{"id":4339,"date":"2023-07-03T11:13:00","date_gmt":"2023-07-03T09:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/aifonline.net\/?p=4339"},"modified":"2023-07-03T12:29:06","modified_gmt":"2023-07-03T10:29:06","slug":"champ-libre-scene-de-folie-parisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aifonline.net\/?p=4339","title":{"rendered":"Champ libre : Sc\u00e8ne de folie parisienne"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Par Rosette Birkan<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Press\u00e9e par le temps, je marchais ce matin-l\u00e0 d&#8217;un pas rapide le long du trottoir ombrag\u00e9, cherchant<br>\u00e0 \u00e9viter la br\u00fblure du soleil d\u00e9j\u00e0 haut dans le ciel. Arriv\u00e9e \u00e0 hauteur de la rue du Rocher, je<br>remarquai au milieu du flot des passants, une femme \u00e0 l&#8217;arr\u00eat, portable \u00e0 l&#8217;oreille, qui conversait<br>f\u00e9brilement. J&#8217;allais la d\u00e9passer lorsque, soudain, j&#8217;aper\u00e7us \u00e0 ses pieds une forme recroquevill\u00e9e qui<br>gisait au sol : la vision dantesque d&#8217;un homme, couch\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, v\u00eatu seulement d&#8217;un pull en<br>haillons, fesses et jambes nues d&#8217;une maigreur extr\u00eame, recouvertes de cro\u00fbtes et d&#8217;excr\u00e9ments<br>s\u00e9ch\u00e9s, s&#8217;offrait au soleil. Un de ses bras cachait son visage. Etait-il vivant, juste endormi ? Ivre ?<br>Malade ? Mort ? Impossible de le savoir \u00e0 moins de le toucher, ce que personne n&#8217;osait faire.<br>L&#8217;homme ne bougeait pas.<br>A une distance d&#8217;un m\u00e8tre environ, les clients d&#8217;un caf\u00e9, assis \u00e0 la terrasse, prenaient tranquillement<br>leur petit-d\u00e9jeuner, buvant leur caf\u00e9, devant ce spectacle insoutenable.<br>J&#8217;avise la jeune femme et, joignant le geste \u00e0 la parole, je lui dis :<br>\u00ab&nbsp;&#8211; J&#8217;appelle le Samu social, c&#8217;est le 115,<br>&#8211; Ils ne r\u00e9pondent pas&#8230;<br>&#8211; Alors, appelons les pompiers, ils arriveront rapidement,<br>&#8211; Non, parce que je leur ai pr\u00e9cis\u00e9 qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un S.D.F. et ils ne se d\u00e9placent pas dans ce cas.<br>Ils me conseillent d&#8217;appeler le Samu social&#8230;&nbsp;\u00bb, m&#8217;explique-t-elle sur un ton d\u00e9senchant\u00e9.<br>Nous essayons l&#8217;une et l&#8217;autre d&#8217;obtenir \u00e0 nouveau le Samu social. Un disque &#8211; bouclier protecteur &#8211;<br>\u00e9gr\u00e8ne en fran\u00e7ais et en anglais toujours la m\u00eame litanie. Personne au bout du fil. La jeune femme<br>se propose d&#8217;aller chercher un peu d&#8217;eau dans le caf\u00e9 lorsque, brusquement, la forme au sol s&#8217;agite,<br>se rel\u00e8ve d&#8217;un bond, nous d\u00e9visage d&#8217;un regard per\u00e7ant et nous tourne le dos. Regard saisissant, d&#8217;un<br>bleu intense, transparent, lumineux comme le soleil, \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de ce corps ab\u00eem\u00e9 et sale. D&#8217;un geste<br>ample, l&#8217;homme \u00f4te ce qui lui reste de v\u00eatement, le laisse tomber \u00e0 terre et s&#8217;\u00e9loigne \u00e0 grands pas sur<br>ses jambes squelettiques. La silhouette au torse amaigri, aux fesses nues et d\u00e9charn\u00e9es, dans son<br>plus simple appareil, a disparu \u00e0 l&#8217;angle de la rue.<br>La vision dantesque s&#8217;\u00e9tait \u00e9vanouie comme elle \u00e9tait apparue, dans l&#8217;indiff\u00e9rence totale des<br>passants. Folie des personnes assises au caf\u00e9 devant le spectacle d&#8217;un homme \u00e0 terre, nu, avec pas<br>m\u00eame une feuille de journal ou un chiffon jet\u00e9 sur lui pour couvrir sa nudit\u00e9.<br>Nous nous regardons en souriant, d&#8217;un air de connivence la jeune femme et moi : il n&#8217;y avait plus<br>rien \u00e0 faire, cela se terminait bien. Avant de nous s\u00e9parer, elle me confie : \u00ab&nbsp;A Nantes, j&#8217;ai travaill\u00e9<br>au Samu social&nbsp;\u00bb. Une bonne personne.<br>A l&#8217;angle de la rue du Rocher et de la rue Laborde, on distingue \u00e0 peine, sur le sol, un chiffon, un<br>vieux v\u00eatement abandonn\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Rosette Birkan Press\u00e9e par le temps, je marchais ce matin-l\u00e0 d&#8217;un pas rapide le long du trottoir ombrag\u00e9, cherchant\u00e0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"table_tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4339"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4339"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4339\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4450,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4339\/revisions\/4450"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4339"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4339"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4339"},{"taxonomy":"table_tags","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftable_tags&post=4339"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}