{"id":8018,"date":"2026-10-11T08:16:15","date_gmt":"2026-10-11T06:16:15","guid":{"rendered":"https:\/\/aifonline.net\/?p=8018"},"modified":"2026-10-11T16:09:50","modified_gmt":"2026-10-11T14:09:50","slug":"billet-lee-collapse-de-deauville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aifonline.net\/?p=8018","title":{"rendered":"Billet : Le collapse de Deauville\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Par Alain Kamisnki<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soyons honn\u00eates, je ne m\u2019attendais pas \u00e0 croiser le duc de Morny entour\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9gantes dames toutes v\u00eatues de robes de Paris plus belles les unes que les autres, souliers en chevreau et gants de Su\u00e8de, coiff\u00e9es de leur Thermidor en paille de riz noir, garni de gaze piqu\u00e9e d\u2019hirondelles.<br>Non, je voulais juste respirer quelques jours les embruns, ces poussi\u00e8res de gouttelettes form\u00e9es par les vagues qui se brisent, et que le vent emporte.<br>Je voulais juste\u2026 ressentir l\u2019atmosph\u00e8re de cette cit\u00e9 baln\u00e9aire que le fils de la reine Hortense fit construire au XIX\u00e8me si\u00e8cle et dont l\u2019\u00e2me avait inspir\u00e9 tant de belles plumes de notre litt\u00e9rature.<br>Les si\u00e8cles passent, les cultures se dissipent mais parfois les fant\u00f4mes traversent une ville pour rappeler aux visiteurs venus \u00e0 leur rencontre ce qu\u2019ils firent de leur vivant. Je suis ainsi parti \u00e0 la rencontre de ces fant\u00f4mes pour gagner Deauville que j\u2019ai pu, demeurant dans l\u2019Ouest parisien, rejoindre gr\u00e2ce \u00e0 deux petites heures de route.<br>Partir du lieu o\u00f9 repose la reine Hortense \u00e0 Rueil-Malmaison pour Deauville, c\u2019est un peu faire le tour d\u2019une famille, quitter une ville qui doit tant aux Beauharnais pour en gagner une autre imagin\u00e9e et b\u00e2tie par un autre Beauharnais, le duc de Morny, fils de la reine Hortense et petit-fils de l\u2019Imp\u00e9ratrice Jos\u00e9phine. Je n\u2019irai pas plus loin dans cette galaxie corso-martiniquaise sachant qu\u2019en \u00e9pousant Louis Bonaparte, fr\u00e8re de Napol\u00e9on 1<sup>er<\/sup>, Hortense fille de Jos\u00e9phine de Beauharnais est devenue la belle-s\u0153ur de sa m\u00e8re puisqu\u2019elle \u00e9tait l\u2019\u00e9pouse de son beau-fr\u00e8re\u2026 suivez-moi. Les Rueillois eux-m\u00eames s\u2019y perdent en conjecture eu \u00e9gard aux idylles qui faisaient suite aux coups de foudre des salons de l\u2019aristocratie d\u2019alors.<br>J\u2019arrive donc \u00e0 Deauville et peu de temps m\u2019a fallu pour voir que cette cit\u00e9 sans histoires \u00e9tait sans Histoire aucune et qu\u2019elle n\u2019int\u00e9ressait, \u00e0 quelques exceptions sans doute, que ceux qui avaient besoin de s\u2019exposer pour des raisons qu\u2019il ne m\u2019appartient pas de juger.<br>Mon arriv\u00e9e sur les fameuses planches ne m\u2019a gu\u00e8re laiss\u00e9 d\u2019illusions sur les embruns, ceux-ci firent l\u2019objet d\u2019un barrage \u00e9rig\u00e9 par la fum\u00e9e des cigarettes et des barreaux de chaise\u00a0ostentatoires que les \u00ab\u00a0r\u00e9sidents\u00a0de la plage\u00a0\u00bb m\u2019obligeaient d\u2019inhaler.<br>Quant aux jolies femmes qui venaient montrer au si\u00e8cle dernier leurs belles ombrelles en failles changeantes et pliss\u00e9es en chevrons, elles ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par d\u2019autres femmes d\u00e9pourvues de gr\u00e2ce venues montrer leur dernier t\u00e9l\u00e9phone portable dissimulant ainsi le bruit du vent par un timbre indiscret accompagn\u00e9 d\u2019un air de fatuit\u00e9 touchant \u00e0 l\u2019outrecuidance.<br>Sur les planches, on mange des gaufres comme sur le pont d\u2019Avignon on y danse, sur le sable le l\u00e8chement des cr\u00e8mes glac\u00e9es bat son plein, dans les rues on avale et on engloutit, bref on mange partout en marchant, en pressant le pas, en parlant, la cit\u00e9 baln\u00e9aire s\u2019est transform\u00e9e en goinfrerie.<br>Torses nus aux terrasses des caf\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 jadis on dissimulait presque sa montre de gousset, les hommes, multitude ignorante du vulgum pecus, exhibent aujourd\u2019hui leur montre-bracelet avec la crainte de ne pas \u00eatre vus, le lamentable n\u2019a d\u00e9cidemment jamais craint autant le ridicule.<br>Pour quelles raisons des hommes et des femmes n\u2019ont-ils pas h\u00e9sit\u00e9, instinct gr\u00e9gaire aidant, \u00e0 devenir des pillards d\u2019\u00e2me, l\u2019\u00e2me de Deauville en particulier. Fort heureusement je connais des Deauvillois non d\u00e9pourvus d\u2019humilit\u00e9.<br>Tout cela a quand m\u00eame aiguis\u00e9 mon app\u00e9tit et quelques produits de la mer m\u2019ont bien tent\u00e9, j\u2019ai pu d\u00e9couvrir ainsi que la mer n\u2019\u00e9tait sans doute qu\u2019\u00e0 l\u2019horizon.<br>Puis les nuages d\u2019une fin de journ\u00e9e firent leur apparition, tous les ingr\u00e9dients \u00e9taient r\u00e9unis pour me convaincre que finalement Deauville pouvait montrer sa tristesse. Et si Palam\u00e8de de Guermantes avait fait escale \u00e0 Deauville, le baron de Charlus ne m\u2019aurait jamais permis d\u2018aimer Cabourg.<br>Alors, fid\u00e8le \u00e0 mon Ouest parisien, il me fallut deux minutes pour me d\u00e9cider de quitter Deauville dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, que je devais ajouter aux deux petites heures de route pour regagner la cit\u00e9 de Jos\u00e9phine, r\u00eaver des parfums de la reine Hortense, puis \u00e9couter les chants des merles noirs de la Malmaison.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Alain Kamisnki Soyons honn\u00eates, je ne m\u2019attendais pas \u00e0 croiser le duc de Morny entour\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9gantes dames toutes v\u00eatues<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-8018","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-billet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8018"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8018\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8044,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8018\/revisions\/8044"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8018"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aifonline.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}