXe si\u00e8cle fut cr\u00e9\u00e9e au 33 de la Rue Doudeauville dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris, l\u2019Association des ouvriers boulangers.<\/p>\n<p>D\u2019autres Juifs de Russie, une minorit\u00e9, connurent une meilleure destin\u00e9e. Parmi les migrants juifs de Russie le plus illustres figure Menac\u00e9 Foigel qui, arriv\u00e9 en France en 1905, s\u2019est imm\u00e9diatement install\u00e9 \u00e0 Montmartre, rue Ramey, au \u00ab\u00a0Select H\u00f4tel\u00a0\u00bb. Pour de nombreux Juifs, une certaine ascension sociale fut rendue possible par le commerce. Le colportage de marchandises ou de services, qui demeurait l\u2019ultime ressource avant le recours \u00e9ventuel aux oeuvres de charit\u00e9, pour l\u2019immigr\u00e9 appauvri et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, \u2013 l\u2019\u00e9migr\u00e9 n\u2019avait pu emmener avec soi on stock ou retrouver une client\u00e8le-, afin de provisoirement gagner sa vie en attendant un emploi plus stable ou d\u2019\u00e9chapper au ch\u00f4mage en morte saison. Mais le colportage pouvait aussi bien s\u2019av\u00e9rer \u00eatre la source d\u2019une accumulation progressive de capital et conduire \u00e0 terme \u00e0 la fondation de certains magasins, comme Dufayel ou les Galeries Lafayette, pour ne citer qu\u2019eux.<\/p>\n<p>Au sein des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s juives, les contrastes religieux s\u2019ajoutent aux contrastes sociaux. Les Juifs venus d\u2019Europe orientale parlent le Yiddish et se conforment beaucoup plus strictement aux r\u00e8gles et aux rites du juda\u00efsme. Ils ont par cons\u00e9quent des difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019adapter au juda\u00efsme d\u2019Europe occidentale, plus lib\u00e9ral. Les nouveaux migrants contribuent au renouveau du culte juif en Europe occidentale o\u00f9 il avait quelque tendance \u00e0 d\u00e9cliner. L\u2019int\u00e9gration des communaut\u00e9s anciennes s\u2019\u00e9tait en effet traduite par un fort d\u00e9clin des pratiques et rites religieux. A l\u2019inverse, les Juifs venus d\u2019Europe orientale manifestent un attachement beaucoup plus ferme aux traditions du juda\u00efsme et ont un taux de pratique beaucoup plus soutenu. Le Consistoire Isra\u00e9lite de Paris regroupa, en 1904, trois ou quatre oratoires de Montmartre dans un vaste local, rue Sainte-Isaure. L\u2019un des obstacles majeurs auxquels les nouveaux immigrants juifs de Russie furent confront\u00e9s, fut le barrage de la langue et les mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le photographe Maurice KACEF de la Rue Ramey qui photographiaient les familles dont celles des Juifs de Russie, a ainsi pu immortaliser plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019entre eux qui se succ\u00e9d\u00e8rent par vagues. Ces nouvelles vagues d\u2019immigration ont eu pour cons\u00e9quence de renforcer l\u2019antis\u00e9mitisme dans les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Europe occidentale, se doublant d\u2019un courant d\u2019anti-juda\u00efsme d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s enracin\u00e9 o\u00f9 l\u2019on continue de consid\u00e9rer les Juifs comme appartenant au \u00ab\u00a0peuple\u00a0 d\u00e9icide\u00a0\u00bb, et, d\u2019un antis\u00e9mitisme \u00e0 composante \u00e9conomique, lui aussi ancien, qui voyait dans le Juif l\u2019usurier. Mais le fait nouveau de la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00e8me si\u00e8cle, c\u2019est l\u2019apparition d\u2019un antis\u00e9mitisme pseudo-scientifique, qui s\u2019appuie sur les th\u00e9ories raciales.<\/p>\n<h5>1.4. Les structures des communaut\u00e9s juives de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<\/h5>\n<p>Pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats d\u2019immigrants, leurs opinions politiques et syndicales et leurs croyances religieuses, les Juifs de Russie cr\u00e9\u00e8rent des journaux et des revues comme autant de tribunes refl\u00e9tant leur multiplicit\u00e9 et leur diversit\u00e9. Cependant, les trop fortes rivalit\u00e9s entre bundistes (proches de la S.F.I.O.), sionistes, socialistes r\u00e9volutionnaires et anarchistes, contribu\u00e8rent \u00e0 la bri\u00e8vet\u00e9 de leur parution.<\/p>\n<p>Dans ce climat de m\u00e9fiance et de d\u00e9fiance, les Juifs de Russie pr\u00e9sents dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, ont rapidement ressenti la n\u00e9cessit\u00e9 de se regrouper; il existait quatre types d\u2019associations d\u2019immigr\u00e9s: les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019originaires de villes et de pays, les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019entraide et de secours mutuel, des groupes professionnels et des comit\u00e9s locaux qui regroupaient des originaires de \u00ab\u00a0shtetls\u00a0\u00bb pas assez nombreux pour cr\u00e9er une association d\u2019originaires. Des associations \u00e0 vocation g\u00e9n\u00e9rale, de plus grande tailles dominaient le r\u00e9seau, comme l\u2019asile de nuit ou encore l\u2019O.R.T. (l\u2019abr\u00e9viation en russe qui signifie Soci\u00e9t\u00e9 pour le d\u00e9veloppement de l\u2019Artisanat et de l\u2019Agriculture parmi les Juifs. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un facteur de regroupement et d\u2019entraide, les soci\u00e9t\u00e9s devinrent un lieu d\u2019int\u00e9gration sociale. Facteur de coh\u00e9sion, elles n\u2019en furent pas moins min\u00e9es aussi par des luttes internes de pouvoir.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que les immigr\u00e9s juifs de Russie s\u2019installaient et atteignaient une certaine aisance, en comparaison avec la duret\u00e9 des premi\u00e8res ann\u00e9es, \u2013 les\u00a0Yiddisches\u00a0ayant une vie communautaire encore plus intense que les Juifs de France anciennement \u00e9tablis-, l\u2019aide des soci\u00e9t\u00e9s mutuelles fut bient\u00f4t accord\u00e9e \u00e0 ceux qui n\u2019appartenaient pas \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame. Avec l\u2019augmentation m\u00eame faible de leurs revenus, les immigr\u00e9s juifs de Russie \u00e9taient d\u00e9sormais \u00e0 m\u00eame de se tourner vers les autres, en cr\u00e9ant des organisations philanthropiques ou en les aidant financi\u00e8rement. Les Juifs de Russie cr\u00e9\u00e8rent de nombreuses institutions parmi lesquelles figure la Soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance et d\u2019humanit\u00e9, la premi\u00e8re, fond\u00e9e par L\u00e9on Novochelski en 1886, quatre ans apr\u00e8s la premi\u00e8re vague d\u2019immigration juive de Russie \u00e0 Montmartre. Elle se d\u00e9veloppa \u00e0 partir de la Soci\u00e9t\u00e9 des Isra\u00e9lites polonais rattach\u00e9e au premier des oratoires immigr\u00e9s, celui de la rue Saint-Paul, dont Novochelski avait \u00e9t\u00e9 \u00e9galement le pr\u00e9sident. La cr\u00e9ation de l\u2019oeuvre philanthropique immigr\u00e9e la plus importante de toutes, la Soci\u00e9t\u00e9 (plus tard Association) philanthropique de l\u2019Asile isra\u00e9lite de Paris visait plut\u00f4t l\u2019hospitalit\u00e9 que l\u2019assistance. L\u2019Asile fut fond\u00e9 \u00ab\u00a0par l\u2019initiative des isra\u00e9lites russes et roumains\u00a0\u00bb, en 1900. Mo\u00efse Fleischer (qui travaillait dans la bonneterie et l\u2019impression sur coton) en \u00e9tait le fondateur et le pr\u00e9sident jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1905. Le rabbin immigr\u00e9 Lubetski participa aussi \u00e0 la fondation de l\u2019Asile, et Salomon Novochelski, le fils du fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance, succ\u00e9da \u00e0 Fleischer comme pr\u00e9sident, de 1905 \u00e0 1916. En 1910, il quitta les b\u00e2timents qu\u2019il louait rue du Figuier dans le Marais pour acqu\u00e9rir ses propres murs au 12 rue des Saules, \u00e0 Montmartre. L\u2019ann\u00e9e suivante, en 1911, une cr\u00e8che fut cr\u00e9\u00e9e et l\u2019Asile devint la Soci\u00e9t\u00e9 philanthropique de l\u2019Asile de nuit et de cr\u00e8che isra\u00e9lite. En mai 1914, un asile de jour fut mis sur pied au 16 de la rue des Cloys \u00e0 Montmartre, mais celui-ci ne fonctionna qu\u2019au ralenti pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Il d\u00e9m\u00e9nagea enfin au 16 rue Lamarck o\u00f9 un centre d\u2019h\u00e9bergement et une cr\u00e8che existent toujours. De trente lits, l\u2019Asile passa \u00e0 cent en 1909. Il recevait de trente-quatre \u00e0 quarante visiteurs par nuit (chacun y demeurant de six \u00e0 neuf nuits). L\u2019h\u00e9bergement, comme le th\u00e9, le pain, la soupe et les v\u00eatements \u00e9taient enti\u00e8rement gratuits sans tenir compte de la nationalit\u00e9 ou de la religion. A c\u00f4t\u00e9 de l\u2019importante fonction qu\u2019il remplissait pour les nombreux immigr\u00e9s, l\u2019Asile offrait aussi une aide aux immigr\u00e9s ou aux travailleurs fran\u00e7ais au ch\u00f4mage. Si n\u00e9cessaire, la limite de quinze nuits cons\u00e9cutives autoris\u00e9es \u00e9tait prolong\u00e9e. L\u2019Asile de nuit fonctionnait ainsi. Les dames patronnesses s\u2019occupaient de la cr\u00e8che, des bals de charit\u00e9 annuels remplissaient la caisse, sans oublier les fondations de lits, avec l\u2019inscription du nom du donateur: \u00ab\u00a0Vous pourrez ainsi perp\u00e9tuer le nom qui vous est cher entre tous\u00a0\u00bb. Dans le discours, l\u2019Asile de nuit reprend les m\u00eames th\u00e8mes que ceux des oeuvres philanthropiques fran\u00e7aises, \u00e0 savoir, la lutte contre la mendicit\u00e9 organis\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de la vente de tickets, \u00ab\u00a0le fl\u00e9au du paup\u00e9risme\u00a0\u00bb; le probl\u00e8me des \u00ab\u00a0faux pauvres\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb n\u00e9cessiteux. Le travail \u00ab\u00a0ennoblit l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. On loue la France pour son hospitalit\u00e9 unique en Europe. Consciente que tout nouvel afflux de r\u00e9fugi\u00e9s russes \u00e0 Paris aurait d\u00e9clench\u00e9 des r\u00e9actions plus violentes tout comme le m\u00e9pris du Comit\u00e9 de Bienfaisance qui reprochait \u00e0 ceux qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s de manquer souvent de reconnaissance pour les oeuvres de charit\u00e9 qui les avaient recueillis et accompagn\u00e9s[7]. On trouve dans les proc\u00e8s-verbaux des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales ordinaires du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris, la mention que \u00ab\u00a0cette immigration (des Juifs de Russie) nous donne des pr\u00e9occupations s\u00e9rieuses, car nous devons tout faire pour emp\u00eacher qu\u2019elle ne soul\u00e8ve ici, comme cela a eu lieu dans d\u2019autres pays, une question d\u2019ordre social dont les cons\u00e9quences seraient f\u00e2cheuses pour tous. Nous nous gardons bien d\u2019encourager ce mouvement d\u2019immigration. Cependant nos sentiments de fraternit\u00e9 nous d\u00e9fendent de nous d\u00e9sint\u00e9resser compl\u00e8tement du sort des malheureux qui nous arrivent du dehors; nous devons subvenir \u00e0 leurs premiers besoins; nous aidons volontiers ceux d\u2019entre eux qui peuvent travailler, et nous rapatrions les autres. Le Comit\u00e9 qui, cette ann\u00e9e (1888) a re\u00e7u 773 demandes de plus que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, \u00e9manant de 557 c\u00e9libataires et de 216 individus mari\u00e9s, a renvoy\u00e9 dans leur pays d\u2019origine ou dirig\u00e9 vers l\u2019Angleterre et l\u2019Am\u00e9rique 648 individus. Cela a co\u00fbt\u00e9 6,796 fr. 55 (\u2026). C\u2019est l\u2019assistance effective fournie \u00e0 ceux qui d\u00e9sirent r\u00e9ellement travailler et cherchent vainement \u00e0 subvenir par leur labeur \u00e0 leur existence et au soutien de leur famille. C\u2019est ainsi que nous distribuons fr\u00e9quemment dans nos s\u00e9ances des sommes qui permettent l\u2019achat d\u2019outils professionnels, de machines \u00e0 coudre, de marchandises ou des mati\u00e8res premi\u00e8res; que nous consentons des pr\u00eats gratuits de sommes d\u2019argent \u00e0 des gens de toutes les classes; qu\u2019aux \u00e9poques o\u00f9 la population en f\u00eate se r\u00e9unit sur nos boulevards ou dans les foires, nous faisons aux indigents de larges distributions leur permettant d\u2019acheter des fleurs, des confetti ou autres menues denr\u00e9es qu\u2019ils vont revendre avec un l\u00e9ger b\u00e9n\u00e9fice gr\u00e2ce auquel leurs familles trouvent le n\u00e9cessaire pendant quelques jours. De m\u00eame nous nous attachons \u00e0 patronner et \u00e0 placer dans des \u00e9tablissements industriels, les individus que nous avons appris \u00e0 conna\u00eetre et qui cherchent vainement un travail qui les sortirait du besoin et qui semble trop souvent s\u2019\u00e9vanouir devant eux (\u2026). Nous les assistons dans nos distributions quotidiennes, et, de plus par notre contribution au d\u00e9gagement de leurs bagages. Il arrive fr\u00e9quemment en effet, que ces malheureux ne poss\u00e8dent pas la somme n\u00e9cessaire pour payer le transport de leur avoir. En venant \u00e0 leur aide nous leur permettons de retrouver ici leurs meubles familiers et leurs instruments de travail (\u2026)[8].