Patronymes : Un jeu d’enfants

Par Alain Kaminski

En yiddish, en allemand et dans d’autres langues germaniques, un enfant c’est kind. Ce terme s’est immiscé dans les patronymes juifs pour nous donner quelques noms, certes peu fréquents, comme Kinderlerer, celui qui enseigne aux enfants, Kindrajch, qui a beaucoup d’enfants ou Kinderman l’homme enfant. Des variantes ont donné Kinder, Kindler, Kindel. Aussi, nombreux sont les Frajnkind, littéralement l’enfant heureux. On rapproche et c’est une erreur les très fréquents Zalkinder. Celui-ci est lié au préfixe Zal que l’on retrouve chez les Zalman et qui est la forme yiddishisée de Salomon, avec les trois consonnes S, L, M, qui forment le trilitère de Salomon, Schlomo en hébreu, Schloïmé pour les yiddishistes. Donc Zalmenson est le fils de Salomon comme Zalmanow ou Zalmenhof en russe, comme Ludwik Zalmenhof, le père de l’espéranto, et Zalkinder sera l’enfant de Salomon. On aura même des Zalkindson, littéralement le fils de l’enfant de Salomon. On ne rencontre pas de dziecko, l’enfant en polonais, qui ne se retrouve pas parmi les patronymes juifs. En revanche, mon père m’apprit qu’il y avait en Pologne des familles juives, résidant dans les villages autour des forêts, qui s’appelaient Dzięcioł, vous prononcerez bien entendu dienchow, le e avec sa cédille à l’envers impliquant une prononciation nasale du e, presque un e sorti des narines, et le ł barré comme un w à l’anglaise, mais cela signifie en polonais un pic-vert. Un grand classique reste le très germanique Susskind, c’est l’enfant doux qu’on retrouve en Zyskind en yiddish. Ce patronyme juif nous rappelle bien entendu le film de propagande nazie tourné en 1940 qui s’intitulait Le juif Süss, surnom donné au banquier juif Joseph Süss Oppenheimer au XVIII siècle, juif de Cour accusé de tous les maux, et qui tristement finira au bout d’une corde.