Musique : Alain Chamfort ou l’histoire d’un dandy
Par Dany Sebon
J’ai toujours eu beaucoup d’affection et une certaine admiration pour Alain Chamfort que j’ai toujours considéré comme un musicien atypique dans le paysage musical de la variété française.
En effet, après avoir commencé sa carrière dans l’écurie de Claude François, il trouvera par la suite sa voie artistique dans un registre plus créatif et plus ambitieux en s’adressant à un public plus exigeant.
Ce même « Cloclo » fut assez intrigué voire quelque peu envieux du succès grandissant de Chamfort comme nouveau chanteur, il le dissuada de continuer et lui coupa même l’herbe sous le pied par différents moyens ce qui incita Chamfort à quitter la maison de disques Flèche qui s’était intéressée à lui et l’avait propulsé en haut du hit-parade.
Grand bien lui en a pris, étant donné qu’après cette expérience Alain Chamfort trouva sa véritable identité artistique, il put ainsi développer ses capacités dans de meilleures conditions.
Après ce début de carrière assez particulier, Chamfort tâtonna quelques années puis il eut la chance de rencontrer Serge Gainsbourg avec lequel il collabora quelques temps jusqu’au jour béni où il composa la musique de ce qui allait devenir un énorme tube, presqu’un hymne à la mer, ce fut Manureva dont Gainsbourg signa les paroles et pourtant nombreux furent ceux qui croyaient que ce fut l’inverse.
Il en vendra toutefois un million d’exemplaires et cela sera déterminant pour la suite de son parcours discographique, il aura du mal à réitérer l’exploit, mais néanmoins ce musicien de talent laissera derrière lui un fabuleux répertoire.
On trouvera ce titre emblématique sur l’album Poses, sorti en 1979. Cependant, je lui préférerai sur ce même album sa composition dont le titre est Géant, cette chanson reste très poignante et touchera toutes les personnes ayant eu un enfant.
Je considère ce morceau comme étant un des meilleurs que le chanteur ait interprétés, en tout cas un des plus symboliques et très représentatif du répertoire de l’artiste.
Il y avait une chanson splendide qui s’intitulait Cécile ma fille de Claude Nougaro et qui se situe dans un esprit similaire, l’on y entend cette phrase sublime d’un père contemplant le berceau de son enfant « Quel est le plus étonné des deux ? ».
Alain Chamfort reste un chanteur populaire, mais cela dit il s’est toujours imposé une ligne de conduite et une étique artistique qui l’a empêché de tomber dans les pièges du show business prêt à dévorer les artistes.
Il a vraiment tenu à ce que son œuvre soit assez sophistiquée et romantique dans le sens noble du terme, en clair il ne s’est pas perdu et ne s’est pas trouvé happé par l’establishment.
Il a toujours combattu le système et le style des chansons formatées dont il se sentait très éloigné.
Chamfort n’entrait pas dans cette catégorie, il dut toute sa vie faire face à des directions de maisons de disques occupées par des personnes ne comprenant pas la démarche de Chamfort qui se retrouvait souvent marginalisé.
Cette lutte permanente a fini par le lasser au fil des ans, il a même dû racheter son catalogue à EMI en 2004 après une longue bataille juridique, accompagné de plusieurs avocats plaidant la cause du chanteur.
Ce combat lui permit d’avoir une tranquillité financière pour pas mal de temps.
Ce gros label avait décidé de se séparer du musicien qui réussit cependant après un parcours du combattant à signer un nouveau contrat avec le prestigieux label Sony.
L’itinéraire du musicien sera parsemé de nombreux succès mais entrecoupé de plusieurs années où Chamfort fut contraint au silence encore par manque de maisons de disques qui auraient pu le promouvoir.
Il restera présent sur la scène médiatique jusqu’aujourd’hui, contre vents et marées, par l’intermédiaire de différentes chansons remportant les suffrages de son public telles La fièvre dans le sang, Bambou,Paradis, Traces de toi ou Bons baisers d’ici, des tubes par ailleurs.
Si ce large survol non exhaustif de l’œuvre d’Alain Chamfort vous a incité à en savoir plus, je me permets de vous conseiller un livre d’entretiens avec Maud Berthomier au titre de Temps forts paru très récemment aux éditions GM.