<\/p>\n<p>L\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle se fit forte de vouloir d\u00e9tourner l\u2019\u00e9migration russe vers la province, o\u00f9 elle serait alors moins visible. Une circulaire du 1er ao\u00fbt 1882 fut adress\u00e9e aux comit\u00e9s locaux de l\u2019A.I.U., leur demandant d\u2019adopter des familles ou des individus. Versailles, Toulouse, Haguenau, Nancy, en accueillirent un certain nombre mais il n\u2019y eut pas de r\u00e9el enthousiasme de la part des comit\u00e9s en province lorsqu\u2019il s\u2019agissait de passer de la philanthropie \u00e0 distance \u00e0 l\u2019accueil en France de ceux qu\u2019on avait plaints et secourus. La communaut\u00e9 isra\u00e9lite de France n\u2019\u00e9tait pas la seule \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019immigrants ou \u00e0 les m\u00e9priser, ceux \u00e0 qui elle reprochait \u00ab\u00a0leur jargon indig\u00e8ne et indigeste\u00a0\u00bb ou la propret\u00e9 relative de \u00ab\u00a0ces enfants de la Russie\u00a0\u00bb[9]. A la distance que mettaient les Juifs fran\u00e7ais entre eux et les immigr\u00e9s d\u2019Europe de l\u2019Est, les immigr\u00e9s ont r\u00e9pondu par une certaine d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des institutions juives de France (Consistoire Isra\u00e9lite de Paris, synagogues consistoriales) y compris les oeuvres de charit\u00e9, seul, l\u2019h\u00f4pital Rothschild \u00e9tait un recours accept\u00e9 sans difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un climat d\u2019une hospitalit\u00e9 toute relative, les immigr\u00e9s de Russie ont su conserver une communaut\u00e9 interne forte, en se regroupant d\u2019abord en fonction de leur localit\u00e9 d\u2019origine pour constituer des \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s de pays\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0landmanschaften\u00a0\u00bb en yiddish, ou de pays, qui sont plus que de simples soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel. On comptait 170 \u00ab\u00a0landmanschaften\u00a0\u00bb \u00e0 Paris en 1939, qui dispensaient une aide m\u00e9dicale, accordait des petits pr\u00eats, des pensions de veuvage, des concessions fun\u00e9raires\u2026 Ces soci\u00e9t\u00e9s assuraient le lien entre la population immigr\u00e9e et leurs familles et amis rest\u00e9s au pays et apportaient une aide au voyage et des subsides. Les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels , sortes de caisses d\u2019entraide, pouvaient parfois se transformer \u00e0 leur cr\u00e9ation en embryons de syndicats juifs. Elles intervenaient aussi pour obtenir une concession dans les cimeti\u00e8res parisiens, comme ce fut le cas du Merkaz de Montmartre, notamment. La multiplication de ces soci\u00e9t\u00e9s conduisit \u00e0 la cr\u00e9ation, le 10 avril 1913, de la F\u00e9d\u00e9ration des Soci\u00e9t\u00e9s Juives de France, n\u00e9e de l\u2019initiative d\u2019un groupe de sionistes sous l\u2019\u00e9gide du Docteur Alexander MARMOREK, biochimiste r\u00e9put\u00e9. Un tel regroupement visait \u00e0 faciliter l\u2019insertion dans la vie de la Cit\u00e9 par l\u2019accueil d\u2019immigr\u00e9s, en conformit\u00e9 avec la tradition de l\u2019organisation communautaire qui pr\u00e9valait alors en Europe orientale[10].<\/p>\n<p>Consciente que seule l\u2019hospitalit\u00e9 ne pouvait suffire \u00e0 accompagner les immigrants de fra\u00eeche date, le Comit\u00e9 de Bienfaisance se chargea \u00e9galement des aspects scolaires de l\u2019immigration. Il fit am\u00e9nager des salles d\u2019\u00e9coles parmi lesquelles, en 1882, une \u00e9cole pour les r\u00e9fugi\u00e9s russes dans la rue Eug\u00e8ne-Sue, avec l\u2019aide du baron Edmond de ROTHSCHILD, destin\u00e9e aux enfants, comprenait \u00e9galement des cours du soir pour les adultes qui, n\u00e9anmoins, n\u2019y particip\u00e8rent pas. En 1906, une \u00e9cole avec cours religieux de Talmud Torah du soir ouvre au 32, rue Marcadet, dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, qui fut fr\u00e9quent\u00e9e par des enfants d\u2019ouvriers juifs dont les professeurs furent, entre autres, EPSTEN, MARCOWITZ et HALPHEN. Il existait d\u00e9j\u00e0 en 1823, un S\u00e9minaire Isra\u00e9lite cr\u00e9\u00e9 sous le nom d\u2019Ecole Rabbinique\u00a0: BRODSKY, L\u00e9on d\u2019Odessa figure parmi les donateurs en 1902. En 1906, une \u00e9cole situ\u00e9e au 32, rue Marcadet donnait des cours religieux de Talmud Thora le soir \u00e0 des enfants d\u2019ouvriers. Parmi ses professeurs figuraient EPSTEIN, MARCOWITZ et HALPERN.<\/p>\n<p>Toutes ces institutions n\u00e9cessitaient une aide financi\u00e8re. Comme les oratoires et les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel, l\u2019Asile se tourna vers la communaut\u00e9 parisienne dans l\u2019espoir de recevoir de l\u2019aide. Il re\u00e7ut effectivement le soutien moral et financier du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris, de l\u2019Univers isra\u00e9lite\u00a0admirait son oeuvre discr\u00e8te et les\u00a0Archives isra\u00e9lites,\u00a0louaient ses efforts qui faisaient honneur \u00e0 la communaut\u00e9 parisienne. Le grand rabbin Zadoc Kahn puis J.H. Dreyfus, apport\u00e8rent leur soutien spirituel \u00e0 l\u2019Asile. Quant \u00e0 l\u2019aide financi\u00e8re, elle vint de l\u2019Alliance, de la famille Merzbach, des Rothschild, etc. M\u00eame le pr\u00e9fet de police L\u00e9pine \u00e9tait sur la liste des bienfaiteurs. Cette approbation unanime de la communaut\u00e9 immigr\u00e9e, parce qu\u2019elle prenait soin des siens et all\u00e9geait le fardeau des bureaux d\u2019aide sociale aussi bien publics que juifs, assura le d\u00e9veloppement de l\u2019Asile. Une source importante de fonds provenait d\u2019un club de diamantaires immigr\u00e9s. Une source non n\u00e9gligeable provenait aussi des cotisations de ses membres qui payaient leurs vingt francs de cotisation annuelle. Ces cotisations repr\u00e9sentaient un tiers des revenus en 1905 \u2013 1906. Dufayel aida \u00e9galement les immigrants \u00e0 s\u2019installer. De 1908 \u00e0 1913, la Fondation Rothschild fit construire, sous la direction d\u2019Henri Provensal, les ensemble d\u2019habitation de la rue Marcadet.<\/p>\n<h5>1.5.\u00a0Les commerces des Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<\/h5>\n<p>Pour subvenir aux besoins quotidiens des \u00e9migrants, une multitude de commerces existaient. Pour se nourrir, d\u00e8s 1905, les \u00e9migrants pouvaient se rendre aux fourneaux alimentaires au 25, Rue ordonner, dans les ann\u00e9es 1920, au 33, rue Caulaincourt et au 6, rue Championnet. L\u00e0, ils y trouvaient des aliments chauds contre des Bons \u00e9mis par le Comit\u00e9 de Bienfaisance, qu\u2019ils pouvaient se procurer \u00e0 la Caisse dudit Comit\u00e9, 60, Rue Rodier, \u00e0 raison de 0 Franc 10, pour un un Bon d\u2019une portion (bouillon, l\u00e9gumes ou viande). Les Bons \u00e9taient vendus au d\u00e9tail par les boulangers avoisinant les Fourneaux. On pouvait aussi se substanter dans les \u00ab\u00a0bouillons\u00a0\u00bb des rues de Clignancourt, Eug\u00e8ne-Sue et Marcadet. On trouve mention d\u2019un certain Hersch GALAS, porteur de pain au 29, rue Ordonner en 1910. Parmi les commerces les plus en vue dans le 18\u00e8me arrondissement, Robert SABATIER, dans son roman \u00ab\u00a0David et Olivier\u00a0\u00bb aimait \u00e0 \u00e9voquer la boucherie Kasher de M. AARON de la rue Labat, qui faisait face \u00e0 l\u2019\u00e9choppe du rempailleur de chaises, M. L\u00e9opold, rue Nicolet, M. ZOBER, le tailleur, le couturier Jack BRONSKI (Chez Jack BRONSKI au 5, rue Nicolet) et M. KUPALSKI, un \u00e9picier qui \u00e9levait des oies et des carpes derri\u00e8re sa boutique. L\u2019\u00e9picerie cacher ROSEMBERG avait pignon sur rue dans les ann\u00e9es 1940. D\u2019autres bouchers r\u00e9galaient les palais comme F\u00e9lix LAZARD, 35, Rue Ramey (en 1905), Albert LEVY, 33, Rue Montholon, ROSENBERG, au 67, Rue Ramey (signal\u00e9e pour l\u2019ann\u00e9e 1946), Samuel DAVID, au 4, rue Ferdinand Flocon, LINDE, rue Ramey, dans les ann\u00e9es 30 ou encore SZIPAK au 92, rue Championnet. Rue Simart, KLAPISH vendait les succulents cornichons \u00e0 la mode\u00a0Mallassol.