Historique

D’Europe de l’Est et d’ailleurs

En Lorraine 1922. Menahem Letzt, troisième en haut à gauche.

Au début du XXème siècle, l’immigration des juifs d’Europe de l’Est est massive.
De Russie, de Pologne, de Roumanie et d’ailleurs, des familles entières fuient la misère, les persécutions et gagnent la France qui leur tend les bras.
Ces juifs se retrouvent principalement à Paris où ils exercent des petits métiers dans la confection, la bonneterie, la chaussure, le cuir, les métaux etc.
Mais ils sont rapidement confrontés à des problèmes matériels, administratifs et sanitaires.
Ils décident alors de se regrouper au sein d’associations d’originaires en fonction de leur lieu d’origine, de leur métier, de leur lieu d’arrivée dans la capitale ou tout simplement d’affinités.
Leur idée est de créer un groupe d’entraide pour faire face aux difficultés du quotidien, comme l’accès aux soins, l’organisation du dernier devoir. Pour cela, ils utiliseront ce que la République leur proposera: le Code de la Mutualité.
Ils créèrent ainsi des Sociétés de Secours mutuels, devenues des Sociétés Mutualistes puis des Mutuelles régies par le Livre III du Code de la Mutualité.

Récépissé déclaration de constitution d’une société de secours mutuels, 1930

 

Les pionniers du social

En 1929, quelques amis arrivés de Pologne quelques années auparavant se retrouveront, l’estime qu’ils avaient les uns pour les autres était très forte.
Ils sont sept et se nomment Herman Skopek, Jacob Karslbad, Henoch Lect, Leib Abrachkoff, Tsyla Tenczer, Lipman Roszewitch, Szulem Organ. Ils veulent fonder une Société de Secours Mutuels.
Ils se réunissent et décident de l’appeler  » Les Solidaires « . Tout doit être prêt pour le 1er janvier 1930, les documents de constitution seront revus et corrigés par Simon Roszewitch, le fils de Lipmann, alors âgé de 15 ans mais le seul à pouvoir écrire en français.
Mais en janvier 1930, Herman Skopek reçoit son décret de naturalisation française. Il est fou de joie et sa fierté indescriptible restera dans bien des mémoires. Il était déjà le chef de file de cette équipe, c’était lui qui avait réuni les autres. Il les convoque en ce qu’il imagina déjà une Assemblée Générale constitutive et propose pour dénomination de la future Société de Secours Mutuels : LES AMIS ISRAELITES DE FRANCE, en reconnaissance à la patrie pour son décret de naturalisation.
Cette proposition fut acceptée et le 12 février 1930 les statuts seront déposés au Ministère de Tutelle, le Ministère du Travail, par Jacob Karlsbad, le siège sera rue Hermel à Paris chez Herman Skopek le président-fondateur officiel, puis un document de la Préfecture de la Seine officialisera le 20 juillet 1930 la naissance des AMIS ISRAELITES DE FRANCE.
Pendant dix ans, la Société s’étoffera, les fondateurs y incluront les familles des gendres et des brus, les beaux-frères et belles-soeurs, les cousins et les cousines, les neveux et les nièces, les voisins et les amis. Les bals et les mariages se succèdent, les fêtes seront les temps forts de la vie de la Société.
D’autres grandes familles viendront jouer un rôle primordial dans la vie des Amis Israélites de France, les Abramovitch, Rubin, Varjaques, Netzler, Fenighchtein, Miller, etc.

 

Les moments difficiles

Ida Zysman fête ses 10 ans le 15 janvier 1949 entouré de ses cousines

Mais dix ans plus tard, c’est la guerre, les sociétaires se réfugient dans la clandestinité, se cachent, ils seront finalement déportés en masse, peu échapperont ou reviendront des camps de la mort.
Au lendemain de la guerre quelques dizaines de sociétaires tenteront de faire revivre la Société tant bien que mal, d’anciens déportés comme Léon Kaminski ou Nathan Rutta considéreront la Société comme leur propre famille, parfois leur unique famille. Mais il semble évident qu’il faudra attendre que la génération née après la guerre devienne adulte, les années 70, pour que la Société soit définitivement sauvée et promise à un avenir certain.
Alors pendant vingt ans, les anciens feront vivre aux jeunes l’existence de ce groupe d’amis dont certains ont survécu à la Shoah, et les nouvelles familles de dirigeants, rattachées ou simple descendance directe, entreprendront un travail de formation. Ces familles se nommaient Abramovitch, Rubin, Netzler, Berenbaum. Un travail magnifique, une leçon merveilleuse puisque les descendants, les familles Brand, Bismuth, Brones, Kaminski, Leibovitz, Roszewitch, Rozen, Rutta, et bien d’autres encore ont retrouvé le même lien qui unissait les anciens avant la guerre.


Le renouveau

 

C’est une amitié profonde qui s’est naturellement posée dans la succession.
Dans les années 80, une nouvelle génération voit le jour, elle grandit avec les Amis Israélites de France, se retrouve pour les grandes occasions et vingt ans plus tard, lors de la grande fête du 70ème anniversaire, on annoncera avec fierté la présence de la cinquième génération sociétaire.
Les descendants des fondateurs seront désormais amis et unis par les liens qu’unissait leur famille plusieurs décennies auparavant.
Entre temps, cette chaîne d’union allait s’enrichir grâce à de nombreux et nouveaux anneaux de pur métal puisque certaines familles ayant créé d’autres sociétés de secours mutuels décideront de rejoindre les Amis Israélites de France, avec l’ensemble de leurs adhérents.
Ces décideurs mus par la volonté de pérenniser l’esprit mutualiste au sein de la communauté juive se nommaient David Kornicki avec les Israélites de Paris, Félix Rodach avec Zichron Israël, Fiszel Galinsky avec Souvenir d’Isaac, Jacques Samacher avec Myedzyslerc Podlarski et Vohyn, Jacqueline Vaiman avec Vérité et Grâce, Zili Weber avec les Galiciens de France, Jacques Gonik avec l’Amicale de Kutno, Salomon Salzmann avec Prévoyance et Fraternité, Anton Strul avec l’Amicale des Originaires de Roumanie, Lola Skarbnik-Grynberg avec l’Amicale d’Ozarow.
Aujourd’hui, la Mutuelle dite  » Les Amis israélites de France  » représente la plus grande composante de la Fédération des Sociétés Juives de France, elle est présidée par Alain Kaminski, 67 ans, arrière-petit-fils de Henoch Lect mort avec son épouse en déportation, un des sept fondateurs et dont la descendance est représentée par cinq générations de sociétaires.
Aujourd’hui, force est de constater que nombreux sont les sociétaires, parfois apparentés, que la distance, les préoccupations, la vie des uns et des autres auraient pu séparer, et que les Amis israélites de France réunissent à la faveur de rencontres, d’événements culturels, de voyages mémoriels. C’est une victoire que d’aucuns pourraient appeler une revanche, que d’aucuns pourraient appeler un bonheur.
De l’idée d’Herman Skopek en 1929 à la naissance de Samuel Benichou en 2019, cette grande famille contribue à faire des Sociétés de Secours Mutuels un modèle de fraternité, inscrite dans l’Histoire de la Communauté Juive de France.