{"id":6440,"date":"2025-02-06T09:04:46","date_gmt":"2025-02-06T08:04:46","guid":{"rendered":"https:\/\/aifonline.net\/?p=6440"},"modified":"2025-02-06T18:40:12","modified_gmt":"2025-02-06T17:40:12","slug":"billet-un-vocabulaire-de-circonstance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aifonline.net\/?p=6440","title":{"rendered":"Billet : Un vocabulaire de circonstance"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Par Alain Kaminski<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas si longtemps, mon vocabulaire dans la langue h\u00e9bra\u00efque me permettait de converser \u00e0 ma guise avec tous mes amis, mes proches\u00a0en Isra\u00ebl. Certes, je m\u2019exprimais avec un accent fran\u00e7ais \u00e0 couper au couteau, ce fameux accent \u00ab puissant \u00bb comme le rappellent souvent les\u00a0linguistes, mais je ne cherchais pas mes mots, quelques fautes d\u2019accord devaient certainement s\u2019immiscer dans ma phras\u00e9ologie, mais je\u00a0parlais un h\u00e9breu qui m\u2019autorisait \u00e0 interpeller l\u2019isra\u00e9lien moyen, \u00e0 me rendre dans n\u2019importe quel commerce, je me d\u00e9brouillais bien en\u00a0quelque sorte.<br>Depuis le 7 octobre 2023 et surtout tr\u00e8s r\u00e9cemment, je d\u00e9couvre des mots que je n\u2019avais jamais utilis\u00e9, il me fallut les apprendre avec une\u00a0affliction qui rendait cet apprentissage difficile, parfois le vocabulaire finit par contrister. Avec un ami, je m&#8217;\u00e9tais rendu sur cette esplanade\u00a0devant le mus\u00e9e de Tel-Aviv, un lieu qui ne portait pas de nom particulier et que l\u2019on appelle d\u00e9sormais la place des otages, <em>Kikar Ha H&#8217;atoufim<\/em>,\u00a0ce mot <em>h&#8217;atouf<\/em> qui signifie otage. Voil\u00e0 un mot que je n\u2019aurais jamais utilis\u00e9 auparavant. J\u2019ai d\u00e9couvert le mot <em>sh&#8217;ita<\/em>, le chantage de l\u2019infinitif\u00a0<em>lish&#8217;ot<\/em>, faire du chantage, un mot que d\u00e9sormais je ne peux qu\u2019abhorrer. J\u2019ai d\u00e9couvert le mot <em>assir<\/em>, un prisonnier, et au cours d\u2019un r\u00e9cent\u00a0entretien avec une brillante journaliste du quotidien Haaretz, je me fis pr\u00e9ciser que le mot <em>assir<\/em> se d\u00e9clinait au pluriel sous la forme de <em>assirim\u00a0bith&#8217;oniim<\/em>, des prisonniers li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl, du singulier bien connu <em>bitah\u2019on<\/em>, la s\u00e9curit\u00e9. Aussi ce mot <em>h&#8217;ilouf<\/em>, au pluriel <em>h&#8217;iloufim<\/em>, les\u00a0\u00e9changes, de l\u2019infinitif <em>l\u00e9ach\u2019lif<\/em>, \u00e9changer. Ce nouveau vocabulaire au visage rembruni devient pour moi cet h\u00e9breu nouveau, celui que l\u2019actualit\u00e9\u00a0m\u2019impose, ces mots qui s\u2019\u00e9crivent en Isra\u00ebl non plus avec de l\u2019encre mais quelquefois avec des larmes. Je ne connaissais pas non plus le mot\u00a0lib\u00e9ration, <em>shih\u2019rour<\/em> que j\u2019ai entendu pour nos otages comme pour les criminels lib\u00e9r\u00e9s en \u00e9change. Le vocabulaire des Isra\u00e9liens s\u2019est\u00a0assombri, il semble parfois se d\u00e9figurer au fil de l\u2019actualit\u00e9, on ne sait plus tr\u00e8s bien o\u00f9 et quand certains mots ont toute leur place dans les\u00a0conversations et moi je me sens toujours g\u00ean\u00e9, dans mon fauteuil \u00e0 quatre mille kilom\u00e8tres, d\u2019avoir \u00e0 les utiliser pour \u00e9voquer une situation que\u00a0je ne vis pas comme la vivent tous les Isra\u00e9liens. Mais au-del\u00e0 des mots, il reste \u00e0 souhaiter que tous les otages puissent bient\u00f4t rentrer \u00e0 la\u00a0maison et retrouver une vie normale, autant que faire se pourra apr\u00e8s un tel traumatisme, qu\u2019ils seront aussi alertes et ingambes que la mise\u00a0en sc\u00e8ne d\u2019une r\u00e9cente lib\u00e9ration a tent\u00e9 de montrer. Nos c\u0153urs sont avec tous les Isra\u00e9liens qui r\u00eavent ou qui prient pour vivre en paix, pour\u00a0que la lumi\u00e8re qui immanquablement finit par chasser les t\u00e9n\u00e8bres nous illumine tous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Alain Kaminski Il n\u2019y a pas si longtemps, mon vocabulaire dans la langue h\u00e9bra\u00efque me permettait de converser \u00e0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mi_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"table_tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6440"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6440"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6440\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6460,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6440\/revisions\/6460"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6440"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6440"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6440"},{"taxonomy":"table_tags","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftable_tags&post=6440"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}