\u00a0Dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, l\u2019\u00e9picerie d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0The far Eastern Fish C\u00b0, Maison \u00ab\u00a0KETA\u00a0\u00bb, au 135, rue Damr\u00e9mont r\u00e9galait les palais les plus subtils. On trouvait pratiquement de tout \u00e0 l\u2019\u00e9choppe de KOSSOWSKI au 70, rue Damr\u00e9mont. Des magasins d\u2019alimentation g\u00e9n\u00e9rale se trouvaient dans les rues du Poteau, Duhesme et Ramey. Pour les grandes occasions, on se pr\u00e9cipitait en famille au restaurant d\u2019H\u00e9l\u00e8ne KERNBAUM, Rue Eug\u00e8ne-Sue. On se r\u00e9unissait volontiers pour se retrouver, discuter et bavarder au caf\u00e9 Nord-Sud, pr\u00e8s de la mairie du XVIII\u00e8me arrondissement. Pour se pr\u00e9parer \u00e0 de grands \u00e9v\u00e9nements, se faire plaisir, plaire, les \u00e9migrants allaient se faire coiffer chez JOFFO, au bas de la Rue de Clignancourt, et, se chausser chez KALMANSON au 63, rue du Ruisseau. Les \u00e9migrants allaient faire leurs emplettes dans les grands magasins tels que Cinq et Dix, Dufayel, le Palais de la Nouveaut\u00e9 ou encore le Bonhomme en bois. Ils allaient se divertir au cin\u00e9ma du 43, Rue Ornano ou au Fantasio ou encore au Marcadet Palace. Pour s\u2019\u00e9quiper de mat\u00e9riels radiophoniques, le magasin de la soci\u00e9t\u00e9 Audiola au 5, rue Ordonner, comme celui de Radio Rex au 80, rue Damr\u00e9mont, \u00e9taient tout indiqu\u00e9s. Pour se meubler, il suffisait de se rendre chez L\u00e9vitan ou encore chez Herman WALDMAN au 47, Boulevard de la Chapelle. Ceux qui avaient besoin d\u2019aide pour effectuer des d\u00e9marches administratives, entre autres, pouvaient s\u2019adresser \u00e0 David DAVID, \u00e9crivain public au 20, rue \u00c9cuyer. Vous aviez un probl\u00e8me de tuyauterie, vous pouviez recourir aux services de David JACOBSOHN, serrurier au 68, rue Marcadet.<\/p>\n<p>En novembre 1911, le Comit\u00e9 de Bienfaisance isra\u00e9lite de Paris refusa l\u2019offre de subvention que lui avait faite la Soci\u00e9t\u00e9 russe de Secours[11]. La Soci\u00e9t\u00e9 russe de Bienfaisance, par l\u2019organe d\u2019un de ses membres, le Docteur ROSENBLITH, demanda au Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de vouloir bien lui signaler, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les familles int\u00e9ressantes \u00e0 secourir ou \u00e0 rapatrier. Le Comit\u00e9 de Bienfaisance, \u00e0 titre d\u2019essai, adopta cette proposition[12].<\/p>\n<p>Avec la Premi\u00e8re Guerre mondiale, l\u2019immigration des Juifs de Russie en France connut une interruption momentan\u00e9e. Zosa SZAJKOWSKI estime dans son \u00ab\u00a0Etuden\u00a0\u00bb \u00e0 10.000 les Juifs d\u2019Europe orientale \u00e0 Paris en 1914, Michel ROBLIN, \u00e0 21.000[13]. D\u00e8s le d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale de nombreux Juifs, reconnaissant \u00e0 leur patrie d\u2019accueil, se montr\u00e8rent patriotes, sur au moins 40.000 qui s\u2019\u00e9taient port\u00e9s volontaires, 14.000 d\u2019entre eux tomb\u00e8rent au champ d\u2019honneur. Beaucoup avaient fait partie de la Soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0La Solidarit\u00e9 des Engag\u00e9s Volontaires Juifs R\u00e9form\u00e9s\u00a0\u00bb qui \u00e9tait domicili\u00e9e au 113 de la Rue Ordener, dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris. Les Volontaires Juifs Anciens Combattants au service de la France\u00a0\u00bb, soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels pr\u00e9sid\u00e9e par M. R BERCOVICI, se situait au 7bis de la Rue Tr\u00e9taigne dans le 18\u00e8me arrondissement[14]. En 1917, le Club des \u00e9migr\u00e9s russes de Montmartre, situ\u00e9 au 37, Rue Labat dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris a jou\u00e9 un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le maintien des industries de la fourrure et de la confection, rempla\u00e7ant une foule d\u2019ouvriers fran\u00e7ais appel\u00e9s sous les drapeaux en 1914 \u2013 1918. D\u00e8s la d\u00e9claration de guerre de la France \u00e0 l\u2019Allemagne, d\u00e8s le 3 ao\u00fbt 1914, les fourneaux alimentaires durent fermer en raison des p\u00e9nuries alimentaires. Le Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris ne tourna plus qu\u2019au ralenti. L\u2019ambassadrice de Russie fit appel au Comit\u00e9 pour qu\u2019il la seconde dans la t\u00e2che que lui imposait, l\u2019affluence \u00e9norme des pauvres r\u00e9fugi\u00e9s russes.. le Comit\u00e9 vota alors dans ce but une subvention de 3 000 Francs en attendant qu\u2019il ait pu \u00e9tudier les voies et moyens de secourir les indigents russes plus normalement et \u00e0 bon escient. Louis DREYFOUS fut d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 pour le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris pour voir avec les autorit\u00e9s municipales les moyens de cr\u00e9er ou de subventionner l\u2019organisation et l\u2019installation de soupes populaires. Le Comit\u00e9 d\u00e9cida que, pendant toute la dur\u00e9e de la guerre, les cantines des \u00e9coles seraient enti\u00e8rement gratuites. Les indigents. Le Comit\u00e9 exprima le d\u00e9sir que les secours des \u00ab\u00a0familles assist\u00e9es\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0pauvres inscrits\u00a0\u00bb fussent augment\u00e9s pendant la guerre et d\u00e9l\u00e9gua ses pouvoirs \u00e0 son bureau pour aviser. Puis, petit \u00e0 petit, les fourneaux alimentaires rouvrirent[15]. Il fut mis \u00e0 disposition des fourneaux \u00e0 cr\u00e9er \u00e0 l\u2019Asile du Jour, 16, rue des Clous, une somme de 500 Francs[16]. Le 22 octobre 1914, le Consulat g\u00e9n\u00e9ral de Russie et la Soci\u00e9t\u00e9 russe de Bienfaisance d\u00e9cid\u00e8rent de mettre \u00e0 la disposition du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris, sans aucun engagement de sa part, une somme mensuelle d\u2019environ 600 Francs pour aider \u00e0 secourir directement les familles isra\u00e9lites russes[17]. L\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle proposa au Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de contribuer pour 2\/3 dont 1\/3 pour elle et 1\/3 de la part du Jewish Welfare Board aux d\u00e9penses qui seront faites pour secourir les prisonniers militaires et civils de nationalit\u00e9 russe et roumaine, rapatri\u00e9s d\u2019Allemagne. Le Comit\u00e9 accepta de se charger de la r\u00e9partition de ces secours auxquels il contribua pour 1\/3. Tout cela se fit \u00e0 titre d\u2019essai[18]. Le fourneau alimentaire de la rue Ordener fut liquid\u00e9 d\u00e9finitivement en f\u00e9vrier 1920 aux bons soins de Monsieur GODECHAUX[19].