{"id":2619,"date":"2021-12-17T13:20:45","date_gmt":"2021-12-17T12:20:45","guid":{"rendered":"http:\/\/aifonline.net\/?p=2619"},"modified":"2021-12-18T11:02:34","modified_gmt":"2021-12-18T10:02:34","slug":"billet-deauville-pardonne-moi-parce-que-je-taime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aifonline.net\/?p=2619","title":{"rendered":"Billet : Deauville, pardonne-moi parce que je t\u2019aime"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Par Alain Kaminski<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Certes, je ne m\u2019attendais pas autrefois \u00e0 croiser le duc de Morny entour\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9gantes dames toutes v\u00eatues de robes de Paris plus belles les unes que les autres, souliers en chevreau et gants de Su\u00e8de, coiff\u00e9es de leur thermidor en paille de riz noire, garni de gaze piqu\u00e9e d\u2019hirondelles.<br \/>\nNon, je voulais juste respirer quelques jours les embruns, ces poussi\u00e8res de gouttelettes form\u00e9es par les vagues qui se brisent, et que le vent emporte.<br \/>\nJe voulais juste ressentir l\u2019atmosph\u00e8re de cette cit\u00e9 baln\u00e9aire que le fils de la reine Hortense fit construire au XIX\u00e8me si\u00e8cle et dont l\u2019\u00e2me avait inspir\u00e9 tant de belles plumes et de beaux pinceaux.<br \/>\nC\u2019est vrai, les si\u00e8cles ont pass\u00e9 mais les fant\u00f4mes traversent parfois une ville pour rappeler aux visiteurs venus \u00e0 leur rencontre ce qu\u2019ils firent de leur vivant.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais donc parti il y a fort longtemps \u00e0 la rencontre de ces fant\u00f4mes pour gagner Deauville que j\u2019ai pu, demeurant dans l\u2019ouest parisien, gagner \u00e0 la faveur de deux petites heures de route.<br \/>\nPartir du lieu o\u00f9 repose la reine Hortense \u00e0 Rueil-Malmaison pour Deauville, ce fut un peu faire le tour d\u2019une famille, quitter une commune qui doit tant aux Beauharnais pour en gagner une autre d\u00e9velopp\u00e9e et transform\u00e9e par un autre Beauharnais, le duc de Morny, fils de la reine Hortense et petit-fils de l\u2019Imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine. Je n\u2019irai pas plus loin dans cette galaxie corso-martiniquaise sachant qu\u2019en \u00e9pousant Louis Bonaparte, fr\u00e8re de Napol\u00e9on 1er, Hortense fille de Jos\u00e9phine de Beauharnais est devenue la belle-s\u0153ur de sa m\u00e8re puisqu\u2019elle \u00e9tait l\u2019\u00e9pouse de son beau-fr\u00e8re\u2026suivez-moi, les rueillois eux-m\u00eames s\u2019y perdent en conjecture eu \u00e9gard aux grossesses cach\u00e9es qui faisaient suite aux coups de foudre des salons de l\u2019aristocratie d\u2019alors.<br \/>\nJ\u2019arrivais donc \u00e0 Deauville et peu de temps m\u2019avait fallu pour voir que cette cit\u00e9 sans histoires paraissait sans Histoire aucune et qu\u2019elle n\u2019int\u00e9ressait gu\u00e8re, \u00e0 quelques exceptions sans doute, les vill\u00e9giateurs.<br \/>\nMais tu as bien chang\u00e9 Deauville.<br \/>\nMon arriv\u00e9e sur les fameuses planches ne m\u2019avait gu\u00e8re laiss\u00e9 d\u2019illusions sur les embruns, ceux-ci avaient fait l\u2019objet d\u2019un barrage \u00e9rig\u00e9 par la fum\u00e9e des cigares que les r\u00e9sidents de la plage m\u2019obligeaient d\u2019inhaler. Quant aux jolies femmes qui venaient aux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents montrer leurs belles ombrelles \u00e0 failles changeantes et pliss\u00e9es en chevrons, elles furent remplac\u00e9es par d\u2019autres femmes moins gracieuses dont le timbre dissimulait la m\u00e9lodie des mouettes qui rient et des go\u00e9lands qui raillent.<br \/>\nMais j\u2019avoue que tu as bien chang\u00e9 Deauville.<br \/>\nSur les planches, on y mangeait des gaufres comme sur le pont d\u2019Avignon on y dansait, sur le sable on y engloutissait des cr\u00e8mes glac\u00e9es, dans les rues on y avalait des sandwiches, bref on y mangeait partout en marchant, en pressant le pas, la cit\u00e9 baln\u00e9aire s\u2019\u00e9tait transform\u00e9e en goinfrerie.<br \/>\nMais je reconnais que tu as bien chang\u00e9 Deauville.<br \/>\nTorses nus aux terrasses des caf\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 jadis on dissimulait presque sa montre de gousset, les hommes exhibaient leur montre-bracelet de prix avec la crainte de ne pas \u00eatre vus, le lamentable rivalisait sans g\u00eane avec le ridicule.<br \/>\nMais, en bien, je le crie et je le clame, tu as miraculeusement chang\u00e9 Deauville.<br \/>\nPour quelles raisons, des hommes et des femmes n\u2019avaient-ils pas h\u00e9sit\u00e9, instinct gr\u00e9gaire aidant, \u00e0 devenir des pillards d\u2019\u00e2me, l\u2019\u00e2me de Deauville en particulier.<br \/>\nMais d\u00e9sormais, ils te respectent Deauville.<br \/>\nTout cela avait quand m\u00eame aiguis\u00e9 mon app\u00e9tit et quelques produits de la mer m\u2019avaient bien tent\u00e9 mais je m\u2019apercevais rapidement que l\u2019iode \u00e9tait rest\u00e9e \u00e0 l\u2019horizon.<br \/>\nMais tu es devenue bien plus respectueuse, ch\u00e8re Deauville.<br \/>\nLes nuages devenaient mena\u00e7ants, tous les ingr\u00e9dients \u00e9taient r\u00e9unis pour me convaincre que finalement Deauville pouvaient montrer une certaine tristesse et, fid\u00e8le \u00e0 mon ouest parisien, il me fallut deux minutes pour me d\u00e9cider, en ajoutant deux heures de route, pour regagner la cit\u00e9 de Jos\u00e9phine, pour r\u00eaver des parfums de la reine Hortense, pour observer les merles chanter pour les merlettes du Parc de la Malmaison.<br \/>\nMais r\u00e9cemment je suis retourn\u00e9 te voir, Deauville, et la culture s\u2019est install\u00e9e sur tes planches, tes trottoirs sont devenus promenades, tes embruns ont retrouv\u00e9 leurs espaces, tes lumi\u00e8res qui annoncent le cr\u00e9puscule ont scintill\u00e9 de tous leurs feux, et m\u00eame si le plus beau des go\u00e9lands s\u2019est oubli\u00e9 sur le toit de mon carrosse m\u00e9tallique, d\u00e9sormais je t\u2019aime Deauville et je te promets de revenir te voir, tr\u00e8s souvent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Alain Kaminski Certes, je ne m\u2019attendais pas autrefois \u00e0 croiser le duc de Morny entour\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9gantes dames toutes v\u00eatues<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[68],"table_tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2619"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2619"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2619\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2663,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2619\/revisions\/2663"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2619"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2619"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2619"},{"taxonomy":"table_tags","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftable_tags&post=2619"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}