Musique : Itinéraire d’un mélomane 

Par Dany Sebon

J’ai eu l’extrême chance de naître dans une famille juive séfarade, dans laquelle la musique était omniprésente et a permis de développer en moi une grande âme de mélomane. Déjà tout jeune, des effluves de musique classique effleuraient mes oreilles d’enfant. Comment ne pas aimer la musique lorsque les premières années de sa vie, les notes majestueuses de prestigieux compositeurs tels que Chopin, Mozart, Tchaïkovski, Beethoven ou Liszt vous caressaient déjà les tympans?
Mes parents adoraient la musique classique, et bien que durant mon adolescence j’ai pu découvrir plusieurs musiciens issus de la Pop musique ou du rock, j’ai gardé une grande affection pour ces orchestrations grandioses ainsi que pour l’aspect mélodique des grandes œuvres classiques issues du répertoire, interprétées souvent par des virtuoses.
On trouvait chez mes parents le fameux électrophone de marque Teppaz, constitué d’une valise à l’intérieur de laquelle il y avait le tourne disques avec le fameux saphir que l’on posait sur les vinyles, cette époque étant révolue à présent,  mais la mode du trente trois tours refait vaguement surface à l’heure du numérique.
Après cela s’en suivait aussi une longue période où Verdi, Puccini, entre autres grands compositeurs italiens de musique d’opéra, avaient droit de cité à la maison, mais je dois avouer que les voix grandioses des ténors et autres cantatrices furent rébarbatives pour moi, en clair ce n’était pas ma tasse de thé.
Puis le Jazz est apparu dans ma vie de mélomane par l’intermédiaire de l‘immense trompettiste Miles Davis dont mon père avait acheté  l‘album vinyle Sketches of Spain du magnifique compositeur espagnol Joaquin Rodrigo qui composa l’emblématique Concerto d‘Aranjuez figurant sur ce disque, et  qui fut très vite reconnu comme un classique de ces années là et même repris dans la variété française par Richard Anthony. De surcroît Miles Davis apportait sa touche unique ainsi que son phrasé à la trompette fut reconnaissable entre mille.

Mon père me fit découvrir dans la foulée Les Jazz Messengers menés par le batteur Art Blackey, puis le saxophoniste John Coltrane et le puissant Sony Rollins aussi saxophoniste, la liste dont je vous parle n’est bien sur pas exhaustive.
La jonction entre le Jazz et la musique classique semblait fort probable, et coulait de source, elle fut créée en France par un grand musicien dans les années soixante, en la personne de Jacques Loussier avec son concept Play Bach qui ouvrait une brèche en réunissant deux genres jadis ennemis à la base, mais qui pour la circonstance se mariaient parfaitement. Jacques Loussier enregistra plusieurs albums a l’intérieur desquels ces deux styles de musique cohabitaient allègrement, Bach en Jazz, la formule aura du succès, le piano de Jacques Loussier permit l’accord parfait entre le musicien surdoué et la musique baroque de Jean Sébastien Bach.

Les racines juives espagnoles de mes parents habitant Oran jusqu’en 1947 me firent apprécier la musique judéo andalouse, puis judéo arabe qu’interprétaient avec talent trois artistes différents, Lily Boniche, Reinette l’oranaise ou bien Bob Azam dans le domaine de la variété. Une très belle chanson à texte passait souvent sur l’électrophone de la famille, c’était Plaidoyer pour ma terre , d’Herbert Pagani, texte extrêmement fort, parlé plutôt que chanté, il évoquant la souffrance du peuple juif.

Le fait qu’une partie des troupes Américaines qui ont débarqué en Algérie en 1942 eut sans aucun doute une influence sur moi des années après ainsi qu’une partie des raisons qui, par ricochet, m’ont incité par la suite à m’intéresser à la musique anglo-saxonne et aux artistes venant d’outre Atlantique.
Puis, mais vous vous en doutiez, Je suis tombé en 1964 sous le charme des Beatles qui ont marqué et influencé mon adolescence et encore aujourd’hui la musique des quatre de Liverpool résonne encore dans mes enceintes et j’en découvre soixante ans après les trésors cachés à l’intérieur de ces disques qui feront vibrer de nombreuses générations encore.
Voilà résumé en quelques lignes l’itinéraire d’un mélomane que je suis encore et pour paraphraser Claude Lelouch ce fut l’itinéraire d’un enfant gâté d’abord par ses parents qui furent prépondérantes dans leur éducation musicale et qui m’ont donné envie d’apprécier le talent de ces nombreux musiciens de styles différents qui ont jalonné ma vie.