<\/p>\n<h3>2. 1919\u20131944 : Les Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris et les enjeux de l\u2019Entre-Deux-Guerres<\/h3>\n<p>C\u2019est le retour de la paix, les r\u00e9volutions russes de 1917 puis la fermeture par les Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique de leurs fronti\u00e8res aux immigrants de l\u2019Europe de l\u2019Est en 1924, que l\u2019immigration des Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris reprit, en d\u00e9pit des mesures prises par le Gouvernement fran\u00e7ais en faveur du retour des r\u00e9fugi\u00e9s russes en Russie, au lendemain de la r\u00e9volution russe de f\u00e9vrier 1917[20]. Cette m\u00eame ann\u00e9e, le Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris, en son assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 5 juillet, pr\u00e9sentait un rapport de Madame H\u00e9l\u00e8ne-L\u00e9opold ENOS, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e au Patronage des Prisons, \u00e0 l\u2019issue de sa mission de dame visiteuse du D\u00e9p\u00f4t et des prisons de la Seine, charg\u00e9e sp\u00e9cialement par le Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris, des femmes et jeunes filles isra\u00e9lites. Elle affirmait \u00ab\u00a0\u00eatre heureuse de constater que, malgr\u00e9 la recrudescence de la criminalit\u00e9, nous avons eu moins de coreligionnaires arr\u00eat\u00e9s cette ann\u00e9e (1917)\u00a0\u00bb (\u2026). Parlant du \u00ab\u00a0D\u00e9p\u00f4t, la premi\u00e8re section de Saint-Lazare et Fresnes qui \u00ab\u00a0ont re\u00e7u, cette ann\u00e9e, 17 femmes ou jeunes filles, isra\u00e9lites, au lieu de 24 en 1910. Comme toujours, ce sont les \u00e9trang\u00e8res, et surtout les Russes qui dominent[21].<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Philippe BOURDREL, 70.000 Juifs d\u2019origine orientale se trouvaient dans la r\u00e9gion parisienne entre 1920 et 1939[22]. En 1921, la population totale du 18\u00e8me arrondissement s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 281.000 habitants, soit 10.000 de plus qu\u2019en 1911, en 1926 \u00e0 279.000, soit 6.000 habitants de moins qu\u2019en 1921, 285.000 en 1931, soit la population de 1921[23]. Les lois fran\u00e7aises de 1925 et de 1927 ont facilit\u00e9 la naturalisation des enfants \u00e9trangers n\u00e9s en France puis celle d\u2019\u00e9trangers, la France manquant de main-d\u2019oeuvre depuis la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. En 1927 \u2013 1928, environ 10.000 Juifs de Russie et de Pologne ont \u00e9t\u00e9 assist\u00e9s, mais c\u2019est sans compter ceux qui ne l\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 soit parce qu\u2019ils n\u2019y ont pas eu droit ou parce qu\u2019ils ne l\u2019ont pas demand\u00e9[24].<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1920, pour faire face \u00e0 la mont\u00e9e du ch\u00f4mage, le Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris proc\u00e9da \u00e0 des placements de Juifs en province et dans des villages au Portugal, ainsi qu\u2019\u00e0 des rapatriements en prenant en charge le co\u00fbt des voyages et cr\u00e9a des ouvroirs \u00e0 Paris[25]. En 1927, ce m\u00eame Comit\u00e9 finan\u00e7a un Comit\u00e9 de protection des Emigrants[26]. Une r\u00e9flexion fut men\u00e9e au sein du Comit\u00e9 afin de regrouper voire fusionner les tr\u00e8s nombreuses oeuvres, pour r\u00e9pondre \u00e0 une qu\u00eate de davantage de rationalisation et d\u2019efficacit\u00e9[27].<\/p>\n<h5>2.2.\u00a0La politisation accrue des Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris pendant l\u2019Entre-Deux-Guerres<\/h5>\n<p>L\u2019Entre-Deux-Guerres fut marqu\u00e9e en France, et, notamment \u00e0 Paris, par une institutionnalisation plus compl\u00e8te de la population immigr\u00e9e, ainsi que par sa politisation[28]. Les orientations politiques des\u00a0Yiddisches\u00a0\u00e9taient davantage tourn\u00e9es vers la Gauche et le sionisme que celles des communaut\u00e9s juives anciennement \u00e9tablies en France. La Pr\u00e9fecture de Police de Paris a recens\u00e9 environ 1.500 individus partisans de l\u2019anarchie ou r\u00e9volutionnaires, socialistes d\u00e9mocrates ou appartenant au Bund juif. Le Syndicat des ouvriers casquettiers \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 par la Pr\u00e9fecture de Police de Paris un noyau remuant important des maximalistes[29]. Entre 1908 et 1936, les m\u00e9tiers juifs organis\u00e8rent de nombreuses gr\u00e8ves \u00e0 Paris parmi lesquelles on peut citer notamment, celle des ouvriers boulangers juifs en 1908, la grande gr\u00e8ve des casquettiers en 1912, celle des tailleurs juifs au service des Galeries Lafayette en 1914, celle des tailleurs juifs des Galeries Lafayette et du Printemps en 1917, celle de la confection des imperm\u00e9ables et du cuir en 1935 ou encore celle des m\u00e9tiers juifs en 1936.<\/p>\n<p>Le 29 mai 1909, les groupes r\u00e9volutionnaires de Juifs de Paris fondent une f\u00e9d\u00e9ration anarchiste juive \u00ab\u00a0Arbeiter Freint\u00a0\u00bb. Les Juifs de Russie communistes \u00e9taient nombreux \u00e0 r\u00e9sider dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, parmi lesquels, on peut citer: HONEL Mira n\u00e9e BOJM, RONIS Willy le photographe, KOUBCHIK Abraham, FRIEDMAN Bernard, WAISFICH Maurice, MINC Andr\u00e9, Norbert; ANKER Daniel, Samuel; CLEITMAN Ithoc (dit Blum), KLEINMANN Bernard alias Gabriel POIRIER. Samuel (Szmul) Tyszelman et Elie WALLACH \u00e9taient membres des Jeunesses Communistes.<\/p>\n<h5>2.3. 1940\u20131944 : Les Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris \u00e0 l\u2019heure de l\u2019occupation, des d\u00e9portations et de la R\u00e9sistance<\/h5>\n<p>A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sur les 150 000 Juifs de France, 90 000 sont de vieille souche et parmi les 60 000 Juifs \u00e9trangers, souvent immigr\u00e9s de l\u2019Europe orientale, la moiti\u00e9 a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9e dans les ann\u00e9es 1930[30]. En 1939, environ 15.000 Juifs vivent dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris, dont 3 000 enfants qui fr\u00e9quentait les 70 \u00e9coles que comptait le XVIII\u00e8me arrondissement. Le sort des Juifs en France est d\u00e9cid\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019occupation, avec le premier statut des Juifs. La Shoah annonce la fin de cette \u00ab\u00a0nouvelle J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb qui, avec la cr\u00e9ation du Commissariat g\u00e9n\u00e9ral aux affaires juives, les lois du statut des juifs excluant les Juifs de nombreux lieux publics et restreignant le champ de leurs professions et l\u2019aryanisation