Cinéma : Nuremberg
Par Jacques Rozen
Titre : Nuremberg
Réalisateur : James Vanderbilt
Avec : Russell Crowe, Rami Malek, Leo Woodall, Colin Hanks, Michael Shannon,
En 2022 je vous avais parlé du film La Conférence qui relatait la réunion entre hauts dirigeants nazis à Wannsee, réunion qui avait comme pour objectif celui de bâtir la solution finale.
En ce moment, sur nos écrans, le dernier film de James Vanderbilt, Nuremberg nous relate les coulisses et l’histoire du procès qui s’est déroulé dans cette ville en 1945/1946.
Le film commence par un questionnement : pour quelles raisons entamer un procès plutôt que de passer par les armes les dignitaires nazis ?
Les arguments sont audibles : mener un procès, c’est donner la parole aux nazis pour se défendre, être entendus du monde entier, minimiser pour certains leurs implications voire les faire passer pour des martyrs. Surtout si les procureurs alliés n’ont pas les talents oratoires, l’art de la polémique et le sens de la manipulation comme l’avait Herman Göring, le numéro 2 du Reich, le protégé d’Hitler.
Mener un procès, c’est aussi étaler, dénoncer devant le monde entier l’horreur des camps d’extermination avec l’espoir que cela ne puisse plus se dérouler, et servir de leçon pour l’Histoire.
Les Américains ont finalement accepté après des tractations pour le moins étonnantes que les alliés, Anglais, Français et Russes participent au procès. Il a fallu l’entêtement et le courage d’un procureur pour que celui-ci puisse se dérouler dans les lieux-mêmes où le national-socialisme organisait de grandes manifestations et les appels à l’anéantissement des populations juives. N’oublions pas que c’est à Nuremberg que les lois anti juives ont été annoncées.
Ce film est adapté du roman de l’historien Jack El-Hai.
Les acteurs sont plus vrais que nature et par moment la superposition avec des images d’archives nous convainc que les propos échangés ont pu être ceux qui se sont effectivement échangés.
Nous assistons aux coulisses du procès, au cheminement d’un psychiatre chargé d’évaluer la santé mentale des prévenus et de déterminer s’ils étaient responsables de leurs actes.
Les échanges, les prises de position tant celles de Göring, que celles du psychiatre sont malheureusement toujours d’actualité.
La remise en cause de la véracité des chambres à gaz est clairement exposée jusqu’au moment où les films tournés lors de la libération des camps apportent les faits et les témoignages. Comment nier ensuite l’évidence ? Qui pouvait penser que l’impensable pût exister ? Qui pouvait douter de la mise en cause direct du plus haut personnage de l’État nazi dans la décision du génocide ?
Comment des hommes ont pu en arriver à ce point de cruauté, de perversité dans le mal tout en poursuivant une vie de bons pères de famille, attentionnés aux progrès de leurs enfants, alors qu’ils savaient que des millions d’êtres humains étaient menés à la mort ?
Comment éviter que cela ne se reproduise ? Comment éviter et combattre les mêmes perversités de langage, les mêmes faux semblants, les mêmes tromperies, les inversions de paradigmes, la même dialectique et la même banalisation des actes les plus abjects ?
Être silencieux c’est laisser faire, nous réplique un personnage à la fin du film.
A voir absolument et à méditer…

