Billet : Je ne dois pas être le seul à être médusé

Par Alain Kaminski

Quelle époque avec ces politiques, ces élus qui nous  donnent envie d’aller à la pêche le jour des élections.
Quelle époque avec ces médias, ces radios et cette télévision qui nous anesthésient de publicités pour les voitures, lesquelles n’ont plus de prix mais seulement des mensualités, et ces chaînes d’infos en continu où des hordes de chercheurs, des hardes de professeurs de Science Po viennent nous parler de la vie quotidienne d’un pays qu’ils ne connaissent que très peu, ceux-là mêmes qui ont déroulé le tapis rouge à l’antisémitisme dans les amphithéâtres et qui ferment les yeux sur ce qu’il se passe en Iran.
Quelle époque où l’on me fatigue avec le Groënland, ce protectorat du Danemark lequel par ailleurs n’a jamais rien fait de constructif là-bas et avec un nombre d’habitants semblable à celui d’un quartier de Paris.
Quelle époque où les agriculteurs éleveurs de bétail traversent Paris avec leurs tracteurs mais pour défendre certes une cause juste, et sans drapeaux palestiniens, une première dans une manifestation en France depuis quelques temps, bravo !
Quelle époque où un président de la République française nous lance ce qu’il rêve d’être un apophtegme… une terre n’est pas à vendre ! Mais n’est pas La Rochefoucauld qui veut et ses mots ne sont qu’un aphorisme en promotion, en dernière démarque d’un quinquennat proche de la liquidation totale. Moi qui réside à proximité du domicile conjugal de Bonaparte et Josephine, comment ne pourrai-je pas penser que ce dernier avait vendu « au nom du peuple français » il y a un peu plus de deux cents ans la Louisiane aux Etats-Unis, soit plus de deux millions de km2 pour une somme qui correspondrait de nos jours à treize millions d’euros. Et c’est la France qui dit qu’une terre n’est pas à vendre, aux Etats-Unis de surcroît. Peut-être que notre président reste finalement à la recherche de l’ultima verba de sa carrière politique ?
Quelle époque où notre société part en vrille avec un ensauvagement sans précédent dans l’indifférence totale de nos responsables politiques.
Le général de Gaulle avait « fabriqué » une Constitution sur mesure , par un général et pour un général, seulement voilà que le général en 2026 se veut roi et pense qu’il n’a besoin que de paraître pour étourdir, tout séduire, tout assujettir avec un grand air de sérénité, de hauteur, de maitrise de soi et le souci de se posséder parfaitement. On n’imagine que certains politiques ne se sentent à l’aise que dans la tragédie.
Quelle époque où nos dirigeants ne nous tendent que des mains distantes sans aucune échappée d’estime. A l’approche d’échéances électorales, ça grenouille de toutes parts, on voit poindre les conjurations, on prépare parfois le mousquet contre ceux-là mêmes pour lesquels on avait de l’affection en se nourrissant de cheminements enchevêtrés et jalonnés d’intrigues pour savoir où glisser les siennes.
Quelle époque où l’on est vraiment tenté d’avouer que c’était mieux avant où, à tout le moins, on ne sourira plus lorsqu’une personne avancée en âge, nous dira… à mon époque ou de mon temps, etc.
Bon ! Aller à la pêche le jour des élections, on ne doit pas le faire quoi qu’il arrive puisque la démocratie française dispose désormais d’une formation politique d’extrême-gauche ouvertement antisémite.
En attendant il se fait tard, je vais finir la soirée avec Proust, vingt-cinq pages pour décrire un faux pli sur le col de chemise du baron de Charlus, et d’éplucher les Guermantes façon clerc de notaire ça endort un peu mais c’est tant mieux car il est déjà minuit, l’heure à laquelle j’aspire au repos.