des entreprises juives juives nombreuses dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, va conna\u00eetre les affres de l\u2019occupation et de la d\u00e9portation et faire preuve en m\u00eame temps d\u2019un grand esprit de r\u00e9sistance. En mai 1940, le Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris tint sa derni\u00e8re Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale[31], puis, le 11 juin 1940, lil dut fermer ses portes. Le 9 janvier 1941, le Comit\u00e9 reprit son activit\u00e9, bien r\u00e9duite, mais il devait c\u00e9der la place l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 l\u2019U.G.I.F[32]. Par la loi du 29 novembre 1941, le gouvernement fran\u00e7ais cr\u00e9\u00e9e l\u2019Union G\u00e9n\u00e9rale des Isra\u00e9lites de France (U.G.I.F.), charg\u00e9e d\u2019assurer la repr\u00e9sentation des Juifs aupr\u00e8s des pouvoirs publics, notamment pour les questions d\u2019assistance, de pr\u00e9voyance et de reclassement social, obligeant tous les Juifs demeurant en France d\u2019y adh\u00e9rer, les autres associations juives ayant \u00e9t\u00e9 dissoutes et leurs biens confi\u00e9s \u00e0 l\u2019U.G.I.F. D\u00e8s janvier 1941, l\u2019administrateur judiciaire aupr\u00e8s du Tribunal, Monsieur GERVAIS a repris la direction de l\u2019oeuvre: secours en esp\u00e8ces et en nature, r\u00e9ouverture des deux fourneaux alimentaires parisiens[33]. Par son attachement au l\u00e9galisme, l\u2019U.G.I.F. a pu parfois pencher vers la collaboration avec le r\u00e9gime de Vichy nourri de l\u2019attachement personnel de certains de ses membres au mar\u00e9chal P\u00e9tain et de la confiance des m\u00eames en Xavier VALLAT et en l\u2019occupant nazi. Ses bureaux ou les maisons d\u2019enfants qu\u2019elle patronnait ont pu se transformer en v\u00e9ritables sourici\u00e8res vuln\u00e9rables aux rafles de la Gestapo. Contrairement aux\u00a0Judenr\u00e4te\u00a0en Europe orientale, l\u2019U.G.I.F. n\u2019est pas sollicit\u00e9e pour fournir les listes de personnes \u00e0 d\u00e9porter, le soin des arrestations \u00e9tant confi\u00e9e \u00e0 la seule police de l\u2019Etat fran\u00e7ais. Face \u00e0 ces exactions, la R\u00e9sistance juive \u00e0 Paris, et, notamment dans le XVIII\u00e8me arrondissement, englobe les diff\u00e9rentes actions men\u00e9es par des Juifs de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise ou \u00e9trangers pour s\u2019opposer \u00e0 la politique antis\u00e9mite du gouvernement de Vichy, \u00e0 l\u2019occupation allemande et aux d\u00e9portations organis\u00e9es par les nazis. Elle int\u00e8gre divers r\u00e9seaux fran\u00e7ais, entre autres, \u00e0 Paris m\u00eame. Par ailleurs, des organisations sp\u00e9cifiquement juives se cr\u00e9ent, coop\u00e9rant \u00e0 l\u2019occasion avec les autres r\u00e9seaux. D\u2019autres Juifs priv\u00e9s d\u2019emploi ou de papiers d\u2019identit\u00e9 utilisables, participent en dehors des r\u00e9seaux \u00e0 la recherche, au transport ou \u00e0 la r\u00e9partition de tickets d\u2019alimentation et de faux papiers, ou bien \u00e0 l\u2019exfiltration et au placement d\u2019enfants sans parents ou de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 cacher. D\u2019autres r\u00e9sistent spirituellement quand d\u2019autres optent pour la lutte arm\u00e9e. Toutes ces formes recevables et respectables de R\u00e9sistance active ou passive honorent la m\u00e9moire des 76.000 d\u00e9port\u00e9s Juifs de France.<\/p>\n<p>En juin 1940, le Consistoire central de France cr\u00e9e des caisses de secours et multiplie les d\u00e9marches aupr\u00e8s des autorit\u00e9s de Vichy et de l\u2019Eglise de France pour obtenir des soutiens; puis, s\u2019\u00e9tant repli\u00e9 \u00e0 Lyon, laissa l\u2019A.C.I.P.,\u00a0Association consistoriale des isra\u00e9lites de Paris\u00a0op\u00e9rer \u00e0 Paris. C\u2019est sous la pression allemande que l\u2019A.C.I.P. finit par accepter de constituer, en janvier 1941, un\u00a0Comit\u00e9 de coordination\u00a0(C.C.) qui comprend, en plus du Comit\u00e9 de bienfaisance de l\u2019A.C.I.P. des repr\u00e9sentants de la rue Amelot et de l\u2019O.S.E.[34]\u00a0En ao\u00fbt 1941, DANNECKER exige 6 000 Juifs pour des \u00ab\u00a0travaux agricoles\u00a0\u00bb dans les Ardennes mais les volontaires immigr\u00e9s \u00e9tant peu nombreux, et, comme mesure de r\u00e9torsion, les Allemands organisent une rafle de 3 200 Juifs \u00e9trangers et 1 000 Juifs de France sont intern\u00e9s \u00e0 Drancy[35].<\/p>\n<p>Si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 partie prenante en tant qu\u2019institution \u00e0 part enti\u00e8re dans le r\u00e9sistance juive, l\u2019U.G.I.F. n\u2019en a pas moins entretenu toutes sortes de liens avec des organisations comme l\u2019O.S.E. (\u00e9tablie depuis 1933 \u00e0 Paris pour venir au secours des Juifs pauvres, souvent r\u00e9fugi\u00e9s d\u2019Europe orientale), la Rue Amelot\u00a0(du nom de la rue de Paris (Rue Amelot) o\u00f9 il se r\u00e9unissait dans les locaux de la\u00a0Colonie Scolaire, rassemble des membres de diverses organisations juives) ou\u00a0Solidarit\u00e9, qui existaient d\u00e9j\u00e0 avant la guerre, qui ont men\u00e9 une action d\u2019entraide pour une population juive de plus en plus appauvrie. Ils fournissent aux Juifs de la nourriture et des fausses cartes d\u2019identit\u00e9 ou de ravitaillement, participent au sauvetage des enfants ou encore essayent de les faire passer en zone \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb. L\u2019U.G.I.F. demande \u00e0 ces associations qu\u2019elles leur signalent les enfants abandonn\u00e9s qui ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9chapper aux arrestations. Avant les rafles, des enfants lui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s, elle disposait alors de six maisons d\u2019enfants. La Rue Amelot, l\u2019O.S.E.\u00a0ainsi que\u00a0Solidarit\u00e9\u00a0pouvaient sortir des enfants confi\u00e9s \u00e0 l\u2019U.G.I.F. et les mettre en lieu s\u00fbr chez des familles nourrici\u00e8res, \u00e0 l\u2019exception des \u00ab\u00a0enfants bloqu\u00e9s\u00a0\u00bb, parce qu\u2019enregistr\u00e9s par la S.D., enfants intern\u00e9s \u00e0 Drancy avec leurs parents, mais qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s, et que l\u2019U.G.I.F. a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 sortir du camp pour les mettre dans des \u00ab\u00a0homes\u00a0\u00bb d\u2019enfants. Le service 5 de l\u2019U.G.I.F. dirig\u00e9 par Juliette STERN, pr\u00e9sidente locale de la Wizo (F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise des femmes sionistes), -qui est une oeuvre de bienfaisance f\u00e9minine n\u00e9e en 1935 et qui est li\u00e9e au projet politique de faire conna\u00eetre le juda\u00efsme et les valeurs sionistes dans les milieux f\u00e9minins-, s\u2019occupait de ces enfants. Les Eclaireurs isra\u00e9lites de France (E.I.F.) mouvement fond\u00e9 par Robert GAMSON dit Castor en 1923 comprenaient des scouts juifs. Lorsqu\u2019en 