Patronymes : Camarade de classe

Par Alain Kaminski

Il m’avait fallu des semaines pour croire que mon camarade de classe au lycée Jacques-Decour à Paris était juif. Il avait beau me dire qu’il était né en Algérie, à Mascara si ma mémoire ne me fait pas défaut, que tout le monde était juif dans sa famille mais le gamin que j’étais lui disait que Garçon ne pouvait être juif. Et pourtant ! Ce patronyme est magnifique, il nous vient directement de Guershon, le fils aîné de Moïse et de Tsiporah. En allant quelques fois faire mes devoirs avec mon camarade chez ses parents près du Square Montholon à Paris, je ressentais déjà le vécu d’un foyer juif, ses parents étaient adorables avec moi, sa mère d’une douceur sans pareil.
Garçon a ses dérivés avec Guershon la version originale bien sûr mais aussi Garzon, Garson, Garchon, et les ashkenazes ne sont pas en reste avec Guertz, Guershoïné à la yiddish, Gueshmann, et si vous aimez le répertoire lyrique américain, vous connaissez certainement Jacob Guershovitz qui deviendra George Gershwin.
Avec nous un troisième larron plus turbulent mais brillant au demeurant, Dominique Selcer, anciennement Zeltzer, le marchand de sel, dont la grand-mère paternelle faisait paradoxalement commerce de poivre avec des variétés en quantité industrielle. Une Selcer qui vend du poivre, ça doit être aussi rare qu’une Fefer, le poivre en yiddish, qui vend du sel. Eux aussi ont leurs dérivés avec Salz, Salzmann, Zaltzman et Pfeifer ou Pfeiferman.
Un demi-siècle plus tard, toutes mes excuses à mon cher Garçon, si impliqué dans la vie de la Communauté juive, sur les plans culturel et social. C’est pour lui qu’ira mon clin d’œil, et je garde le si bon souvenir de son papa, le Docteur Garçon.