Billet : Les élus
Par Alain Kaminski
Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir et moi peut-être du théâtre sans le savoir.
Il y a quelques semaines je me rendis avec mon épouse dans ce magnifique théâtre dans ma commune de l’ouest parisien pour assister à une splendide chorégraphie inspirée de l’immense Merce Cunningham.
Mais c’était au petit bonheur la chance je fus imprudent de n’avoir pas réservé de places en pensant qu’il y en aurait encore. Arrivé à la billetterie, mauvaise nouvelle, on affiche complet.
L’agent d’accueil se trouve désolé au point que même deux places séparées n’étaient pas disponibles. Il me confirme qu’il reste des places aux trois premiers rangs mis qu’elles étaient réservées… aux élus. Mais ça tombe très bien lui répondis-je, je fais moi-même partie du peuple élu.
Ah bon c’est comment votre nom, ajouta-t-il ?
Kaminski !
Attendez je vérifie, je reçois régulièrement la liste des élus après chaque démission ou chaque décès. Vous êtes élus depuis combien de temps dit-il ? 5785 ans, précisai-je.
Mais vous étiez élu avant les dernières municipales ? parce que je ne vous trouve pas sur ma liste, je suis vraiment désolé, je ne peux pas vous donner la place d’un élu, vous aviez peut-être démissionné ? Non, dis-je, je viens assister à un spectacle vivant et je suis également bien vivant, Mais la prochaine fois je réserverai pour ne pas être éconduit, je vais rentrer chez moi, ne vous tracassez pas.
Attendez je vais vous offrir un petit livre sur l’histoire de notre théâtre avec la programmation de l’année 2026, ce petit livre est très bien fait. Mais c’est magnifique, je vous remercie, je fais également partie du peuple du Livre, figurez-vous. Ah bon ? Le peuple élu je comprends car j’ai la liste mais le peuple du Livre ? Vous êtes libraire ? Non je vous explique, mon identité s’est construite autour d’un texte fondateur qui comprend cinq livres proposant une littérature d’interprétations. Je m’en arrêtai-là ne voulant perturber son travail à la billetterie car derrière moi, une chorégraphie se mettait en place, les élus arrivèrent, un véritable ballet de prébendiers, je ne savais pas que ces faveurs existaient encore de nos jours.
Mon épouse et moi sommes rentrés à la maison, nous avons été au théâtre quand même en étant acteurs peu ou prou mais sans réservation nous avions frappé irrégulièrement à la porte dudit théâtre, nous ne le referons plus pour ne pas être à nouveau éconduits.


Cher Alain,
La vie est un spectacle (« un théâtre » disaient mes parents en yiddish) dont nous sommes les acteurs ou les spectateurs. À chacun de jouer sa partie même si les acteurs en face de nous ne sont pas très bons dans leur rôle. Il y a des pleurs, des rires, des grincements de dents et même du suspense »… la Vie.
C’est déroutant, et drôle à la fois !
Merci Alain pour ton texte tellement réjouissant. Je me suis bien amusée en me représentant le gardien cherchant ton nom parmi la liste des élus du Conseil municipal. Je ne sais pas si tu es un acteur, mais tu es sans le moindre doute un auteur.
Beaucoup d humour cher Alain comme d habitude dans ton billet ou tu cultives le second degré alors que le guichetier est resté au premier. Mais ce n est pas grave tu l as éconduit vers ses prébendiers au plaisir Dany