1941, l\u2019U.G.I.F. est cr\u00e9\u00e9e, les E.I.F. en deviennent la sixi\u00e8me section, d\u2019o\u00f9 le nom donn\u00e9 au r\u00e9seau de r\u00e9sistance fond\u00e9 par les \u00e9claireurs isra\u00e9lites: la Sixi\u00e8me. Dissous en novembre 1941 par le gouvernement de Vichy, les E.I.F. continuent leurs activit\u00e9s au sein du Scoutisme fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Une assistante sociale de l\u2019h\u00f4pital ROTHSCHILD, Claire HEYMAN, sauve, elle, les enfants trop malades pour \u00eatre d\u00e9port\u00e9s et plac\u00e9s l\u00e0 par la police parisienne en attendant leur transfert au camp de Drancy. Elle les fait \u00e9chapper \u00e0 travers la porte de la morgue de l\u2019h\u00f4pital\u2026<\/p>\n<p>La rafle du Vel\u2019 d\u2019Hiv en juillet 1942 semble marquer un tournant dans la R\u00e9sistance \u00e0 laquelle les Juifs particip\u00e8rent. Avec l\u2019interdiction de la plupart de ces associations et leur entr\u00e9e contrainte dans la clandestinit\u00e9, l\u2019assistance \u00e0 laquelle elles s\u2019\u00e9taient vou\u00e9es, se transforme en sauvetage quand il devient vital pour un Juif de se cacher. Les r\u00e9seaux n\u2019auraient probablement pas pu \u00eatre efficace sans l\u2019aide de la population non juive. En 1942, sur 83.546 Juifs recens\u00e9s vivant \u00e0 Paris et toujours pr\u00e9sents dans la capitale (n\u2019ayant pas fui en zone libre), 4.854 juifs fran\u00e7ais r\u00e9sidaient dans le 18\u00e8me arrondissement, ainsi que 3.904 juifs \u00e9trangers[36].<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance juive communiste fut \u00e9galement pr\u00e9sente dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris. Parmi les membres de la M.O.I., figurent un certain nombre de Juifs r\u00e9sidant dans le XVIII\u00e8me arrondissement, dont BERKOVITZ ou BERKOWIC Fogiol; Elise GERCHINOVITZ, LOUTSKI Mauricette, Anne; ZALCMAN Mosh\u00e9 \u00e9crit Mo\u00efch\u00e9, dit Artec; TACHMANN Ren\u00e9e; BUDA Enoch, PUTERFLAM Moszek dit \u00ab\u00a0Rex\u00a0\u00bb; CHILISCHI Menika (Monica); PERLSTEIN Henri; CLEITMAN Ithos (dit Blum); HONEL Mira, n\u00e9e BOJM. Le parti communiste a int\u00e9gr\u00e9 les Juifs communistes dans des structures comme Juifs, non pas comme peuple, mais par groupes de langues. L\u2019interdiction du parti communiste en 1939 a entra\u00een\u00e9 celle de la M.O.I. qui devint alors clandestine. Le groupe juif prit alors le nom de \u00ab\u00a0Solidarit\u00e9\u00a0\u00bb, regroup\u00e9 par quartiers. Il a essaim\u00e9: le M.N.C.R., l\u2019U.J.J., l\u2019U.F.J. et une branche militaire avec les F.T.P. -M.O.I. Tous ces r\u00e9seaux finissent par se regrouper en 1943 dans un organisme commun l\u2019U.J.R.E. et en m\u00eame temps la M.O.I. recrute aussi parmi les Juifs n\u00e9s en France et les non communistes. Le mouvement de jeunesse de la M.O.I., tr\u00e8s proche du P.C.F., fusionnera avec la Jeunesse communiste, alors appel\u00e9e Union de la jeunesse r\u00e9publicaine de France, en juillet 1945[37].<\/p>\n<h5>2.4.\u00a01944\u20132020 : Le cr\u00e9puscule des Juifs de Russie dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris<\/h5>\n<p>2.075 Juifs furent arr\u00eat\u00e9s dans le XVIII\u00e8me arrondissement de Paris sur un total de 27.341 Juifs arr\u00eat\u00e9s dans la totalit\u00e9 des arrondissements de Paris[38]. Trois mille Juifs du XVIII\u00e8me arrondissement de Paris furent d\u00e9port\u00e9s en 1942, 1943 et 1944. En 1944-1945, la communaut\u00e9 des Juifs du XVIII\u00e8me arrondissement de Paris, et notamment celles des Juifs d\u2019Europe centrale et orientale, furent consid\u00e9rablement amput\u00e9es par les assassinats perp\u00e9tr\u00e9s par les nazis avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s de Vichy.<\/p>\n<p>Que reste-t-il aujourd\u2019hui comme t\u00e9moin de cette \u00ab\u00a0Nouvelle J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb? Quelques synagogues comme celle de la rue Sainte-Isaure, la caf\u00e9 Nord-Sud o\u00f9 se r\u00e9unissaient les Juifs de Russie, de nombreuses plaques et st\u00e8les comm\u00e9moratives des 700 enfants juifs d\u00e9port\u00e9s pendant la Seconde Guerre Mondiale con\u00e7ues \u00e0 l\u2019initiative de Nicolas Weg, le Centre Isra\u00e9lite de Montmartre au 16, rue Lamarck. C\u2019est au cours de l\u2019ann\u00e9e 2000 qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e l\u2019association \u00ab\u00a0L\u2019AMEJD 18\u00e8me\u00a0\u00bb \u00e0 la suite du comit\u00e9 Tlemcen qui avait ouvert la voie, \u00e0 l\u2019instar d\u2019associations fond\u00e9es dans le m\u00eame but dans d\u2019autres arrondissements de Paris et en province. Elle s\u2019est donn\u00e9 pour but de faire surgir d l\u2019oubli des enfants et des adolescents qui demeuraient dans le 18\u00e8me arrondissement et qui ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s par le nazisme.<\/p>\n<p>Le 18\u00e8me arrondissement de Paris comptait avant la guerre plus de 70 \u00e9coles primaires, maternelles et cours compl\u00e9mentaires. Ces \u00e9tablissements ont \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quent\u00e9s par plus de 3 000 enfants juifs avant et pendant la Seconde Guerre mondiale: des enfants n\u00e9s en France ou n\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en Russie, en Pologne et en Roumanie, notamment. L\u2019\u00e9quipe de l\u2019Amejd 18\u00e8me ont commenc\u00e9 \u00e0 les recenser syst\u00e9matiquement en lisant les registres des \u00e9coles parisiennes. Parfois ces registres manquaient. Elle a retrouv\u00e9 leurs noms par d\u2019autres recherches, et notamment par celles de l\u2019\u00e9quipe de Serge KLARSFELD, l\u2019auteur du m\u00e9morial de la d\u00e9portation des juifs de France.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, que les communaut\u00e9s juives de Russie largement dessin\u00e9es par le nazisme, ont \u00e9t\u00e9 progressivement remplac\u00e9es, successivement, par l\u2019immigration maghr\u00e9bine puis chinoise. Il me revenait par cons\u00e9quent de leur redonner vie, en hommage \u00e0 celles et ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s et assassin\u00e9s mais aussi en m\u00e9moire d\u2019une Histoire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connue et reconnue.<\/p>\n<ol>\n<li>Baron Alfred de GUNZBOURG,\u00a0L\u2019activit\u00e9 des Juifs Russes \u00e0 Paris in\u00a0Almanach juif. Paris. 1931. \u00c9dite par la Colonie scolaire, page 33. et Archives Nationales de France, S\u00e9rie 26 AS 23: Comit\u00e9 de Bienfaisance de Paris. Brochure: \u00ab\u00a0Un si\u00e8cle et demi au service de la Communaut\u00e9 1809 \u2013 1959\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>SZAJKOWSKI, Zosa,\u00a0The European attitude to east European Jewish Immigration (1881 \u2013 1893). Publications of the American Jewish Historical Society, Vol. 41, No. 2 (December, 1951), pp. 127-162.<\/li>\n<li>GIRARD, Patrick,\u00a0les relations entre Isra\u00e9lites fran\u00e7ais et Juifs russes 1890 \u2013 1905. M\u00e9moire de ma\u00eetrise de l\u2019U.E.R. d\u2019Histoire de Paris I sous la Direction de Mr. PORTAT, 1971 \u2013 1972, page 206.<\/li>\n<li>Ibid.<\/li>\n<li>GREEN, Nancy,\u00a0Les travailleurs immigr\u00e9s juifs \u00e0 la Belle Epoque. Le \u00ab\u00a0Pletzl\u00a0\u00bb de Paris. Paris, Fayard, Coll. L\u2019Espace politique, 1985., page 33.<\/li>\n<li>LEGLAIVE-PERANI, C\u00e9line, \u00ab\u00a0Vendre sur les march\u00e9s dans les ann\u00e9es trente \u00e0 Paris: les marchands juifs du textile, du cuir et autres accessoires du march\u00e9 des Puces de Saint-Ouen\u00a0\u00bb, in:\u00a0Archives Juives, 2006\/2 (Vol.39), pp. 21-31. ZALC, Claire, \u00ab\u00a0Contr\u00f4ler et surveiller le commerce migrant: Nomades, forains et ambulants \u00e0 Paris (1912-1940)\u00a0\u00bb, in:\u00a0Police et Migrants, France 1667-1939. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, page 382. ZALC, Claire, \u00ab\u00a0De la libert\u00e9 du commerce pour tous \u00e0 la carte de commer\u00e7ant \u00e9tranger (19\u00e8me si\u00e8cle-1938)\u00a0\u00bb, in BRUNO, Anne-Sophie, ZALC, Claire, \u00ab\u00a0Petites entreprises et petits entrepreneurs \u00e9trangers en France 19\u00e8-20\u00e8 si\u00e8cles\u00a0\u00bb,\u00a0Actes des journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes des 23 et 24 octobre 2003,\u00a0Paris, EPU (\u00e9ditions Publibook Universit\u00e9), 2005, pp. 29-48.<\/li>\n<li>Univers isra\u00e9lite\u00a0du 16 juillet 1883.<\/li>\n<li>Rapport moral d l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance isra\u00e9lite de Paris pour l\u2019exercice 1888. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A5.O.O.O.4, ann\u00e9e 1887.<\/li>\n<li>RUDNIANSKI, Michel,\u00a0Les relations entre Isra\u00e9lites fran\u00e7ais et Juifs russes 1860-1905. Paris, M.A. Universit\u00e9 de Paris I: Panth\u00e9on-Sorbonne, 1971-1972, Tome 2 1890-1905, pp. 207-208.<\/li>\n<li>ALTMAN, Patrick,\u00a0Les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es Trente sur la population juive immigr\u00e9e de Paris. M\u00e9moire de ma\u00eetrise. Universit\u00e9 de Paris-I-Sorbonne C.H.S., 1985, sous la Direction d\u2019Antoine PROST et de Bruno GROPPO.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de novembre 1911. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8, 1911-1920.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris du 9 juillet 1913. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8, 1911-1920.<\/li>\n<li>HYMAN, Paula,\u00a0De Dreyfus \u00e0 Vichy. L\u2019\u00e9volution de la communaut\u00e9 juive en France, 1906-1939. Paris, Fayard livre \u00e9tude, 1985, pp. 101 \u2013 102.<\/li>\n<li>Archives Nationales de France, S\u00e9rie 26\/AS\/2, page 68.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance extraordinaire du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris du 6 ao\u00fbt 1914, page 55. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8., 1911-1921.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance extraordinaire du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris du 12 ao\u00fbt 1914. Archives du casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8, 1911-1921.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris du 15 janvier 1919, page 131. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8, 1911-1921.<\/li>\n<li>Ibid.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de s\u00e9ances g\u00e9n\u00e9rales du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de f\u00e9vrier 1920. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.8, 1911-1921.<\/li>\n<li>Archives Nationales de France, S\u00e9rie F\/17\/12896, page 26.<\/li>\n<li>Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 5 juin 1917. Rapport pr\u00e9sent\u00e9 par Mme ENOS au Conseil d\u2019administration du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3 0.0.0.12, 27 avril 1887-12 mai 1937.<\/li>\n<li>BOURDREL, Philippe,\u00a0Histoire des Juifs de France. Paris, Albin Michel, 2004, Tome 1, page 304.<\/li>\n<li>Annuaire statistique de la Ville de Paris pour les ann\u00e9es 1921, 1926 et 1931.<\/li>\n<li>Almanach juif.\u00a0Op. CIt., page 33.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbaux des s\u00e9ances g\u00e9n\u00e9rales du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de janvier 1027. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.9, 1921-1937.<\/li>\n<li>Ibid.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbaux des s\u00e9ances g\u00e9n\u00e9rales du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris de 1934. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A30.0.0.12, 27 avril 1887-12\/05\/1937.<\/li>\n<li>Proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de paris du 30 janvier 1939. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3 .0.0.0.11, 23 janvier 1938-30 d\u00e9cembre 1947.<\/li>\n<li>HYMAN, Paula,\u00a0Op. Cit., pp. 128-129.<\/li>\n<li>Archives Nationales de France, S\u00e9rie F\/17\/12896, page 26.<\/li>\n<li>BEDARIDA, Fran\u00e7ois et Ren\u00e9e, \u00ab\u00a0La pers\u00e9cution des Juifs\u00a0\u00bb, dans\u00a0La France des ann\u00e9es noires. Paris, Editions du Seuil, 1993, Tome 2, section \u00ab\u00a0Une \u00ab\u00a0question juive\u00a0\u00bb en France?\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li>Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ordinaire du \u00ab\u00a0Comit\u00e9 de Bienfaisance \u2013 O.S.E.\u00a0\u00bb du 8 juillet 1945. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.11, 23 janvier 1938-30 d\u00e9cembre 1947.<\/li>\n<li>Rapport moral de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Comit\u00e9 de Bienfaisance Isra\u00e9lite de Paris exercice 1946. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A5.0.0.0.41.<\/li>\n<li>Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ordinaire du \u00ab\u00a0Comit\u00e9 de Bienfaisance \u2013 O.S.E.\u00a0\u00bb du 8 juillet 1945. Archives du Casip-Cojasor, CBIP, A3.0.0.0.11, 23 janvier 1938-30 d\u00e9cembre 1947.<\/li>\n<li>COHEN, Asher,\u00a0Pers\u00e9cutions et sauvetages, Juifs et Fran\u00e7ais sous l\u2019occupation et sous Vichy. Paris, Editions du Cerf, 1993, pp. 174-176.<\/li>\n<li>Nouveaux Cahiers. Num\u00e9ro 95, hiver 1988 \u2013 1989, pp. 40-43.<\/li>\n<li>maitron-en-ligne.univ-paris.fr. Dictionnaire biographique du monde ouvrier dit Mitron.<\/li>\n<li>M\u00e9morial de la Shoah \u00e0 Paris, Collection du C.D.J.C.: Fiches d\u2019arrestation: pr\u00e9fecture de Police -Secret. Circulaire n\u00b0 173-42, Paris, le 13 juillet 1942, A MM. les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie Publique et des Circonscriptions de Banlieue<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Patrice Markiewicz Les Juifs de Russie dans le 18\u00e8me arrondissement de Paris 1852 \u2013 1944\u00a0Ou la \u00ab\u00a0nouvelle J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb? 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